Ceci n’est pas une récession. C’est une ère glaciaire.

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Note de la traduction : les données ci-dessous sont valables pour les USA, mais les mêmes secteurs de l’économie étant à l’arrêt en France, le problème se pose dans des termes identiques pour nous.


Par Annie Lowrey
Paru sur The Atlantic et MSN sous le titre This Is Not a Recession. It’s an Ice Age.


Personne, parmi les vivants, n’a jamais vécu un effondrement économique aussi soudain.

Nous ne pouvons pas encore dire que nous sommes en récession, du moins pas officiellement. Un comité décide de ces choses-là – si, c’est vrai. Le gouvernement estime généralement qu’une contraction n’est pas une récession, à moins que l’activité économique n’ait diminué pendant deux trimestres. Mais nous sommes en récession et tout le monde le sait. Et ce que nous vivons est bien plus que cela : un cygne noir, une guerre financière, une peste. Peut-être que les choses semblent normales là où vous êtes. Peut-être que les choses ne semblent pas normales. Les choses ne sont pas normales. Pendant des semaines ou des mois, nous ne saurons pas de combien le PIB a ralenti et combien de personnes ont été contraintes de quitter leur emploi. Il faut du temps pour produire des statistiques gouvernementales. Ces chiffres regardent en arrière, les derniers en date décrivant toujours une économie en plein essor proche du plein emploi. Pour quantifier la réalité actuelle, nous devons nous appuyer sur des anecdotes d’entreprises, des enquêtes auprès des travailleurs, des lambeaux de données privées et quelques chiffres de l’État. Ils montrent une économie qui n’est pas en récession, en contraction ou en phase de ralentissement, qui ne subit pas de pertes, qui ne vend pas ou qui ne corrige pas. Ils montrent une évaporation, une disparition à une échelle qui semble métaphysique.

Ce qui se passe est un choc pour l’économie américaine plus soudain et plus grave qu’aucun être humain en vie n’en a jamais connu. Le taux de chômage avait atteint son pic de 9,9 % 23 mois après le début officiel de la Grande Récession de 1929. Quelques semaines à peine après le début de la pandémie de coronavirus et quelques jours après l’imposition de mesures d’urgence pour l’enrayer, près de 20 % des travailleurs déclarent avoir perdu des heures ou leur emploi. Selon une application qui suit les salaires et les emplois du temps, 22 % des heures de travail se sont évaporées pour les employés payés à l’heure, et trois personnes sur dix qui se présentaient normalement au travail n’y sont pas allées dès le mardi 17 . En l’absence d’une réponse gouvernementale forte, le taux de chômage semble parti pour atteindre des sommets inédits depuis la Grande Dépression ou même la misérable fin des années 1800. Un taux de 20 % n’est pas impossible.

Le nombre de demandes d’allocations de chômage déposées par les États progresse de façon géométrique, ce qui indique dans quel sens les chiffres nationaux auront changé lorsque nous les aurons. Lundi dernier (le 16), 400 personnes ont demandé à bénéficier de l’assurance chômage au Colorado. Mardi : 6 800. La Californie a vu le nombre de demandes quotidiennes passer de 2 000 à 80 000. L’Oregon est passé de 800 à 18 000. Dans le Connecticut, près de 2 % des travailleurs de l’État ont déclaré en un seul jour qu’ils étaient nouvellement au chômage. De nombreux autres États rapportent le même genre de chiffres.

Ces chiffres sont sujets à de fortes variations ; des choses comme les fermetures de grandes usines les amènent à flamber et à retomber, et à flamber de nouveau et à retomber. Mais que dire quand ils augmentent aussi rapidement, dans tous les États ? Quand ils restent élevés ? C’est nouveau. L’économie n’est pas en train de progressivement basculer dans une crise de l’emploi : une crise de l’emploi est en train d’exploser. Compte tenu de la trajectoire des rapports des États, il est certain que le pays établira un record de nouvelles demandes d’emploi la semaine prochaine, non seulement en termes de chiffres bruts mais aussi en ce qui concerne la part de travailleurs licenciés. Le total devrait se situer entre 1,5 million et 2,5 millions, et devrait même augmenter à partir de là.

Rien de tout cela n’est surprenant. L’économie doit s’arrêter pour protéger des vies et soutenir le système médical. Des avions ont été cloués au sol, des conférences annulées, des millions d’Américains se sont fait dire de ne pas sortir de chez eux sauf pour faire des courses et autres nécessités. En raison des mesures d’urgence désormais en place, les entreprises n’ont eu d’autre choix que de laisser partir les travailleurs. La liste des employeurs qui licencient des travailleurs en masse comprend des compagnies de tourisme, des compagnies aériennes, des hôtels, des restaurants, des bars, des ébénistes, des entreprises de location et de nettoyage de vêtements professionnels, des journaux, des librairies, des traiteurs et des festivaliers. J’ai commencé à additionner des chiffres dans les journaux, et j’ai abandonné quand j’ai atteint 100 000.

L’économie a dernièrement vu son expansion languir, avec une croissance annuelle de 2 ou 3 %. Aujourd’hui, les prévisionnistes s’attendent à ce qu’elle se contracte à un rythme d’environ 15 %, bien que personne ne sache vraiment quoi que ce soit de précis. Une quarantaine virale est impossible à modéliser, car il faudrait savoir avec une certaine précision combien de temps dureront les mesures d’urgence nécessaires et dans quelle mesure le gouvernement saura y répondre de façon positive. Pourtant, les mesures en temps réel démontrent une apocalypse de l’économie de consommation. Selon une société de traitement des cartes de crédit, les paiements aux entreprises ont diminué de 30 % à Seattle, de 26 % à Portland et de 12 % à San Francisco. Presque tous les États connaissent des baisses spectaculaires, les hôtels et les restaurants étant particulièrement touchés.

Les marchés ne sont pas normaux non plus. Le marché boursier a perdu 20 % de sa valeur en seulement 21 jours – le marché baissier le plus rapide et le plus brutal jamais enregistré, plus rapide que 1929, plus rapide que 1987, 10 fois plus rapide que 2007. Le système financier a nécessité pas moins de sept interventions d’urgence de la part de la Federal Reserve au cours de la semaine dernière. La banque centrale du pays a ramené les taux d’intérêt à zéro, a commencé à acheter plus d’un demi-billion de dollars d’actifs financiers et a ouvert des facilités spéciales pour injecter des liquidités dans le système financier.

Pourtant, dans l’économie réelle, tout s’est arrêté, figé sur place. Ceci n’est pas une récession. C’est une ère glaciaire.

Traduction Entelekheia
Photo Pixabay

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