Le confinement peut sauver des vies, mais il exacerbe les problèmes de solitude et de santé mentale

Si vous avez des personnes âgées seules dans votre entourage : voisins, parentèle, etc, pensez à aller les voir, donnez-leur un peu de votre temps et vérifiez s’ils ont des provisions, s’ils prennent leurs médicaments, si tout va bien pour eux. Bien sûr, respectez la distance de sécurité (un mètre) pour ne pas risquer de les contaminer. Certains n’ont que leur télévision pour toute compagnie – depuis des semaines.

Note : Dans l’article qui suit, l’auteur décrit la situation en Grande-Bretagne, mais nous avons exactement la même chose en France, où la psychiatrie, depuis toujours « parent pauvre » de la médecine, a de plus subi depuis le mandat Sarkozy les mêmes coupes sombres austéritaires que sa consœur d’outre-Manche – jusqu’à être aujourd’hui acculée à une situation proche de l’indigence.


Par Tomasz Pierscionek
Paru sur RT sous le titre Self-isolation may save lives, but exacerbates mental health issues & loneliness: I see consequences on a daily basis as a doctor


Des millions de personnes âgées et vulnérables souffrant de solitude chronique sont maintenant confrontées à un isolement supplémentaire en raison de la pandémie de Covid-19. Cela va provoquer et exacerber un ensemble différent de problèmes tels que les questions de santé mentale.

Il y a près de 793 777 cas confirmés de coronavirus dans le monde, et 38 708 personnes sont décédées [chiffres mis à jour depuis la parution originale de cet article, source South China Morning Post, Ndt]. Bien que le virus semble être en déclin en Chine et en Corée du Sud, l’Europe et les USA en sont désormais les épicentres avec des dizaines de milliers de cas signalés.

Les gouvernements de toute l’Europe ont décrété des mesures de confinement et conseillé aux citoyens, en particulier aux personnes âgées, de s’isoler afin d’éviter la propagation du virus et d’augmenter la mortalité. Si le confinement peut sauver des vies, il provoquera et exacerbera un ensemble différent de problèmes tels que des questions de santé mentale et de solitude – dont je constate quotidiennement les conséquences dans mon travail.

Un est le chiffre le plus solitaire, comme le dit la chanson One de Harry Nilsson. Malheureusement, cela devient la réalité pour un nombre croissant de personnes, jeunes et moins jeunes, dans le monde industrialisé. L’atomisation de la société et l’aliénation des individus qui en résulte sont particulièrement visibles dans les grandes villes comme Londres, où peu de gens parlent à leurs voisins, et interagissent encore moins de manière significative avec eux.

Les trois quarts des Britanniques ne connaissent apparemment même pas le nom de leurs voisins et plus de la moitié d’entre eux ne leur parlent pratiquement jamais.

La solitude, associée à un manque d’interaction sociale, a des effets négatifs sur la santé physique et mentale. L’isolement social augmente le risque de développer des maladies cardiaques, des accidents vasculaires cérébraux et des démences séniles, et peut être aussi préjudiciable à la santé physique que le tabagisme, et pire que l’obésité et le manque d’exercice.

La campagne britannique To end Loneliness (Pour mettre fin à la solitude) estime que neuf millions d’adultes du pays souffrent de solitude, dont quatre millions de personnes âgées. La moitié des plus de 75 ans vivent seuls et plus d’un million de personnes âgées peuvent passer un mois entier dans la solitude sans parler à des amis, à leur famille ou à leurs voisins. Environ la moitié des personnes âgées de 65 ans et plus déclarent que la télévision ou les animaux domestiques sont leur principale compagnie.

Parmi les personnes particulièrement exposées au risque d’isolement social figurent les personnes d’âge moyen et les personnes âgées célibataires et souffrant de problèmes de santé chroniques.

La solitude augmente également à l’autre extrémité du spectre des âges et semble même être un problème plus important chez les jeunes. Selon un sondage YouGov, près d’un tiers des 18-24 ans se sentent seuls soit toujours, soit la plupart du temps, alors que seulement 17 % des plus de 55 ans déclarent la même chose. Des résultats similaires ont été rapportés chez les jeunes adultes aux États-Unis et en Australie, bien que les facteurs de sentiments de solitude, chez les « millenials » et la génération Z (comme on l’appelle) élevés au régime des réseaux sociaux diffèrent de ceux des générations plus âgées.

Les plus isolés socialement sont aussi les plus vulnérables

Tout comme les maladies physiques, les problèmes de santé mentale sont à la fois une cause et une conséquence de l’isolement social – une situation que je rencontre fréquemment en tant que médecin travaillant dans un hôpital psychiatrique. Il est fréquent de rencontrer des situations où des personnes d’âge moyen ou des personnes âgées ont été hospitalisées en raison d’une dépression provoquée par l’isolement social, ou qui, après avoir été traitées pour leurs problèmes de santé mentale, doivent être renvoyées chez elles pour vivre seules, parfois dans un logement de mauvaise qualité ou temporaire, ce qui risque d’entraîner une rechute.

Il est décourageant de savoir que, bien qu’on les aide à se rétablir, leur manque de soutien social ou leur manque d’amis et de famille pourrait bien les amener à être réadmis plus tard avec les mêmes problèmes.

Certains patients craignent d’être renvoyés dans la solitude. Leur admission dans un service hospitalier, les contacts qu’ils ont ensuite avec les professionnels de santé et les amitiés qu’ils nouent avec les autres patients sont parfois la première interaction humaine décente qu’ils ont eue depuis longtemps. Ils perdent souvent ce réseau lorsqu’ils sortent de l’hôpital et la réalité de la vie et de l’isolement social les frappe durement.

Les soins psychiatriques communautaires toujours moins financés font ce qu’ils peuvent pour combler les lacunes. Le fait que les services communautaires tels que les hôpitaux de jour et les services de soutien social aient subi des coupes sombres depuis que le Parti conservateur a déclenché des mesures d’austérité à l’égard de la population n’aide pas. Par exemple, au cours des huit dernières années, le nombre de centres de soutien social pour adultes, des lieux de réunions pour les adultes âgés et vulnérables, a été réduit de 40%.

Aujourd’hui, avec la propagation du coronavirus en Grande-Bretagne et en Europe continentale, de nombreux pays ont dû instaurer des mesures de quarantaine générale. Les plus de 70 ans ont été informés par le ministre britannique de la santé qu’ils pourraient bientôt devoir s’isoler pendant de longues périodes.

De telles mesures, qui sont peut-être nécessaires dans une certaine mesure, ne feront qu’exacerber leur solitude. Comme de nombreuses personnes âgées vivent seules, la question demeure de savoir qui leur apportera des produits de première nécessité tels que de la nourriture et des médicaments. De même, leur santé peut se détériorer si les opérations ou les rendez-vous en clinique sont annulés pour permettre de redéployer les ressources ailleurs pour faire face à l’épidémie de coronavirus.

Faites attention à vos voisins plus âgés. Vérifiez s’ils ont besoin de quelque chose et s’ils ont des provisions suffisantes pendant leur confinement. L’isolement est susceptible d’avoir des effets néfastes sur la santé physique et mentale des jeunes aussi, en particulier ceux qui vivent seuls, qui se retrouvent de plus en plus sédentaires et passent le plus clair de leur temps sur les réseaux sociaux. L’augmentation probable de l’utilisation des réseaux sociaux, parallèlement à l’attention accrue portée aux nouvelles associées au coronavirus, risque d’alimenter davantage l’anxiété collective.

En attendant, alors que les gens sont effrayés et distraits par la pandémie de coronavirus, les gouvernements ont une occasion unique d’enterrer les mauvaises nouvelles et de mettre en place des législations impopulaires, dont certaines pourraient être justifiées par l’intérêt national. Il faut être vigilant et réaliser que le coronavirus, bien qu’il soit un problème majeur, n’est pas le seul problème.

Tomasz Pierscionek est médecin et chroniqueur sur des sujets relatifs à la médecine, la science et la technologie. Il était auparavant membre du conseil d’administration de l’organisation caritative Medact, et est actuellement rédacteur en chef du London Progressive Journal.

Traduction et notre d’introduction Entelekheia
Illustration Gordon Johnson/Pixabay

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