Le fiasco du caucus de l’Iowa est le premier pas des Démocrates vers la réélection de Trump

Par Nebojsa Malic
Paru sur RT sous le titre Iowa caucuses fiasco is a ‘spectacular’ first step for Democrats to get Trump re-elected


Rappel rapide : « Le caucus de l’Iowa (en anglais : Iowa Caucus) est un événement électoral pendant lequel les habitants de l’État américain de l’Iowa élisent, au sein du parti politique qu’ils soutiennent, leurs délégués de circonscription pour la convention de comté. Chacune des conventions des 99 comtés que compte l’Iowa sélectionne ensuite des délégués pour les conventions des districts congressionnels et de l’État, lesquels choisissent finalement les délégués pour la convention nationale. Le caucus de l’Iowa est l’objet d’une forte couverture médiatique tous les quatre ans, en prévision de l’élection présidentielle américaine qui se tient dans l’année (les caucus se tiennent tous les deux ans). En effet, depuis 1972, l’Iowa est l’État qui inaugure — pour les deux partis principaux — le long processus de désignation des candidats à l’élection du président américain. » – fiche Wikipedia en français

Les dernières nouvelles en provenance de Des Moines (Iowa) montrent que l’ancien maire de South Bend, Pete Buttigieg, et le sénateur Bernie Sanders (Indépendant-Vermont) se battent pour la victoire, avec la sénatrice Elizabeth Warren (Démocrate-Massachusetts) en troisième position et l’ancien vice-président et présumé « premier de cordée » Joe Biden en queue de peloton. Cependant, seules 71 % des circonscriptions ont communiqué leurs résultats, à cause de retards « inacceptables » causés par une « erreur de codage » dans l’application utilisée pour calculer les résultats, selon Troy Price, secrétaire du Parti démocrate de l’Iowa.

L’Amérique a réagi avec des mèmes tels que « vous aviez un emploi » et « c’est un feu de poubelles » – le président Donald Trump a lui-même retweeté ce dernier à un moment donné mardi – mais ce fiasco n’a rien de drôle.

Si cela se produisait n’importe où ailleurs dans le monde, le Département d’État appellerait à un changement de régime et le Trésor imposerait des sanctions, pendant que le Pentagone compterait ses munitions pour s’assurer d’en avoir assez pour promouvoir sa démocratie « cinétique ».

Heureusement pour les États-Unis, aucun autre pays ne lui souhaite ce qu’il fait aux autres. Il reste cependant les retombées du désastre de l’Iowa, qui s’annoncent plutôt mauvaises pour la plupart des personnes impliquées.

Prenez Joe Biden : un agent fidèle de l’establishment démocrate, le « gardien » imposé à Barack Obama en 2008 pour s’assurer que l’homme qui avait battu la chouchoute du DNC (Democratic National Commission), Hillary Clinton, n’apporte pas trop d’espoir et de changement. Il ne s’est pas présenté en 2016, laissant Clinton et Sanders se battre entre eux. Lorsqu’il a annoncé qu’il se présenterait en 2020, il n’a ostensiblement pas été soutenu par Obama.

Son statut de leader dans les sondages nationaux a été invoqué par les Démocrates de la Chambre pour déclarer que toute enquête sur les affaires de sa famille à l’étranger serait une « ingérence étrangère » dans l’élection. Pourtant, dans l’Iowa, il a terminé derrière un maire de petite ville de l’Indiana et deux des trois sénateurs en exercice candidats à l’investiture démocrate.

Même les médias grand public, qui jouaient jusqu’à récemment un rôle de garde du corps pour lui, tournent maintenant le dos à « l’Oncle Joe ».

(Tweet : Je sais que l’Iowa a été plus que bizarre. Mais il s’agit de l’ancien vice-président des États-Unis. Il a été dans la vie publique pendant près de cinq décennies. Terminer loin derrière le maire de South Bend [102 245 habitants, NdT] est vraiment mauvais pour Biden.)

Qu’en est-il de Warren ? Elle est peut-être arrivée troisième au classement général, mais les données en provenance de l’Iowa montrent qu’elle n’est le premier choix de personne. Buttigieg, Sanders, Biden et même la sénatrice Amy Klobuchar (Démocrate-Minnesota) ont au moins un comté où ils sont en tête ; pas Warren.

(Tweet : Je serais beaucoup plus inquiet si j’étais Warren. Le caucus était censé jouer sur plusieurs de ses points forts – l’accent mis sur l’organisation et plus de loyalistes libéraux du parti.

Actuellement, elle est la seule parmi les cinq premiers à ne mener dans aucun des 99 comtés de l’Iowa.)

Quant au « Maire Pete » [Buttigieg, NdT], il s’est empressé de crier victoire lundi soir, bien avant que les données des caucus ne soient disponibles – ce qui alimente les spéculations sur sa relation cachée avec la société chargée de développer et de faire fonctionner l’application utilisée pour rapporter les votes.

Le personnel « expert » à l’origine de l’application avait précédemment travaillé pour la campagne d’Hillary Clinton – ce remarquable bastion de compétence informatique et de cybersécurité – de sorte que personne n’a été surpris lorsque le parti de l’Iowa a mis son fiasco sur le compte « d’erreurs de codage ».

Ce qui peut condamner la candidature de Buttigieg est l’étrange ressemblance de sa tactique avec celle du « président intérimaire » autoproclamé du Venezuela, Juan Guaido.

(Tweet : Le Maire Pete dégage l’énergie de Juan Guaido. Sous peu, il prétendra être le président de tout le pays. Peut-être que quelques leaders mondiaux comme @JustinTrudeau le reconnaîtront même.)

Les premières informations selon lesquelles Sanders avait plus de voix que Buttigieg mais était toujours en retard – grâce à l’obscur système des caucus, qui implique parfois des jets de dés – ont dû faire planer le spectre de 2016 pour nombre de ses partisans. Si cela peut inquiéter Sanders, c’est une très mauvaise nouvelle pour les Démocrates.

Quatre années de Démocrates hurlant « C’EST LA RUSSIE ! » et « Homme Orange Méchant ! » n’ont pas effacé la mémoire des partisans de Sanders sur les preuves de manipulations de sa candidature dévoilées par des e-mails et autres documents publiés par WikiLeaks. Le DNC n’a jamais nié ces révélations ; en fait, des témoignages ultérieurs d’anciens responsables du parti n’ont fait que les confirmer. Le Parti démocrate ne semble pas avoir fait quoi que ce soit pour lutter contre ce « cancer ».

En tant que reporter des congrès des deux partis en 2016, j’ai vu de mes propres yeux comment Trump a gagné à Cleveland en charmant la vieille garde du GOP [Parti républicain, NdT] pour qu’elle le soutienne – et comment Clinton a pris Philadelphie non pas en séduisant les « Berniecrats », mais au contraire [dans une stratégie inverse de celle de Trump, NdT] en les diabolisant. La différence d’énergie et de ton de l’un à l’autre était flagrante.

C’est pour cette raison, et non pas à cause de la « Russie » – ou des mèmes de Facebook, ou des trolls de Twitter, ou de James Comey, ou de toute autre excuse mise en avant par Hillary Clinton – que Trump a gagné. S’il est aussi mauvais que les Démocrates le disent, tout ce que les Démocrates avaient à faire était de ne pas saboter leur processus de nomination pour 2020.

Pour citer Glenn Greenwald, « Ils sont partis pour prendre un départ spectaculaire ».

Traduction Entelekheia

Note de la traduction : Le décompte complet des votes dans l’Iowa n’a toujours pas été publié, deux jours après, probablement parce que Sanders, le vilain petit canard des Démocrates, les a remportés et que le parti ne veut pas l’admettre. C’est en tous cas l’explication la plus plausible de ce « retard ».

Tweet de David Sirota, plume de Bernie Sanders :

(Tweet : J’ai essayé d’expliquer sans passion à mon fils de 9 ans ce qui s’est passé dans l’Iowa, parce qu’il veut vraiment en connaître les résultats. Il ne comprend pas pourquoi ils ne publient pas le décompte complet. Je n’ai pas de réponse à lui donner. Après deux jours, il commence à soupçonner que quelque chose ne va pas.)

Patience ! le décompte arrivera bien un jour ou l’autre, et nous saurons enfin qui l’a emporté. Mais l’impact de la victoire de Sanders dans l’Iowa, s’il s’avère que victoire il y a, est d’ores et déjà émoussé. Les Démocrates remportent donc leur première passe d’armes avec lui.

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