Coronavirus : médias et politiciens exagèrent la menace à des fins de propagande anti-chinoise

Par Alan MacLeod
Paru sur MintPress News sous le titre Coronavirus: Media and Politicians Take Anti-China Fear Mongering to New Levels


Malgré les éloges de l’Organisation mondiale de la santé pour sa gestion du coronavirus, la Chine a été tournée en dérision par les médias et les politiciens occidentaux sur presque tous les aspects de sa réponse.

Déclenchée à Wuhan en décembre, l’épidémie de coronavirus s’est étendue à toute la Chine, infectant environ 64 000 personnes et inquiétant le reste du monde. Alimentant la panique, les médias ont publié des histoires alarmistes et les politiciens ont colporté des fausses informations.

Le sénateur de l’Arkansas Tom Cotton en est un exemple frappant : il a affirmé que le virus avait en fait été développé par le gouvernement chinois. Wuhan, a-t-il déclaré, « possède le seul super laboratoire de biosécurité chinois de niveau quatre, qui travaille avec les agents pathogènes les plus mortels du monde, y compris, oui, le coronavirus ». Il a également affirmé que l’épidémie est « pire que Tchernobyl », en référence à la catastrophe nucléaire de 1986 en Ukraine. « Le coronavirus de Wuhan est une calamité de l’ampleur de Tchernobyl pour la Chine, à cette différence près que Tchernobyl était locale. Le coronavirus se répand dans le monde entier », a-t-il dit, ajoutant qu’en un jour, « les cas confirmés ont augmenté de 30 % en Chine. Les chiffres réels sont probablement beaucoup plus élevés ».

Les remarques de Cotton ont été condamnées par les autorités sanitaires comme des fausses nouvelles, au mieux inutiles et au pire dangereusement alarmistes. Les experts ont dû prendre du temps sur leur lutte contre le virus pour réfuter son complotisme sur le super laboratoire. Concernant l’augmentation censément énorme du nombre de cas, le Dr Michael Ryan, responsable du programme d’urgence sanitaire de l’Organisation mondiale de la santé (OMS), a déclaré qu’il y avait une explication bien plus banale à ce changement de chiffres : « Cette augmentation que vous avez tous constatée au cours des derniers jours est en grande partie due à un changement dans la façon dont les cas sont signalés », a-t-il déclaré aux médias.

Le gouvernement chinois a également exprimé sa consternation sur les vues de Cotton. « C’est très néfaste, c’est très dangereux d’attiser les soupçons, les rumeurs et de les répandre parmi la population. D’une part, cela va créer de la panique. D’autre part, cela va attiser des discriminations raciales, de la xénophobie, toutes choses qui vont vraiment nuire à nos efforts communs pour combattre le virus », a dit Cui Tiankai, ambassadeur de Chine aux États-Unis. « Bien sûr, il y a toutes sortes de spéculations et de rumeurs… Mais comment pouvons-nous croire à toutes ces folies ? » a-t-il ajouté.

Les médias occidentaux n’ont cessé de critiquer la Chine sur sa gestion de la crise. La BBC a affirmé que « les autorités chinoises s’efforcent de contrôler la perception de la crise par le public » et s’est demandée, « peut-on se fier aux chiffres » du gouvernement.

Mais en réalité, l’OMS a applaudi la Chine comme modèle de transparence et de dévouement à l’éradication du virus, en partageant autant d’informations génétiques et logistiques que possible avec des partenaires et des organisations. Elle a également réussi la tâche herculéenne de construire en quelques jours deux énormes hôpitaux pour accueillir les patients. Le Dr Ryan a déclaré que lui et le directeur général de l’OMS, le Dr Tedros Adhanom Ghebreyesus, « n’avaient jamais vu une telle ampleur d’engagement en réponse à une épidémie… Le défi est grand mais la réponse a été massive et le gouvernement chinois mérite grandement d’être salué », en le remerciant personnellement pour son effort sans précédent.

Malgré cela, le gouvernement américain s’est déclaré « déçu » de la prétendue attitude défensive de la Chine. « Nous pensions qu’il y aurait une meilleure transparence venant de Chine, mais cela ne semble pas être le cas », a déclaré le conseiller économique de la Maison-Blanche Larry Kudlow.

(Tweet : Alors que #China s’occupe du #coronavirus, certains politiciens et médias américains manipulent les choses dans leur propre intérêt @dancohen3000. Titre de la vidéo : ‘Comment le coronavirus est exploité par des politiciens’)

L’OMS a certes émis des vives critiques concernant l’épidémie. Mais celles-ci visaient les médias, l’organisation déclarant qu’en plus de l’urgence sanitaire mondiale, il y avait également une « infodémie massive » – une surabondance d’informations – certaines exactes et d’autres non – qui rend difficile pour les gens de trouver des sources dignes de confiance et des conseils fiables quand ils en ont besoin ».

Avec le virus, le racisme anti-chinois s’est répandu. De la même manière que le virus Ebola a été considéré comme un fléau africain, la nouvelle du coronavirus a provoqué une flambée de sentiments anti-chinois en Occident. Les restaurants chinois en Europe ont vu leurs affaires plonger et les personnes d’origine chinoise dans le monde entier ont signalé une recrudescence de commentaires xénophobes et racistes à leur encontre. MintPress a fait état de ce phénomène le mois dernier.

(Tweet :  La Chine ne licencie pas ses fonctionnaires, elle les « purge ».

La Chine ne réquisitionne pas les hôpitaux privés lors d’une urgence sanitaire en adoptant des lois, elle les « saisit ».

Les dirigeants chinois ne renforcent pas les lois, ils « concentrent le pouvoir ».

La Chine n’accorde pas de prêts, elle « piège » des pays dans la dette

Les Chinois n’assistent pas à des rassemblements, ils « s’abattent » sur eux

Les fonctionnaires chinois corrompus ne sont pas condamnés pour corruption, ils « perdent les luttes de pouvoir ».

La Chine ne punit pas les fonctionnaires corrompus, elle les « piège ».

Les médias chinois ne rapportent pas d’informations, mais de la « propagande ».)

À la date de vendredi dernier, il y a eu 64 435 cas confirmés dans 25 pays, entraînant 1 383 décès, tous en Chine sauf deux. Cela signifie que seulement 2% des personnes ayant contracté le virus sont mortes. Bien qu’il s’agisse certainement d’une grave source d’inquiétude pour les autorités sanitaires, elle est bien faible comparée à d’autres maladies plus communes. Par exemple, le gouvernement américain estime qu’au cours de l’hiver 2017-8, plus de 800 000 Américains ont été hospitalisés à cause de la grippe, avec 61 000 décès dans les seuls USA.

Dans un rappel de la couverture de l’épidémie de SRAS en 2003 ou du virus Ebola en 2014, les médias et les politiciens ont exagéré les niveaux de menace d’un virus étranger pour leurs propres fins, créant des pandémies de peur et de xénophobie en accompagnement d’épidémies réelles, mais limitées. Le coronavirus est suffisamment grave sans la pandémie d’alarmisme qui l’accompagne.

Alan MacLeod est rédacteur à MintPress News. Après avoir terminé son doctorat en 2017, il a publié deux livres : Bad News From Venezuela : Twenty Years of Fake News et Misreporting and Propaganda in the Information Age : Still Manufacturing Consent. Il a également été publié par Fairness and Accuracy in Reporting, le Guardian, Salon, The Grayzone, Jacobin Magazine, Common Dreams, l’American Herald Tribune et The Canary.

Traduction Entelekheia
Photo Stefan Keller/Pixabay

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