Trump et le « deal du siècle » : ils posent un ultimatum et appellent ça la paix

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Par Daniel Larison
Paru sur The American Conservative sous le titre They Issue An Ultimatum And Call It Peace


Le fil rouge qui relie la plupart des grandes initiatives de politique étrangère de l’administration Trump est qu’elle tente systématiquement de forcer l’autre partie à renoncer à tout et à remercier ensuite d’avoir été humiliée. L’administration pose des conditions excessives et absurdes, qu’aucun gouvernement ou nation qui se respecte ne pourrait accepter, puis elle inflige des sanctions aux habitants du pays ciblé lorsque ses demandes sont à juste titre rejetées. Nous avons vu cette approche tout récemment dans son arrogante présentation du plan d’annexion et d’apartheid pour Israël et la Palestine, dans lequel on attend des Palestiniens qu’ils acceptent de bonne grâce de se soumettre et se déposséder à jamais. Daniel Levy a très bien résumé le plan :

Les conditions de capitulation et les plans de paix ne sont pas la même chose. Mais même les conditions de capitulation ont plus de chances d’être durables si elles sont construites de manière à préserver un semblant de dignité de la partie vaincue.

Un plan de paix doit être fondé sur le fait que les deux parties puissent sauver la face, que les deux parties puissent déclarer une sorte de victoire. Le plan annoncé est une lettre de haine adressée sur 180 pages par les Américains (et par extension les Israéliens) aux Palestiniens. Tant que l’on n’a pas lu le document en entier (et tant que l’on ne connaît pas l’histoire du conflit), il est difficile de transcrire la profondeur du mépris que ce texte affiche à l’égard des Palestiniens. Il suinte le suprémacisme colonialiste.

Les droits et les aspirations des Palestiniens ne sont jamais pris en compte dans ce plan, car ni les États-Unis ni le gouvernement israélien ne pensent que le peuple palestinien compte pour quoi que ce soit. Saree Makdisi résume ainsi l’attitude envers les Palestiniens exprimée par le plan :

Et la souffrance des Palestiniens ne compte pas parce que les Palestiniens eux-mêmes ne comptent pas.

Le plan « suinte le suprémacisme colonialiste » parce que les gouvernements américain et israélien considèrent les Palestiniens comme des sujets coloniaux qu’ils peuvent maltraiter à leur guise, et rien de plus. Ils posent un ultimatum et appellent cela paix. Si les Palestiniens refusent d’accepter les conditions scandaleuses et humiliantes qui leur sont dictées, nous savons que les gouvernements américain et israélien feront tout leur possible pour leur reprocher d’avoir refusé de se soumettre.

Nous voyons quelque chose de similaire dans la façon dont les États-Unis ont essayé de dicter leurs conditions à l’Iran, à la Corée du Nord et au Venezuela. Dans tous ces cas, les États-Unis ont insisté pour que l’autre partie capitule, avec le vague espoir d’un gain dérisoire quelque part, peut-être, plus tard.

L’administration dit à chacune de ses cibles qu’elles doivent accepter des concessions humiliantes et l’abandon effectif de leurs propres intérêts, et qu’en échange elles pourraient recevoir un peu d’argent. Ils appellent à une capitulation dégradante et feignent ensuite la surprise lorsque l’autre partie refuse de leur répondre. L’actuel ambassadeur américain à l’ONU, Kelly Craft, a fait cette déclaration ridicule en opposition à la démarche palestinienne, qui est allée l’ONU pour y rejeter le plan de Trump :

Craft a déclaré que, même si la réaction initiale des Palestiniens au plan était prévue, « pourquoi ne pas plutôt prendre ce mécontentement et le canaliser dans des négociations ?

Porter ce mécontentement devant les Nations Unies ne fait que répéter le schéma raté des sept dernières décennies. Évitons ces pièges et tentons plutôt de faire la paix », a-t-elle déclaré à Reuters.

Bien entendu, le plan de Trump n’offre aucune chance de paix dans le sens d’un règlement mutuellement acceptable qui résoudrait la plupart des questions en suspens. Il vise à nier toute possibilité d’un tel règlement en cautionnant l’assujettissement permanent d’une partie.

L’administration n’est pas intéressée par un compromis négocié. Elle veut disposer d’un prétexte pour passer à des mesures punitives. Les partisans de la ligne dure détestent la diplomatie et les compromis qu’elle exige, car pour négocier un compromis, il faut reconnaître que l’autre partie a des griefs et des droits légitimes qui ne peuvent pas être ignorés. Trump suppose à chaque fois que la partie la plus faible peut simplement être forcée à accepter l’inacceptable, et à chaque fois, cette attitude arrogante et déshumanisante ne fait que provoquer une résistance déterminée.

Daniel Larison est rédacteur en chef de TAC. Il a été publié dans la New York Times Book Review, le Dallas Morning News, la World Politics Review, Politico Magazine, Orthodox Life, Front Porch Republic, The American Scene et Culture11, et a été chroniqueur pour The Week. Il est titulaire d’un doctorat en histoire de l’université de Chicago.

Traduction Entelekheia

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