Les révélations de Wikileaks, N°6 – Le Cablegate déclenche le Printemps arabe, révèle de l’espionnage à l’ONU et ailleurs

La publication du « Cablegate » par WikiLeaks, à la fin de 2010, a éclipsé ses précédents communiqués, tant par leur taille que par leur impact, et a contribué à ce qu’un organe médiatique a appelé « un effondrement de la politique étrangère des États-Unis ».

Aujourd’hui, nous reprenons notre série sur les révélations de WikiLeaks, à un peu plus d’un mois de l’audience d’extradition du rédacteur en chef emprisonné de WikiLeaks, Julian Assange. Cet volet est le sixième d’une série sur les principaux travaux de cette publication qui a changé le monde depuis sa fondation, en 2006. Cette série vise à contrer la couverture médiatique dominante, qui ignore le travail de WikiLeaks et se concentre sur la personnalité de Julian Assange. C’est la publication par WikiLeaks des crimes et de la corruption du gouvernement qui a lancé les États-Unis à la poursuite d’Assange, jusqu’à son arrestation le 11 avril dernier et à son inculpation en vertu de la loi américaine sur l’espionnage.

[Nous verrons plus bas à quel point les accusations d’espionnage des USA contre Assange sont impudentes, les USA étant eux-mêmes les tout premiers espions, NdT]


‘Un effondrement de la politique étrangère des États-Unis’

Par Elizabeth Vos
Paru sur Consortium News sous le titre The Revelations of WikiLeaks: No. 6 — US Diplomatic Cables Spark ‘Arab Spring,’ Expose Spying at UN & Elsewhere


De toutes les divulgations de WikiLeaks, les plus importantes au niveau mondial ont probablement été les plus d’un quart de million de câbles diplomatiques du Département d’État américain, dont la publication, en 2010, a contribué à déclencher une révolte en Tunisie qui s’est étendue jusqu’au dénommé Printemps arabe, révélé les intentions saoudiennes envers l’Iran et mis au jour l’espionnage du Secrétaire général de l’ONU et d’autres diplomates.

Ces communiqués ont été suivis d’une importante controverse (qui fera l’objet d’un autre volet de cette série) selon laquelle WikiLeaks aurait délibérément mis en danger des informateurs américains en révélant leurs noms.  Cette allégation a constitué une part importante des accusations portées contre le rédacteur en chef de WikiLeaks, Julian Assange, le 23 mai, en vertu de la Loi sur l’espionnage, bien que le fait de révéler le nom d’informateurs ne soit pas un crime et qu’il n’y ait aucune preuve que l’un d’entre eux ait encouru un quelconque danger.

La publication du « Cablegate » par WikiLeaks, à partir du 28 novembre 2010, a éclipsé les publications précédentes de WikiLeaks, tant par leur ampleur que par leur impact. La publication s’élevait à 251 287 câbles diplomatiques américains fuités, que Der Spiegel décrivait au moment de la publication comme « ni plus ni moins qu’un effondrement pour la politique étrangère des États-Unis « .

Le Cablegate a révélé une histoire jusque-là inconnue des relations diplomatiques entre les États-Unis et le reste du monde et, ce faisant, a exposé aux yeux de tous les vues des États-Unis sur leurs alliés et leurs adversaires. À la suite de ces révélations, la publication du Cablegate a été largement condamnée par la classe politique américaine, en particulier par la secrétaire d’État de l’époque, Hillary Clinton.

WikiLeaks, écrivant sous le pseudo Twitter Cable Drum, l’a appelé,

« … Le plus grand ensemble de documents confidentiels jamais porté à la connaissance du public. Ces documents donneront aux gens du monde entier un aperçu sans précédent des activités du gouvernement américain à l’étranger. Les câbles, qui datent de 1966 jusqu’à fin février 2010, contiennent des communications confidentielles entre 274 ambassades dans le monde entier et le Département d’État à Washington DC. 15 652 de ces câbles sont classés secret. »

Parmi les documents historiques figurent 1, 7 million de documents concernant Henry Kissinger, conseiller à la sécurité nationale et Secrétaire d’État sous le président Richard Nixon, et 1, 4 million de documents relatifs au gouvernement de Jimmy Carter.

Selon Der Spiegel, la majorité de ces documents sont « rédigés par des ambassadeurs, des consuls ou leur personnel ». La plupart contiennent des évaluations de la situation politique dans les différents pays, des protocoles d’entretien et des informations sur les raisons des décisions du personnel. Dans de nombreux cas, ils fournissent également des profils politiques et personnels de politiciens et de dirigeants ».

Le Cablegate a complété la série des publications de 2010 de WikiLeaks, qui avait précédemment vu la publication explosive de fuites de l’analyste du renseignement militaire Chelsea Manning, notamment « Collateral Murder », les « Afghan War Diaries » et « l’Iraq War Log », qui ont fait l’objet de volets précédents de cette série. Comme dans le cas des deux précédents communiqués, WikiLeaks a publié le Cablegate en partenariat avec des médias grand public reconnus.

Les archives du « Cablegate » ont ensuite été intégrées à la Bibliothèque publique de WikiLeaks sur la diplomatie américaine, qui contient à ce jour plus de 10 millions de documents.

L’empire mondial des États-Unis dévoilé

L’impact du « Cablegate » est impossible à cerner complètement et devrait faire l’objet d’études historiques pendant des décennies. En septembre 2015, les éditions Verso ont publié « The WikiLeaks Files: The World According to U.S. Empire » (« Les dossiers de WikiLeaks : Le monde selon l’empire américain »), avec un avant-propos d’Assange. Il s’agit d’un recueil de chapitres rédigés par divers experts et historiens qui, à la lumière des câbles, livrent une analyse géopolitique approfondie de la politique étrangère des États-Unis.

« Les communications internes du Département d’État américain sont le sous-produit logistique de ses activités : leur publication est la vivisection d’un empire vivant, montrant quelle substance a découlé de quel organe d’État et quand. Ce n’est qu’en abordant ce corpus de manière holistique – au-delà de la documentation de chaque abus individuel, de chaque atrocité locale – que le véritable coût humain de l’empire se révèle », écrit Assange dans l’avant-propos.

La « révolte Wikileaks » en Tunisie

La sortie du Cablegate a été l’étincelle qui, selon beaucoup, a déclenché le Printemps arabe, ce qui a valu à la publication – sortie à la fin novembre – le surnom « d’hiver WikiLeaks« .

Plus tard, nombre d’observateurs allaient créditer également la publication des câbles diplomatiques par WikiLeaks d’avoir démarré une réaction en chaîne qui s’est étendue du Moyen-Orient (spécifiquement de l’Égypte) jusqu’au mouvement américain Occupy Wall Street, à la fin de 2011.

Le premier des soulèvements arabes a été la dénommée Révolution du jasmin de 28 jours en Tunisie, du 17 décembre 2010 au 14 janvier 2011, décrite comme la « première révolution WikiLeaks« .

Les câbles publiés par WikiLeaks révélaient l’étendue de la corruption de la famille dirigeante tunisienne, et étaient largement accessibles en Tunisie grâce à l’avènement de réseaux sociaux comme Twitter. Le président de l’époque, Zine el-Abidine Ben Ali, était au pouvoir depuis plus de deux décennies au moment de la publication des câbles.

Un câble du Département d’état estampillé Secret disait :

« La famille élargie du président Ben Ali est souvent citée comme le nœud de la corruption tunisienne. Souvent qualifiée de quasi-mafia, il suffit de mentionner « la famille » pour que chacun comprenne de quelle famille il s’agit. Apparemment, la moitié du monde des affaires tunisien peut revendiquer un lien avec Ben Ali par mariage, et nombre de ces relations auraient tiré le meilleur parti possible de leur lignée ».

Doigt d’honneur représentant la Révolution tunisienne et ses influences dans le monde arabe. De gauche à droite, les doigts sont ornés des drapeaux de la Libye, de l’Égypte, de la Tunisie, du Soudan et de l’Algérie. En haut, à droite, « Les autres suivront ».

Un câble de juin 2008 disait : « Qu’il s’agisse d’argent, de services, de terres, de propriétés, ou même de votre yacht, la famille du Président Ben Ali est supposée le convoiter, et apparemment, elle obtient ce qu’elle veut. »

Les câbles ont révélé que la famille élargie de Ben Ali contrôlait presque toute l’économie tunisienne, des banques aux médias en passant par la promotion immobilière, alors que 30% des Tunisiens étaient au chômage. Ils ont démontré que des propriétés de l’État avaient été privatisées en faveur de membres de la famille, qui en étaient ainsi devenues propriétaires.

« Le laxisme de la surveillance fait du secteur bancaire un excellent filon d’opportunités, avec de multiples histoires de combines de la « Première Famille », peut-on lire sur un câble. « Avec un développement immobilier en plein essor et la hausse du prix des terrains, posséder une propriété ou un terrain au bon endroit peut être soit une aubaine, soit un aller simple vers l’expropriation », déclarait un autre.

La révolte a été lancée dès que les États-Unis ont abandonné Ben Ali. Counterpunch avait rapporté : « La campagne américaine selon laquelle Ben Ali jouissait d’un soutien public inébranlable avait conduit le peuple tunisien à croire qu’il serait très difficile de déloger le régime autocratique du pouvoir. Ce point de vue a été brisé lorsque les fuites de câbles ont révélé l’évaluation privée du gouvernement américain : les États-Unis ne soutiendraient pas le régime en cas de soulèvement populaire ».

L’Internet et les grandes plateformes de réseaux sociaux ont joué un rôle crucial dans la diffusion des câbles et de leur contenu auprès du public tunisien. « Des milliers de vidéos amateur documentant la répression policière et la résistance populaire ont été mises en ligne sur le web. Le peuple tunisien a utilisé Facebook, Twitter et d’autres réseaux sociaux pour organiser et diriger les mobilisations contre le régime », a écrit le World Socialist Website.

Le magazine Foreign Policy a rapporté :

WikiLeaks a agi comme un catalyseur : à la fois un déclencheur et un outil de protestation politique. Ce qui est probablement le meilleur compliment que l’on puisse faire à ce site ». Le magazine ajoutait : « Le peuple tunisien n’aurait pas dû attendre après Wikileaks pour apprendre que les États-Unis voient leur pays de la même façon qu’eux. Il est temps que le fossé entre ce que les diplomates américains savent et ce qu’ils disent se réduise. »

Le Guardian a publié en janvier 2011 le témoignage d’un jeune Tunisien, Sami Ben Hassine, qui écrivait : « Internet est bloqué et les pages censurées sont qualifiées de pages « introuvables » – comme si elles n’avaient jamais existé. Et puis, WikiLeaks a dit tout haut ce que tout le monde pensait tout bas. Et puis, un jeune homme [Mohamed Bouazizi] s’est immolé. Et puis, 20 Tunisiens on été tués en une journée. Et pour la première fois, nous voyons l’opportunité de nous rebeller, de nous venger de la famille « royale » qui a tout pris, de renverser l’ordre établi qui a accompagné notre jeunesse ».

Manifestant à Tunis, 14 janvier 2011. (Skotch 79, CC0, Wikimedia Commons)

Au premier jour du procès préliminaire de Chelsea Manning en décembre 2011, [le lanceur d’alerte] Daniel Ellsberg a déclaré à Democracy Now :

L’addition des révélations de WikiLeaks et de Bradley Manning et de l’exemple de Mohamed Bouazizi a conduit aux protestations – des protestations non violentes – qui ont chassé Ben Ali du pouvoir, notre allié là-bas que nous avions soutenu jusqu’à ce moment, ce qui ensuite déclenché le soulèvement en Égypte, l’occupation de la place Tahrir, et rapidement stimulé Occupy Wall Street et d’autres occupations au Moyen-Orient et ailleurs. … J’espère que [Manning et Assange] auront pour effet de nous libérer de l’anarchie que nous avons vue et de la corruption – la corruption – que nous avons vue dans ce pays au cours des dix dernières années et encore avant, et qui n’est pas moindre que celle de la Tunisie et de l’Égypte ».

Hillary Clinton a demandé à des diplomates américains d’espionner à l’ONU

Les câbles révélaient que le Département d’État américain, sous la direction de la Secrétaire d’État de l’époque, H. Clinton, avait exigé des fonctionnaires qu’ils agissent en espions auprès d’officiels des Nations Unies (y compris le Secrétaire général), un fait particulièrement embarrassante pour les États-Unis.

El Pais a résumé la révélation explosive en ces termes : « Le Département d’État a envoyé aux responsables de 38 ambassades et missions diplomatiques un compte rendu détaillé des informations personnelles et autres qu’ils doivent obtenir sur des employés de l’ONU, y compris son Secrétaire général, et en particulier sur les responsables et représentants liés au Soudan, à l’Afghanistan, à la Somalie, à l’Iran et à la Corée du Nord.

El Pais poursuivait : « Plusieurs dépêches, signées « Clinton » et probablement rédigées par le bureau de la Secrétaire d’État, Hillary Clinton, contiennent des instructions précises sur une myriade d’enquêtes à développer dans des zones de conflit, chez les déserteurs et les demandeurs d’asile, dans la salle des machines du conflit israélo-palestinien, ou sur le Royaume-Uni, la France, l’Allemagne, la Russie et la Chine pour connaître leurs plans concernant la menace nucléaire de Téhéran ».

La secrétaire d’État Hillary Rodham Clinton et le secrétaire général de l’ONU Ban Ki-Moon en 2012. (Foreign and Commonwealth Office/Flickr) 

CNN a décrit les informations que les diplomates ont reçu l’ordre de recueillir : « Dans le document de juillet 2009, Clinton ordonne à ses envoyés des Nations-Unies et des ambassades du monde entier de recueillir des informations allant de données biographiques de base sur des diplomates étrangers jusqu’à leurs numéros de cartes de crédit, et même des « informations biométriques sur des diplomates nord-coréens de haut rang ». Les informations biométriques typiques peuvent inclure les empreintes digitales, les signatures et les données de reconnaissance de l’iris ».

Der Spiegel rapportait que Clinton avait justifié les ordres d’espionnage en soulignant, « Une grande partie des informations avec lesquelles les agences de renseignement américaines travaillent proviennent de rapports collectés par le personnel du Département d’État dans le monde entier ».

Der Spiegel ajoutait : « Le Département d’État américain voulait également obtenir des informations sur les plans et intentions du Secrétaire général de l’ONU Ban Ki-moon et de son secrétariat sur des questions comme l’Iran, selon la liste détaillée de souhaits de la directive. Les instructions ont été envoyées à 30 ambassades américaines dans le monde, dont celle de Berlin ».

Le Département d’État a réagi à ces révélations. Le porte-parole du Département d’État de l’époque, P.J. Crowley, a, semble-t-il, nié que les diplomates américains aient assumé un nouveau rôle à l’étranger.

« Nos diplomates sont uniquement des diplomates, et rien d’autre », a-t-il dit. « Ils représentent notre pays dans le monde entier et s’entretiennent ouvertement et de manière transparente avec les représentants des gouvernements étrangers et de la société civile. Grâce à ce processus, ils recueillent des informations qui façonnent notre politique et nos actions. C’est ce que les diplomates, de notre pays et d’autres pays, font depuis des centaines d’années ».

En décembre 2010, juste après la publication des câbles, Assange a déclaré à Time : « Elle devrait démissionner, s’il peut être démontré qu’elle était responsable d’avoir ordonné à des personnalités diplomatiques américaines de se livrer à des activités d’espionnage aux Nations unies, en contravention des pactes internationaux auxquels les États-Unis ont souscrit ».

Les Saoudiens & l’Iran

Un câble diplomatique daté du 20 avril 2008 indiquait clairement que l’Arabie Saoudite faisait pression sur les États-Unis pour qu’ils prennent des mesures contre son ennemi l’Iran, y compris en n’excluant pas une action militaire contre Téhéran :

[L’ambassadeur saoudien aux États-Unis de l’époque, Abbdel] Al-Jubeir a rappelé les fréquentes exhortations du Roi aux États-Unis d’attaquer l’Iran et de mettre ainsi fin à son programme d’armes nucléaires. « Il vous a dit de couper la tête du serpent », écrivait-il au chargé d’affaires, avant d’ajouter que travailler avec les États-Unis pour réduire l’influence iranienne en Irak était une priorité stratégique pour le roi et son gouvernement. 11. (S) Le ministre des Affaires étrangères, pour sa part, appelait à des sanctions américaines et internationales beaucoup plus sévères contre l’Iran, notamment une interdiction de voyager et des restrictions supplémentaires sur les prêts bancaires. Le prince Mouqrine s’est fait l’écho de ces vues, soulignant que certaines sanctions pourraient être appliquées sans l’approbation des Nations-Unies. Le ministre des Affaires étrangères a également déclaré que l’utilisation de pressions militaires contre l’Iran ne devait pas être exclue ».

Dyncorp et les « garçons danseurs » d’Afghanistan

Les câbles indiquent que les autorités afghanes ont demandé au gouvernement des États-Unis d’annuler les reportages américains sur un scandale découlant des actions d’employés de Dyncorp en Afghanistan en 2009.

Les employés de Dyncorp, une firme privée de mercenaires dotée d’un bilan tristement célèbre de participation présumée à des trafics sexuels et à d’autres violations des droits de l’homme dans plusieurs pays, ont été impliqués par le Cablegate comme ayant participé à des consommations de drogues illégales et à l’embauche d’un « bacha bazi », ou garçon danseur mineur. [Les « bacha bazi » d’Afghanistan sont des très jeunes esclaves sexuels, NdT].

Un câble publié en 2009 par WikiLeaks décrivait l’achat des services d’un « bacha bazi » par Dyncorp. Le rédacteur du câble ne précise pas ce qui s’est passé pendant l’événement, le décrivant seulement comme « l’achat d’un service à un enfant », et il essaie de convaincre un journaliste de ne pas couvrir le sujet afin de ne pas « risquer des vies ».

Bien que Dyncorp ait fait l’objet de controverses [sur ses implications dans des trafics sexuels, NdT] avant la publication des câbles, la révélation selon laquelle la force mercenaire continuait d’être impliquée dans les « bacha bazi » [alors qu’elle avait déjà été dénoncée pour ces abus graves, NdT] a suscité des questions quant à la raison pour laquelle la firme continuait de recevoir des contrats financés par les contribuables américains.

Les allégations d’abus sexuels n’étaient pas le seul problème à hanter Dyncorp. Le Département d’État a admis en 2017 qu’il « ne pouvait pas rendre compte » de plus d’un milliard de dollars versés à la firme, comme l’a rapporté Foreign Policy.

Le New York Times a par la suite rapporté que les soldats américains avaient reçu l’ordre de fermer les yeux sur les abus commis sur des mineurs par des personnes en position de pouvoir : « Les soldats et les marines ont été de plus en plus troublés par le fait qu’au lieu d’éliminer les pédophiles, l’armée américaine les armait dans certains cas et les plaçait à la tête de villages – et ne faisait pas grand-chose lorsqu’ils commençaient à abuser d’enfants ».

Mensonges de l’Australie sur le retrait de ses troupes

Le premier ministre australien Kevin Rudd, à gauche, avec le président américain Barack Obama, dans le bureau ovale, le 30 novembre 2009, pour discuter d’une série de questions, dont l’Afghanistan et les changements climatiques. (White House/Pete Souza)

The Green Left a rapporté que les câbles ont révélé le double discours du Premier ministre australien Kevin Rudd sur le retrait des troupes. Malgré la propagande du gouvernement sur le retrait de toutes les « forces de combat », les câbles disaient que certaines de ces forces pourraient être déployées dans des rôles de combat. Un câble disait : « Malgré le retrait des forces de combat, Rudd a accepté de permettre aux forces australiennes intégrées ou secondaires à des unités d’autres pays, y compris les États-Unis, de se déployer en Irak dans des rôles de combat et de soutien au combat ».

Ingérences des États-Unis en Amérique latine

Les câbles ont révélé que les ambassadeurs des États-Unis en Équateur s’étaient opposés à la candidature présidentielle de Rafael Correa, malgré leur prétention à la neutralité, comme l’a observé le Green Left Weekly.

D’autres câbles ont révélé que le Vatican avait tenté d’accroître son influence en Amérique latine avec l’aide des États-Unis. Des câbles supplémentaires exposaient des faits sur le pape François alors qu’il était cardinal en Argentine, les États-Unis semblant avoir eu une vision positive du futur pontife. [En résumé, le câble dit que le cardinal Bergoglio, loin de son image publique de pasteur humble, souriant et « ami des pauvres », était l’un des leaders les plus actifs de l’opposition politique au gouvernement Kirchner. La « vision positive » qu’en avaient les USA, au vu du câble, semble découler de ce militantisme politique , NdT].

Des transactions illégales entre les États-Unis et la Suède

Le fondateur de WikiLeaks, Julian Assange, a écrit dans son affidavit :

Par les câbles diplomatiques, j’ai aussi appris des arrangements secrets et informels entre la Suède et les États-Unis. Les câbles ont révélé que les services de renseignement suédois ont un comportement hors-la-loi quand il s’agit des intérêts américains. Les câbles diplomatiques américains ont révélé que le ministère suédois de la Justice avait délibérément caché au Parlement suédois certains échanges d’informations de renseignement avec les États-Unis parce que ces échanges étaient probablement illégaux ».

Réaction militaire

Le 30 novembre 2010, le Département d’Etat a déclaré qu’il retirerait les câbles diplomatiques de son réseau sécurisé afin d’éviter de nouvelles fuites. Antiwar.com a rapporté : « Les câbles étaient auparavant accessibles par le biais du SIPRNet, un réseau prétendument sécurisé accessible à des millions de fonctionnaires et de soldats. C’est vraisemblablement via ce réseau que les câbles ont été obtenus et transmis à WikiLeaks. »

Le Guardian a décrit le SIPRNet comme un « système Internet militaire américain mondial, séparé de l’Internet civil ordinaire et dirigé par le Département de la Défense à Washington ».

Fureur politique

Le 29 novembre 2010, la Secrétaire d’État de l’époque, Hillary Clinton, a parlé du « Cablegate » en ces termes :

Cette divulgation n’est pas seulement une attaque contre la politique étrangère américaine, c’est une attaque contre la communauté internationale, les alliances et les partenariats, les conventions et les négociations qui sauvegardent la sécurité mondiale et font progresser la prospérité économique. »

Le lendemain, l’ancien gouvernement de l’Arkansas Mike Huckabee a appelé à l’exécution de Chelsea Manning, selon Politico.

Certaines personnalités politiques ont exprimé leur soutien à Assange, notamment le dirigeant du parti travailliste britannique Jeremy Corbyn, qui a posté sur Twitter quelques jours après la publication du Cablegate : « Les États-Unis et d’autres n’aiment pas qu’on les surveille via Wikileaks, et ils s’appuient sur tout le monde pour clouer Assange au pilori. Qu’est-il arrivé à la liberté d’expression ? »

Parmi les autres révélations notables tirées des câbles diplomatiques, mentionnons de multiples cas d’ingérence des États-Unis en Amérique latine, la demande de la Secrétaire d’État de l’époque, Hillary Clinton, au personnel diplomatique pour qu’il agisse en espion, la documentation de fautes graves commises par les forces paramilitaires américaines, les retombées de la crise financière de 2008 en Islande, le déploiement d’armes nucléaires américaines en Allemagne et dans d’autres pays d’Europe, les tentatives du Vatican pour accroître son influence en Amérique latine avec l’aide des États-Unis, l’espionnage de la chancelière allemande Angela Merkel par des diplomates américains, et bien d’autres choses encore.

Der Spiegel a également écrit sur l’ordre d’agir en espions donné par Hillary Clinton aux diplomates américains :

« Pour justifier ses ordres d’espionnage, Clinton a souligné qu’une grande partie des informations avec lesquelles les services de renseignement américains travaillent proviennent des rapports établis par le personnel du département d’État dans le monde entier. Les informations à recueillir comprenaient des renseignements personnels sur les cartes de crédit, les numéros de client des grands voyageurs, ainsi que les comptes de courrier électronique et de téléphone. Dans de nombreux cas, le Département d’État a également demandé des « informations biométriques », des « mots de passe » et des « clés de cryptage personnelles ».

Der Spiegel a ajouté : « Le Département d’État américain voulait également obtenir des informations sur les plans et intentions du secrétaire général de l’ONU, M. Ban Ki-moon, et de son secrétariat concernant des questions telles que l’Iran, selon la liste détaillée de demandes figurant dans la directive. Ces instructions ont été envoyées à 30 ambassades américaines dans le monde, dont celle de Berlin ».

Traduction Entelekheia
Note d’introduction Consortium News
Photo : Tunis, 2011/Wikimedia

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