La Chine est en train de s’installer au Moyen-Orient au nez et à la barbe des USA

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Pourquoi les USA ne partent-ils pas d’Irak, où leur présence est de moins en moins supportée par la population, non plus que de Syrie, où le moins qu’on puisse dire est qu’ils ne sont pas les bienvenus non plus, ou d’Afghanistan où ils s’obstinent à croupir malgré leur guerre perdue contre les Talibans ? Réponse : pour barrer le chemin à la Chine et à son projet Belt & Road, qui sur le modèle de l’ancienne Route de la soie historique, passe par tous ces pays, et signerait si elle se concrétise – ce qui est en bonne voie – la déroute idéologique, géopolitique et, dans une moindre mesure, économique des USA.


Par Darius Shahtahmasebi
Paru sur RT sous le titre China stealing Middle East from under America’s nose


La Chine, deuxième économie mondiale, semble être en train de mettre au point un nouveau plan pour le Moyen-Orient qui, avec le temps, érodera la domination américaine dans la région.

Certes, l’influence de Washington au Moyen-Orient baisse progressivement depuis un certain temps. C’est devenu clair après que les États-Unis aient renversé un dictateur anti-iranien, Saddam Hussein, en Irak et remplacé son gouvernement par un leadership pro-Téhéran dominé par les chiites. Cependant, les choses ont vraiment pris mauvaise allure quelques années plus tard en Syrie, où la Russie est devenue une grande puissance dont la présence physique a pu non seulement empêcher une invasion américaine, mais aussi négocier des accords de paix durables.

Il n’est donc pas surprenant de voir la Chine combler le vide laissé par une superpuissance qui se dégrade lentement, mais sûrement. Le Forum sur la sécurité au Moyen-Orient tenu à Pékin, à la fin novembre, a réuni plus de 200 représentants du Moyen-Orient et de la Chine pour discuter de la « nouvelle idée » de Pékin pour le Moyen-Orient.

Selon The Diplomat, la majorité des participants du sommet « ont critiqué la politique unilatérale et hégémonique des États-Unis au Moyen-Orient » tout en demandant la fin de « l’ordre régional injuste qui a résulté des interventions et des pressions américaines ».

J’ai l’impression que ces quelques mots donnent une image assez précise de ce qui s’est passé en octobre dernier, lorsqu’un millier de soldats américains en partance de Syrie ont traversé la frontière jusqu’en Irak sans autorisation.

En dépit de toutes les critiques à l’égard de la Chine et de sa politique étrangère en expansion dans la région Asie-Pacifique, au Moyen-Orient et en Afrique, ce doit être l’un des principaux points sur lesquels la Chine diffère des États-Unis.

La Chine ne harcèle pas ouvertement les pays du Moyen-Orient pour qu’ils se soumettent à ses desiderata. Elle ne sanctionne pas unilatéralement les pays qui ne se conforment pas à un ordre mondial particulier. En termes pratiques, elle n’essaie pas de dresser un camp (par exemple, l’Arabie Saoudite ou Israël) contre un autre (par exemple, l’Iran). Pékin s’efforce activement de travailler avec tous ses partenaires du Moyen-Orient pour concrétiser sa vision d’une croissance partagée.

La Chine n’a pas envahi le Moyen-Orient, et n’y est pas intervenue sans le consentement de l’État hôte. En fait, Pékin a environ 1 800 soldats stationnés dans la région dans le cadre du processus de maintien de la paix de l’ONU. C’est moins que les quelque 2 000 soldats américains qui ont illégalement « envahi la Syrie », selon les mots du président Bachar el-Assad. Le Golfe abrite quelque 45 000 à 65 000 soldats américains et en Afghanistan, au moins 12 000 à 13 000 soldats américains mènent actuellement une guerre qui ne pourra jamais être gagnée. Au moment même où je tape ces mots, les États-Unis envisageraient de déployer 14 000 soldats supplémentaires au Moyen-Orient pour tenter de contrer l’Iran.

Curieusement, parmi les quatre points de compréhension commune entre la Chine et les participants au Forum sur la sécurité au Moyen-Orient, figurait une idée pour apporter enfin la paix entre la Palestine et Israël de manière juste et équitable. Alors que Jared Kushner fait jusqu’à présent un travail somptueux de mise en place d’un plan de paix [l’auteur est ironique : les Palestiniens ne décolèrent pas, NdT], il est difficile d’imaginer comment le monde pourrait à nouveau prendre les États-Unis au sérieux si la Chine était capable de les coiffer au poteau en mettant la question israélo-palestinienne sur le chemin de la paix.

Bien sûr, c’est un scénario improbable, compte tenu de ce qui serait en jeu pour Israël s’il devait faire des concessions importantes aux Palestiniens. Nous verrons ce qu’il en sera le moment venu.

Jusqu’à présent, la Chine a conclu des accords de partenariat avec au moins quinze pays du Moyen-Orient, dont l’Arabie Saoudite, un des principaux alliés des États-Unis. Pékin est également, semble-t-il, le principal partenaire commercial des EAU.

Serait-ce pour ces raisons que le chef de l’OTAN, Jens Stoltenberg, a annoncé en novembre dernier que l’OTAN allait se concentrer sur la Chine et chercher à « s’attaquer au problème » que pose ce pays en pleine croissance ? (Ou bien l’OTAN cherche-t-elle simplement quelque chose à faire pour justifier son existence) ?

Ne vous méprenez pas. Même si l’emprise américaine sur la région devait diminuer au point de contraindre les militaires américains à se retirer, l’histoire récente nous a appris que les États-Unis ont toujours un atout de taille dans leur manche : la force militaire brute. En fin de compte, même si la « nouvelle idée » de la Chine s’appuie moins sur les États-Unis et s’oriente davantage vers un Moyen-Orient plus stable et plus coopératif, il est peu probable que les États-Unis s’effondreront sans lancer quelques coups de poing (ou missiles) en cours de route. Et nous ne pouvons pas non plus oublier le lucratif commerce d’armes de Washington, qui continuera à lui fournir une bouée de sauvetage pour les années à venir.

L’ironie, bien sûr, est que les États-Unis se concentrent moins sur le Moyen-Orient pour pouvoir affronter la Chine dans la région indo-pacifique, qualifiée par le secrétaire américain à la Défense Mark Esper de nouveau « théâtre prioritaire ». Mais si les États-Unis commencent à se disperser en retournant leur attention vers le Moyen-Orient pour s’attaquer à l’Iran, la Chine sera plus libre d’étendre ses opérations dans la mer de Chine méridionale. Probablement pleinement consciente de cette dynamique, la Chine s’est engagée à dépenser au moins 250 milliards de dollars en nouveaux investissements en Iran pour maintenir la République islamique intacte et à flot (ce qui ne fera qu’irriter davantage les États-Unis).

C’est en partie à cause de la Chine que les promesses de retrait des États-Unis de Syrie, d’Irak et surtout d’Afghanistan se sont avérées fantaisistes. A la seconde où ils se retireront physiquement de la région, d’autres acteurs majeurs pourraient y voir une invitation à s’y installer et à mettre les pieds sur la table.

Où qu’ils aillent, partout où ils cherchent à maintenir leur influence à travers le monde, il semble que les États-Unis soient pris entre Pékin et l’enclume.

Traduction et note d’introduction Entelekheia

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