Sanders déclare au New York Times qu’il pourrait envisager des bombardements préventifs sur l’Iran ou la Corée du nord

L’intéressant, chez Sanders, et la raison pour laquelle il est haï par l’establishment démocrate ne tient pas à sa personne, mais à l’immense mouvement populiste qu’il fédère, et qui pourrait bien finir par être dangereux pour ledit establishment – et in fine, pour tout le système néolibéral américain. Aux yeux des politiciens des USA – Démocrates comme Républicains – installés dans le confort de leurs postes tributaires de gros donateurs privés, la menace vient des espoirs de changements majeurs entretenus par les millions de jeunes qui le plébiscitent. Mais ces espoirs portent sur la situation intérieure des USA : la santé, l’éducation, etc, et non la politique étrangère. Sur ce dernier point, Sanders est un candidat lambda à la présidence des USA – c’est-à-dire qu’il est tout aussi militariste et impérialiste que les autres.

La preuve :


Par Jacob Crosse et Barry Grey
Paru sur WSW sous le titre Sanders tells New York Times he would consider a preemptive strike against Iran or North Korea, Le Grand Soir pour la version française


Bernie Sanders a gagné le vote populaire dans les deux comtés du New Hampshire et de l’Iowa lors des Primaires présidentielles en se présentant en tant « qu’opposant » et « contestataire » à la guerre. Condamnant l’assassinant criminel du général iranien Quassem Soleimani le mois dernier, Sanders a été le plus ardent des candidats démocrates critiquant l’acte de Trump. Son nombre de soutiens s’est accru au fur et à mesure qu’il gonflait sa rhétorique antiguerre.

Il a rappelé de manière répétée son vote contre l’invasion de l’Irak en 2000, rappelant aux électeurs lors du débat présidentiel en Iowa le mois dernier : « J’ai non seulement voté contre la Guerre, mais j’ai aussi aidé à l’effort contre celle-ci ».

Or, quand il parle au plus important quotidien de la classe dirigeante étasunienne, le discours de Sanders revêt un ton très différent par rapport à celui avec lequel il s’adresse au public lors de ses interventions ou de ses interviews à la télévision.

Les réponses fournies par Sanders lors du sondage publié par le New York Times montrent une approche très différente de son attitude de « social-démocrate » face à l’impérialisme et à la guerre. Au cours de ce sondage Sanders monte au créneau afin de rassurer la communauté des services secrets et des militaires ainsi que l’élite financière sur sa loyauté de sénateur à l’impérialisme étasunien et à ses capacités de déployer la force militaire.

La chose la plus choquante et significative est probablement sa réponse à la troisième question du sondage du NYT :

Question : « Pourriez-vous envisager d’employer l’armée afin d’engager une frappe préventive sur les essais nucléaires iraniens ou nord-coréens ? »

Réponse : « Oui ».

Un Sanders à la Maison Blanche, selon ses dires de campagne, pourrait « envisager » ouvertement une frappe préventive sur l’Iran ou sur la Corée du Nord, une puissance nucléaire. Pour « prévenir » (pas pour « riposter »), non seulement une menace de missiles, mais aussi bien pour empêcher des essais de ceux-ci. C’est une prise de position rétrograde à couper le souffle, au moins autant incendiaire que celles énoncées par l’administration Trump.

Sanders pourrait provoquer le risque d’une guerre qui pourrait aisément engager les puissances principales et déclencher un Armageddon nucléaire uniquement afin de freiner des essais d’armes par d’autres pays qui ont été sujets à des sanctions EU dévastatrices et à des provocations diplomatiques, économiques et militaires depuis des décades.

De surcroît, ainsi que la réponse au NYT le rend clair, le « soi-disant candidat progressiste » souscrit pleinement à la « doctrine de guerre préventive » déclarée officiellement comme politique EU en 2002 par l’Administration de Georges W. Bush.
Une initiative illégale de guerre d’agression en tant qu’instrument de politique étrangère. Cette stratégie viole les principes fixés aux procès des officiers nazis à Nuremberg après WWII par la Charte des Nations Unies et autres conventions et autres lois internationales sur la Guerre. Sanders soutient cette doctrine, plaçant ses pas dans ceux de l’Administration Obama, démontrant ainsi que son « opposition » à la Guerre d’Irak était uniquement une question tactique, non basée sur un principe d’opposition à la guerre impérialiste.

La question suivante est précédée par une autre une réponse absolument dans la ligne des politiques de guerre d’Obama, la première administration à deux mandats qui présida à une guerre ininterrompue.

Question : « Pourriez-vous envisager d’utiliser la Force militaire pour une intervention humanitaire ? »

Réponse : « Oui ».

Parmi les guerres criminelles menées par les USA au nom des « Droits humains » on compte la Guerre de Bosnie et les bombardement en Serbie en 1990, la guerre de 2011 contre la Libye qui se termina par le lynchage de son Guide Mouammar Kadhafi, ainsi que la guerre civile en Syrie qui a été fomentée par Washington et conduite par des milices d’Al Qaïda.

Les frauduleux prétextes humanitaires pour les agressions US ne sont pas plus légitimes que les ADM3 utilisés pour l’invasion néo-coloniale de l’Irak. Le résultat de ces crimes de guerres a été la destruction de sociétés entières, la mort de millions de gens, l’exil de dizaines de millions d’autres, et la transformation du Moyen-Orient en une poudrière ou les interventions des grandes puissances peuvent exploser en une nouvelle Guerre mondiale.

Sanders souscrit pleinement à cette doctrine de « Guerre humanitaire » qui a été bien spécifique aux administrations démocrates.

En réponse à la question du NYT sur l’assassinat de Qassem Soleimani, la campagne de Sanders qualifie l’action de Trump « d’illégale » mais refuse de prendre position contre les assassinats ciblés en général et déclare lui-même Qassem Soleimani comme un « terroriste ».

La réponse dit :

Clairement Qassem Soleimani était impliqué dans des actes de terrorisme. Il soutenait aussi les attaques contre les troupes USA en Irak. Mais la question réelle n’est pas s’il était bon ou mauvais mais si son assassinat a rendu plus de sécurité aux Étasuniens. La réponse est clairement « Non ».

En d’autres termes, les assassinats extra-judiciaires de personnes par les Américains sont justifiés s’ils rendent plus de sécurité aux Américains. C’est un soutien tacite à la politique d’assassinats par drone qui s’est amplifiée sous l’administration Obama, une politique qui inclut aussi le meurtre de citoyens américains.

A un autre passage le NYT demande :

Question : « Seriez-vous d’accord pour retirer les troupes US de la péninsule coréenne ? »

La réponse est :

Non, pas immédiatement. Nous devons travailler étroitement avec nos partenaires sud-coréens pour aller vers la paix dans la péninsule coréenne, ce qui est la seule issue pour négocier une issue nucléaire avec le Nord ».

Sanders ainsi continue à soutenir la présence continuelle de dizaines de milliers de soldats US dans la péninsule, juste afin de soutenir un déploiement de forces garantissant les intérêts mondiaux de la classe dirigeante des USA.

Sur Israël, Sanders appelle à continuer l’aide civile et militaire et refuse le retour immédiat de l’Ambassade des USA de Jérusalem à Tel Aviv.

Sur la Russie, il soutient pleinement la campagne anti-russe maccarthyste et suit la ligne de l’aile droite du Parti démocrate sur les tentatives de destitution de Trump :

Question : « Si la Russie continue dans sa politique actuelle en Ukraine et les anciens pays soviétiques, les USA doivent-ils la voir comme un adversaire et même comme une ennemie ? »

Réponse :  « Oui ».

Question : « Est-ce que la Russie doit rendre l’Ukraine avant d’être autorisée d’accéder au G7 ? »

Réponse : « Oui ».

A la fin le NYT demande à Sanders son positionnement par rapport à la doctrine de « Stratégie de Sécurité Nationale » dévoilée par Trump au début de 2018. La nouvelle stratégie déclare que le but principal des politiques étrangères et militaires est lié à la « guerre contre le terrorisme » et à la préparation à la guerre contre ses principaux rivaux, citant en particulier la Russie et la Chine. Sanders en valide tacitement les grandes lignes, en attaquant Trump sur le fait qu’il a failli à régler plus agressivement le conflit avec la Chine et la Russie.

Question : « La stratégie nationale de sécurité du président Trump exige d’amplifier l’attention de la politique étrangère des USA du Moyen Orient jusqu’en Afghanistan. Et repousser ce qu’il nomme comme des superpuissances révisionnistes », la Russie et la Chine. Êtes-vous d’accord ? Pourquoi, ou pourquoi pas ? »

Réponse : « Malgré sa stratégie établie, le Président Trump n’a jamais soutenu de stratégie de sécurité cohérente. En fait, Trump a amplifié les tensions au Moyen Orient et nous a mis sur le sentier de la guerre avec l’Iran, refusant de reconnaître la Russie coupable d’interférences dans nos élections et d’abus des Droits de l’Homme, il n’a rien fait pour redresser notre accord commercial avec la Chine qui bénéficie uniquement aux riches, il a négligé les internements de masse des Ouighours ainsi que la répression brutale des protestataires à Hong Kong. Clairement Trump n’est pas un Président sur lequel on puisse compter ».

Dans une récente interview, Ro Khanna, un membre démocrate du Congrès et co-président de la campagne de Sanders, a assuré au journaliste Uri Friedmann de l’Atlantic que Sanders perpétuerait la provocante « Opération Mers libres » dans le Golfe persique et la Mer de Chine et maintiendrait la présence de « quelques troupes » sur de multiples bases chez ses alliés, du Japon à l’Allemagne.

Des millions de travailleurs, étudiants et jeunes sont actuellement attirés par Sanders parce qu’ils commencent à rejeter et à s’opposer aux immenses inégalités sociales, à la brutalité et au militarisme de la société étasunienne, et associent correctement ces maux avec le capitalisme. Cependant ils pourraient rapidement apprendre à travers une amère expérience que l’opposition de Sanders à la « classe des milliardaires » n’est pas plus vraie que sa supposée opposition à la guerre. Sa politique étrangère est impérialiste et, plus encore, en parfaite cohésion avec la politique militariste et agressive du Parti démocrate et le l’administration Obama.

Les « différences » entre les Démocrates et Trump en Politique étrangère, même amères, sont purement tactiques.

Chaque partie soutient une orientation stratégique qui affirme une hégémonie globale à travers la force des armes.

Quelle importance que Sanders déblatère contre les inégalités, il lui est impossible de s’opposer aux exactions de la classe dirigeante chez lui alors qu’il soutient l’oppression et le pillage au dehors.

Sanders n’est pas plus un apôtre de la paix qu’un représentant de la classe productive. Ses deux politiques, intérieure et extérieure, sont l’instrument de la classe dirigeante pour rabattre le mouvement montant de la classe productive et son opposition au capitalisme vers le Parti démocrate et le système bipartisan du capitalisme qui mène l’Amérique.

Traduction Geb pour LGS avec les coquilles d’usage.
Note d’introduction Entelekheia

Ajouter un commentaire

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.

%d blogueurs aiment cette page :