Syrie : Est-ce que Trump peut « garder le pétrole » ?

Par Ehsani
Paru sur Twitter et Zerohedge sous le titre Here’s Why Trump’s « Secure Syria’s Oil » Plan Will Prove Practically Impossible


Beaucoup de choses ont été dites depuis que le président Trump a tweeté que les États-Unis avaient « sécurisé le pétrole » en Syrie.

Est-ce faisable ?

Est-ce que cela tient debout ?

Ce fil explique en quoi la réponse est un NON retentissant.

Champs de pétrole et de gaz en Syrie. En vert, champs de pétrole et pipe-lines. En rouge, champs de gaz et gazoducs. En noir, terminaux et raffineries.

– Les champs respectivement pétrolier et gazier d’al-Omar et Conoco sont déjà sécurisés par les Forces démocratiques syriennes/USA. Une partie du pétrole de ces gisements était vendue par des tiers au gouvernement syrien en le fournissant sous forme brute et en reprenant la moitié de la quantité comme produit raffiné (car le gouvernement de Damas détient les raffineries).

– Le gouvernement syrien a maintenant accès aux gisements de pétrole à l’intérieur de la zone-tampon de 32 km. Ces champs peuvent produire jusqu’à 100 000 barils par jour et permettront déjà de répondre en grande partie à la demande immédiate du pays. L’importance de l’accès au pétrole encore aux mains des Forces démocratiques syriennes/USA n’est plus aussi pressante.

– Les FDS/États-Unis peuvent bien sûr décider de vendre le pétrole au gouvernement régional du Kurdistan (GRK) d’Irak, mais le gouvernement syrien contrôle désormais la zone frontalière entre la Syrie et le GRK, que ce soit par Yaaroubia ou Al-Malikiya.

– Le gouvernement syrien a également repris le contrôle de l’approvisionnement en électricité. Cela a été rendu possible par la reprise des barrages de Tishreen et de Furat. L’exploitation de ces champs de pétrole et gaz nécessite une alimentation électrique, or l’État syrien est désormais le fournisseur d’électricité.

 

 

 

 

 

 

 

 

– La sécurisation et l’exploitation de ces champs implique également le paiement de salaires à ceux qui les exploitent. Mais les entreprises internationales seraient très réticentes à s’engager sans soutien légal pour justifier l’exploitation de ces champs.

– « Sécuriser le pétrole » ne sert donc qu’à empêcher l’État syrien d’accéder aux champs d’Al-Omar/Conoco (mais pas au reste du pétrole dans le nord). Il est peu probable que les USA puissent vendre ou transporter quoi que ce soit.

Et n’oublions pas que « sécuriser » ce pétrole nécessiterait une couverture aérienne, et tout cela pour quoi faire ?

– La composition des FDS comprend des Arabes et des tribus qui ont accepté d’obéir aux Kurdes parce qu’ils avaient le soutien des Américains et qu’ils détenaient des villes-clés dans le nord. Nombre de ces Arabes sont déjà en train de changer de camp et de rejoindre l’armée syrienne. « Sécuriser » le pétrole au profit des seuls Kurdes risque de contrarier les Arabes/les tribus.

– La prévention d’une résurgence d’ISIS-Daesh passe probablement par l’obtention d’un soutien des Arabes/des tribus plus important que celui des seuls Kurdes. Cette question kurde/arabe est une autre raison pour laquelle l’idée de DonaldTrump, « sécuriser » le pétrole au profit des Kurdes ne tient tout simplement pas debout à quelque niveau que ce soit.

Ehsani est un expert américano-syrien du Moyen-Orient. Il intervient entre autres sur le blog de premier plan « Syria Comment » de Joshua Landis.

Traduction Entelekheia
Photo page d’accueilGordon Johnson/ Pixabay

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