Grande-Bretagne : confrontés à des révélations scandaleuses, les médias perdent la tête

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En novembre dernier, le leader des travaillistes Jeremy Corbyn a lâché une bombe : un rapport fuité sur Reddit selon lequel, dans le cadre d’un accord de libre-échange avec les USA, le gouvernement de Boris Johnson a prévu d’offrir « un accès illimité » au NHS (le très bon système public de santé britannique financé par l’impôt) aux compagnies pharmaceutiques américaines après le Brexit, ce qui ferait exploser les prix des soins et des médicaments et en conséquence, alourdirait dramatiquement le fardeau des contribuables, au moins dans un premier temps. Ensuite viendrait sa privatisation.

Réaction des médias : en s’appuyant sur des sources plus que douteuses, un chœur unanime a pointé du doigt l’origine présumée de la fuite, « la Russie » comme de bien entendu. A part le quotidien de gauche Daily Mirror, aucun n’a traité du contenu du rapport lui-même.

De l’art difficile de faire diversion…


Par Danielle Ryan
Publié sur RT sous le titre Media linking NHS leak to Russia is absurd, but using the Atlantic Council & Ben Nimmo as the source is journalistic malpractice


Le nouvel effort pour jeter le doute sur les documents fuités sur le NHS en le qualifiant de complot potentiel « russe » n’est rien de plus qu’une campagne de diffamation préélectorale contre le Parti travailliste concoctée par des escrocs et amplifiée par la presse tory.

Nous en sommes arrivés à un point où aucun scandale politique occidental ne serait complet sans une accusation ou une autre contre la Russie. Naturellement, lorsque Jeremy Corbyn a affirmé la semaine dernière qu’un dossier fuité de 451 pages prouve que Boris Johnson est prêt à mettre le service de santé publique « en vente » dans le cadre de ses négociations commerciales avec l’administration Trump, ce n’était qu’une question de temps avant que quelqu’un ne s’écrie « la Russie ! » mais qui allait être le premier à pointer du doigt Moscou ?

(Tweet de Luke Savage : « La presse de l’establishment a perdu la p… de tête »)

A ce moment entre en scène l’Atlantic Council – le « think tank » omniprésent financé par les États-Unis, où des chercheurs se spécialisent dans la création de liens magiques avec la Russie, dès qu’un parti politique protecteur du statu quo peut en avoir besoin. Cet étonnant talent pour déceler des traces présumées d’ingérence russe n’a d’égal que la capacité des membres du think tank à se faire admirer collectivement par les médias grand public pour leur talent de détectives.

Et, c’est ainsi que les médias britanniques sont complètement paniqués, cette semaine, par des allégations selon lesquelles la fuite relative au NHS pourrait faire partie d’une campagne de désinformation russe. Ces allégations viennent d’un rapport compilé par l’Atlantic Council, avec la firme d’analyse des réseaux sociaux Graphika. Le rapport affirme que la façon dont les documents ont été fuités en ligne « ressemble » à une autre opération d’information russe appelée Secondary Infektion.

Au-delà de l’hystérie médiatique, trois points sont particulièrement importants : le premier est qu’absolument rien n’indique que les documents relatifs au NHS soient des faux, le second que rien ne prouve que le dossier ait été transmis à Corbyn par la Russie – et le troisième étant que les « experts » responsables de ces affirmations d’ingérence sont des acteurs aux intentions hautement douteuses.

L’un de ces experts, Ben Nimmo, est décrit par Reuters et le Guardian comme un simple « responsable des enquêtes chez Graphika ». Le Telegraph a eu le culot de parler de Nimmo & co comme de « chercheurs indépendants » – mais nulle part dans la presse grand public, il n’est révélé que Nimmo est un ancien porte-parole de l’OTAN qui a consacré l’essentiel de sa carrière à tenir des propos alarmistes sur la Russie.

(Tweet : « Du lourd, le Guardian soutient à moitié l’angle du Telegraph selon lequel « c’est les Russes », sur les documents du NHS, sans dire à ses lecteurs qui est Ben Nimmo et sans mentionner ses liens avec l’Institute for Statecraft/Integrity Initiative : ils décrivent Nimmo comme le chef des investigations à Graphika… »

Nimmo a également été lié à la quasi-défunte Integrity Initiative, une psyop secrète financée par le ministère britannique des Affaires étrangères qui se faisait passer pour une « organisation caritative » indépendante de lutte contre la désinformation, et qui a été prise en flagrant délit de diffusion de fake news contre Corbyn sur les réseaux sociaux, notamment des accusations de liens avec le Kremlin.

Dans un environnement médiatique sain, le nom de Nimmo apparaissant sur n’importe quel type de « recherche » suffirait à sonner l’alarme – mais les journalistes ont été collectivement infectés par un désir compulsif de découvrir des empreintes russes à chaque coin de rue, de sorte que les allégeances de Nimmo ne sont pas mentionnées et qu’il est régulièrement présenté comme une source indépendante. Quant à Graphika elle-même, son site Internet indique fièrement qu’elle est partenaire du Département de la Défense américain.

(Tweet 1 : « Toute théorie sur la campagne de Jeremy Corbyn qui ait l’Atlantic Council en son sein (et qui pourrait aussi impliquer l’Integrity Initiative, aujourd’hui largement moribonde) a des chances d’être de la foutaise. »

Tweet 2 : « Je me méfie instinctivement de tout ce qui a fait l’objet de « recherches » de la part de Ben Nimmo, membre de l’Atlantic Council. Voici un extrait de l’article du Telegraph sur les allégations selon lesquelles la Russie est à l’origine de la fuite des #UStradetalks » : Le rapport de Graphika, vu par le Daily Telegraph, affirme que : « les similitudes avec Secondary Infektion ne sont pas suffisantes pour permettre une attribution concluante, mais elles sont trop proches pour n’être qu’une coïncidence ».)

Un autre expert, Graham Brookie de l’Atlantic Council, a affirmé à Reuters que la fuite du NHS « porte le spectre d’une influence étrangère ». Sûrement par l’effet d’un autre oubli malencontreux et involontaire, Reuters et le reste de la presse britannique ont également omis de mentionner que l’employeur de Brookie est le bras des relations publiques de l’OTAN, et qu’il est financé par une impressionnante gamme de fabricants d’armes américains et britanniques, dont Lockheed Martin, Boeing et Raytheon.

C’est une faute professionnelle journalistique que de citer ces lobbyistes de l’OTAN comme sources d’expertise « indépendantes », en omettant de divulguer leurs liens avec le gouvernement des USA et leurs biais politiques. C’est aussi une insulte et une gifle aux lecteurs. Essayez d’imaginer la réaction des journalistes du Telegraph et du Guardian si un autre organe de presse utilisait un think tank financé par le gouvernement russe comme source experte sur à peu près tout, sans révéler ces liens pourtant fondamentaux ?

(Tweet 1 : « Les Tories essaient de discréditer à la fois Jeremy Corbyn et les documents qu’il a divulgués et pour lesquels il a exigé des réponses – ceux qui ont révélé des discussions secrètes entre les États-Unis et le Royaume-Uni sur la vente des services de santé britanniques – en suggérant que ce serait le travail de, pardi  : les « Russes ».

Ils se fondent sur, pardi : des « chercheurs indépendants » financés par l’OTAN et les États-Unis. »

Tweet 2 : « Cette histoire illustre exactement la fonction du Russiagate : rejeter sur la Russie la faute de la corruption/des échecs des élites occidentales et calomnier les vrais progressistes — la véritable menace pour ces élites occidentales — au passage. »)

Toute l’affaire rappelle les fuites du DNC de 2016, qui avaient révélé que les dirigeants du Parti démocrate, prétendument neutres, étaient activement biaisés en faveur de la centriste Hillary Clinton plutôt que du gauchiste Bernie Sanders. Pour tenter d’en éviter les retombées négatives, les partisans de la campagne d’Hillary Clinton, avec l’aide des médias de l’establishment, avaient travaillé d’arrache-pied pour s’assurer que le public serait plus préoccupé par l’origine présumée des fuites (« la Russie ! ») que par leur contenu.

Fidèle à ce schéma, le nouvel effort visant à dénigrer le Parti travailliste de Corbyn en tant que véhicule d’une ingérence russe dans la politique britannique est une diversion qui ressemble beaucoup à une tentative d’amener le public britannique à cesser de parler de l’intention des Tories de décimer le NHS et à ne s’intéresser qu’à « la source » de ces documents. Ne nous laissons pas faire.

Traduction et note d’introduction Entelekheia
Illustration Pixabay

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