Brexit : la sortie de la Grande-Bretagne démembrera-t-elle le Royaume-Uni ?

Par George Galloway
Paru sur RT sous le titre Will Britain leaving the EU break up the UK?


Si jamais la Grande-Bretagne arrive jamais à quitter l’UE, comme le référendum du Brexit de 2016 l’a demandé à ses politiciens, beaucoup pensent que cela déclenchera des forces inexorables qui mèneront à l’éclatement du Royaume-Uni aussi… mais est-ce que cela se produira ?

De ma part, la réponse est « oui » et « non ».

Je pense que Sa Majesté, âgée de 93 ans et longue vie à elle, restera sur son trône plus longtemps que l’Irlande du Nord dans le Royaume-Uni.

Les six comtés du nord-est de l’Irlande ont été arrachés anormalement à la mère patrie irlandaise il y a un siècle, mais son statut a toujours été condamné, historiquement parlant.

En dépit de ses frontières découpées, tortueusement sculptées pour assurer une majorité protestante (pro-unioniste britannique), et de son traitement proche de l’apartheid de sa minorité catholique, y compris par la privation du droit de vote pour de nombreuses personnes, la fin est écrite d’avance. Comme ma propre famille le démontre, [1] les catholiques ont tout simplement des familles plus nombreuses que les protestants. Cela s’ajoute à l’émigration d’un flot constant de protestants éduqués qui refusent de rester dans le mini-Etat totalement anormal qu’ils appellent l’Irlande du Nord. Ni Irlandais ni Britanniques, dominés par une forme particulièrement sectaire de politique et au moins un demi-siècle de honte, un flot constant de protestants du Nord ont simplement voté avec leurs pieds en prenant un aller simple pour l’Angleterre.

Alors que le fossé démographique était presque entièrement comblé, le référendum Brexit est arrivé.

Malgré les supplications des partis unionistes agitateurs de drapeaux, la majorité en Irlande du Nord a voté pour le Remain.

L’accord sur le Brexit de Boris Johnson, aujourd’hui adopté par le Parlement britannique à une majorité de 30 voix, a été conclu malgré l’opposition véhémente et coléreuse des unionistes pro-britanniques, les deux parties arrivant ainsi à une inimitié réciproque éternelle. Johnson ne doit plus rien au DUP.

Ironiquement, les unionistes purs et durs du DUP ont raison d’affirmer que l’accord de Johnson relâche effectivement les liens entre les deux îles et place les six comtés sur une autoroute vers la réunification de l’Irlande. Une autoroute sans bretelle de sortie. L’unité irlandaise pourrait se réaliser aussi soudainement que la réunification allemande. Souvenez-vous que vous l’aurez lu ici avant tous les autres.

L’Écosse ne suivra cependant pas l’Irlande du Nord hors de l’union avec la Grande-Bretagne.

Il y a de nombreuses raisons à cela. Tout d’abord, nous sommes une petite île anglophone, et plus de gens parlent polonais en Écosse que gaélique. Nous avons une culture, un patrimoine, une communauté économique et plus de trois siècles d’histoire impérialiste commune, le tout étant inextricablement lié.

Ensuite, nous autres, les Écossais, sommes notoirement cauteleux avec notre argent. Et dans une Écosse échappée, nous n’en connaîtrions même pas la couleur. L’euro ? Comme la Grèce, par exemple ? La livre sterling ? Pas tant que son émettrice, la Banque d’Angleterre, aura un quelconque rapport avec elle, ce qui est malheureusement le cas. Une troisième voie ? Pas avec le déficit budgétaire de l’Écosse, qui plusieurs fois plus élevé que ne le permettent les règles budgétaires de l’UE.

L’Écosse, qui dépend massivement du secteur public et des dépenses de défense du Royaume-Uni, ne serait tout simplement pas autorisée à gérer une économie comme la sienne, ni par l’UE si elle adoptait l’euro, ni par les marchés financiers si elle adoptait une nouvelle monnaie.

L’Angleterre et le Pays de Galles sont de loin les principaux partenaires commerciaux de l’Écosse. L’idée selon laquelle, dans tout nouveau référendum « fracassant », l’Écosse opterait pour un partenariat avec la Slovaquie et la Bulgarie plutôt qu’avec l’Angleterre et le Pays de Galles est tout simplement surréaliste.

Et au contraire de ce que dit la propagande, l’Écosse n’est PAS une Cuba en eaux froides. Les Écossais ont les mêmes attitudes sociales à l’égard de la présence d’une main-d’œuvre étrangère, illimitée en Écosse, que les électeurs anglais envers la libre circulation de main-d’œuvre en provenance de l’UE. Si jamais il s’avérait qu’un grand nombre de ceux qui se verront refuser l’entrée en Angleterre après le Brexit s’avisaient, comme cela a été prédit, de se rediriger vers l’Écosse en espérant espérant traverser la « frontière dure » nouvellement établie, ils naufrageraient le jeu du Parti national écossais. [2]

Si jamais le Pays de Galles vote pour se séparer de l’Angleterre, je veux bien manger un tricorne en marchant tout nu, seulement chaussé d’une paire de sabots traditionnels gallois, à travers toute la ville de Merthyr Tydfil. [3]

Une Grande-Bretagne unie en dehors de l’UE, et une Irlande unie dans l’UE. C’est comme ça que les pièces du puzzle s’ajusteront.

George Galloway a été membre du Parlement britannique pendant presque trente ans. Il présente des émissions de radio et de télévision (y compris sur RT). C’est un célèbre réalisateur, écrivain et tribun.

Traduction Entelekheia
Image Gerd Altmann/Pixabay

Notes de la traduction :

[1] George Galloway est d’ascendance écossaise catholique.

[2] Le Parti national écossais – un parti de tradition indépendantiste – demande un second référendum sur l’indépendance de l’Écosse, tout en souhaitant rester dans l’UE. Cette configuration en ferait un point de chute pour les migrants de l’UE.

[3] Merthyr Tydfil, 43 820 habitants, est un bourg à nom typiquement gallois situé à 37 km au nord de Cardiff.

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