Royaume-Uni : les élections étaient le second référendum sur le Brexit

Par Simon Rite
Paru sur RT sous le titre Labour’s failure to realise this was a 2nd Brexit referendum hands Britain to Boris


Les travaillistes se sont rendus aux élections générales britanniques en promettant aux électeurs un second référendum sur le Brexit, sans se rendre compte que cette élection était le second référendum en question. Erreur fatale.

Il n’y avait pas d’autre enjeu, c’était l’élection du Brexit. La seule façon de gagner était de promettre de sortir la Grande-Bretagne de l’UE et de mettre fin au cirque sur le Brexit, mais Jeremy Corbyn (ainsi que les Libéraux-démocrates [1]) n’ont pas vu dans quel sens le vent soufflait.

Les pauvres vieux Libéraux-démocrates ont perdu leur leader Jo Swinson. Elle n’a même pas réussi à obtenir assez de soutiens pour garder son propre siège, et encore moins accéder à Downing Street. Leur promesse d’annuler purement et simplement le Brexit était vouée à l’échec, mais pour la défense des Libéraux-démocrates, ils devaient essayer de se distinguer des deux principaux partis.

Les travaillistes n’ont pas cette excuse, en premier lieu parce que ce sont leurs électeurs de la classe ouvrière qui ont voté pour quitter l’UE, et ensuite parce que tout y était pour définir les politiques nécessaires pour gagner le pouvoir, et qu’elles ont été ignorées. Le parti travailliste, le parti de la classe ouvrière, a perdu le vote de la classe ouvrière, une erreur de proportions historiques.

Les Corbynites qui composent Momentum, le groupe qui dirige le Labour, étaient aveuglés par leur idéologie. Ils ont proposé un programme socialiste de subventions d’État et de nationalisations et ont menacé d’une razzia sur les comptes bancaires des milliardaires, mais leurs électeurs voulaient le Brexit, c’était aussi simple que cela. [2]

L’orientation du Labour était attrayante pour l’élite urbaine jeune, des libéraux obsédés par les politiques identitaires qui accusent les partisans du Brexit d’être racistes, mais les électeurs de la classe ouvrière sont rebutés par ces gens. L’ancien ministre de l’Intérieur du Labour Alan Johnson les a qualifiés de « secte » jouant à de la « politique d’étudiants » dans un avant-goût de la guerre civile qui s’annonce dans le Labour, un parti maintenant clairement scindé en deux ailes (au moins) qui fait semblant de n’en former qu’un.

A quel point les travaillistes se sont-ils trompés ? Nous en avons pour cinq ans de Boris Johnson à Downing Street, voilà à quel point. La campagne de Johnson a été truffée de mensonges et de tactiques de diversion flagrantes, prouvant une fois pour toutes que nous vivons à une époque où les politiciens mentent, et où les électeurs s’en fichent.

De façon ironique, beaucoup de gens espèrent que Johnson a menti en disant qu’il était un fanatique de droite afin de préserver l’unité de son parti, et que maintenant, fort de sa nouvelle majorité parlementaire, il va devenir le politicien libéral unificateur dont tout le monde rêve. Bonne chance !

Vous pouvez dire ce que vous voulez sur les Tories (allez-y, je vous mets au défi d’oser), mais ils savent gagner des élections. Ils ont réussi à remporter leur quatrième élection générale consécutive à une époque où ils ont divisé le pays à travers un référendum casse-cou sur l’adhésion à l’UE, tout en faisant avancer un programme d’austérité qui a laissé des dizaines de milliers de personnes sur la paille.

Mais cela n’avait pas d’importance, car au moment crucial, ils ont réalisé que cette élection portait sur la question centrale d’un pays qui souffre d’épuisement quant au Brexit. Johnson ne s’est même pas donné la peine d’élaborer un programme politique parce que le simple slogan « Get Brexit Done » (« Menons le Brexit à bien ») était tout ce que les électeurs voulaient entendre.

Bien sûr, ce n’est pas parce qu’il a promis de le faire qu’il le fera – après tout, ceci est de la politique.

Traduction Entelekheia

Notes de la traduction :

[1] Les Lib Dems, Libéraux-démocrates, sont un parti britannique de centre-gauche.

[2] Les promesses ultra-radicales des meneurs du Labour sont d’autant plus tombées dans l’oreille de sourds que pour les tenir, le Labour aurait d’abord dû mener le pays hors de l’UE, ce qu’il se refusait à envisager. En effet, l’Union interdit la majeure partie des mesures annoncées par Momentum. C’est cette schizophrénie sur l’UE qui a coûté la victoire aux travaillistes.
Voir à ce sujet, en anglais, The gaping contradictions between Labour’s promises and its refusal to get Britain out of the EU sur Brexit Central.com.

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