Trahir les Kurdes est une vieille habitude américaine

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Par Finian Cunningham
Paru sur Sputnik News sous le titre Betraying Kurds is the American Way


Le président américain Donald Trump est fermement condamné par des voix bipartisanes de Washington pour avoir « vendu » les Kurdes en Syrie. Mais les plus hystériques, selon lesquels l’honneur de l’Amérique a été souillé par Trump sont à bien des égards ridicules, étant donnée la longue histoire de trahison des Kurdes par les États-Unis.

Le feu vert apparent donné par Trump au leader turc Recep Tayyip Erdogan pour lancer des opérations militaires contre des militants kurdes dans le nord-est de la Syrie a provoqué une tempête politique américaine cette semaine.

Les législateurs républicains et démocrates ont fait la queue pour reprocher au président d’avoir laissé des alliés kurdes à la merci d’une attaque militaire turque. Même les partisans politiques de Trump, tels que les sénateurs Lindsey Graham et Marco Rubio, ont dénoncé le manque apparent de principes de Trump dans son abandon des Kurdes.

L’ancienne acolyte de Trump, Nikki Haley, ancienne ambassadrice des États-Unis auprès de l’ONU, a déploré que le retrait des troupes américaines hors du chemin des Turcs ordonné par Trump « laisse mourir les Kurdes ». Avec d’autres politiciens et experts des médias, elle a salué les forces kurdes comme des alliées essentielles des Américains dans la lutte contre les groupes terroristes djihadistes en Syrie.

L’annonce de Trump serait une trahison honteuse et une tache sur l’image honorable de l’Amérique. Du moins, c’est ce que le consensus de Washington voudrait nous faire croire.

Ce qui est risible dans cette levée de boucliers moralisatrice washingtonienne, c’est le déni stupéfiant, ou l’oubli apparent, parmi les politiciens et les médias américains, de la façon dont le peuple ethnique kurde a été abusé et escroqué de façon répétée, pendant de nombreuses décennies, au nom des intérêts impérialistes américains.

L’idée qui circule dans les médias américains cette semaine selon laquelle l’accord de Trump avec Erdogan est en quelque sorte un échec scandaleux et une faillite sans précédent de l’honneur des Américains est en contradiction totale avec les faits historiques.

Les Kurdes sont environ 40 millions et leurs communautés et revendications territoriales chevauchent la Syrie, la Turquie, l’Irak et l’Iran.

Historiquement, Washington a quelquefois engagé les Kurdes comme forces par procuration pour déstabiliser les gouvernements qu’elle désapprouvait pour, tout aussi rapidement, faire preuve de mépris envers eux dès qu’ils cessaient d’être utiles.

Dans les années 1970, alors que l’Iran sous le Shah était un allié des États-Unis, Washington avait mobilisé les Kurdes d’Irak pour déstabiliser Bagdad au profit des intérêts iraniens. Mais lorsque l’Irak et l’Iran se sont réconciliés temporairement en 1975, les Kurdes ont été laissés à la merci du régime irakien, qui a pris sa revanche.

Au début des années 1990, lorsque les États-Unis se sont retournés contre leur ancien client Saddam Hussein en Irak et ont bombardé ce pays pendant la première guerre du Golfe, George Bush père, alors président, avait appelé les Kurdes à se dresser contre l’Irak. Le soulèvement a ensuite été écrasé par Saddam et les Kurdes ont été abandonnés à leur sort. Nombre d’entre eux sont morts dans des camps de réfugiés. Washington s’était à nouveau lavé les mains de leur sort.

Mais le nadir de la trahison américaine a eu lieu en 1988, lorsque les services de renseignements militaires américains ont sciemment fourni à Saddam Hussein les données satellite et la logistique nécessaires pour perpétrer le fameux massacre aux armes chimiques contre la ville kurde d’Halabja, dans le nord de l’Irak. C’était pendant la guerre de l’Irak (soutenu par les USA) avec l’Iran (1980-88). Washington savait que Saddam allait utiliser des armes chimiques pour dissuader les Iraniens d’avancer, et avait consciencieusement prêté la main au massacre d’Halabja, où jusqu’à 5000 civils kurdes ont été massacrés avec des gaz sarin et moutarde.

Ainsi, l’idée colportée cette semaine selon laquelle l’Amérique a une sorte de relation noble avec les Kurdes est un fantasme auquel les politiciens et les médias s’adonnent afin de donner à l’impérialisme américain un vernis de droiture morale. De plus, c’est un nouveau moyen de saper Trump.

Au cours de la récente guerre syrienne – une guerre parrainée illégalement par Washington dans un but de changement de régime – il est regrettable que les forces kurdes syriennes aient été enrôlées comme forces par procuration pour faire le sale boulot des États-Unis. Ce sale travail ne consistait pas seulement à « combattre les groupes terroristes djihadistes ». Comment cela se pourrait-il, alors qu’ailleurs en Syrie, les Américains fournissaient secrètement des armes et d’autres équipements à ces mêmes djihadistes ?

Les Kurdes de Syrie étaient utilisés par Washington pour découper des régions du pays afin de déstabiliser le gouvernement souverain de Damas. Sous prétexte d’aider les Kurdes à établir leur propre région autonome en Syrie, les Américains ne s’intéressaient aux Kurdes que pour morceler le pays.

Il est compréhensible que les Kurdes syriens éprouvent de la honte et du dégoût face à la trahison apparente du président Trump. Il prétend qu’il ne les trahit pas. Mais comment appeler ça autrement ?

Cependant, les protestations empreintes de piété de Washington sont grotesques, étant donné la longue et sordide histoire de traîtrise américaine contre les Kurdes. Mettons les choses au clair. Les forces américaines occupaient illégalement certaines parties de la Syrie. Elles sont coupables de crimes de guerre, tout comme les dirigeants politiques à Washington. Les forces américaines doivent toutes quitter immédiatement la Syrie, avec l’étiquette ignominieuse d’envahisseurs criminels.

Et les dirigeants kurdes ne sont pas non plus irréprochables. Ils devraient également être dénoncés pour avoir permis aux intérêts impérialistes américains d’exploiter et de violer à nouveau leur peuple.

Les Kurdes syriens devraient maintenant faire ce qu’ils auraient dû faire depuis le début, unir leurs forces à celles de l’armée arabe syrienne – et défendre leur pays contre tous les ennemis étrangers, y compris leurs prétendus mécènes américains.

Traduction Entelekheia
Photo : combattants de l’YPG

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