Les USA, nommés l’année dernière « pays le mieux équipé pour lutter contre une pandémie »

De l’inutilité des comités Théodule, aujourd’hui appelés « think tanks »… Avant cet article, ceux qui le veulent peuvent lire celui de Cory Morningstar ‘Event 201, la simulation prophétique de pandémie à coronavirus du Forum économique mondial’ et ainsi, avoir une meilleure idée de l’ampleur des erreurs d’appréciation, aux plus hauts niveaux des décideurs occidentaux, des conditions à remplir pour faire face à une pandémie et la juguler rapidement. Au passage, on pourra noter que ce sont ces gens-là (puisque des entités supra-nationales comme l’ONU et la Banque mondiale en faisaient partie) qui conseillent et chapeautent nos gouvernements, et sont censés en assurer la cohésion en cas de crise…

Pour le moment, des organisations à noms ronflants tels que « COVID Action Platform » (Plateforme d’action Covid-19) ont été formées par le Forum économique mondial en partenariat avec l’OMS. On attend qu’elles fassent quelque chose.


Par Peter Andrews
Paru sur RT sous le titre The US was named the best equipped country to deal with a pandemic not a year ago — what happened there?


L‘année dernière encore, les États-Unis étaient en tête de liste des pays les mieux équipés pour faire face à une pandémie. Mais les experts ont l’air ridicules aujourd’hui, alors que l’Amérique s’enfonce dans la catastrophe du Covid-19. Qu’est-ce qui a mal tourné ?

Il semble clair maintenant que les États-Unis vont être l’un des pays les plus touchés par la pandémie de coronavirus. Leur marché boursier s’est effondré et devrait connaître son pire trimestre de tous les temps. Il semble inévitable que leur économie plonge dans une seconde Grande Dépression.

Ils ont dépassé le nombre de décès du Covid-19 en Chine. Leurs chiffres s’élèvent maintenant à plus de 199 000 personnes infectées, et ayant rapidement doublé, le nombre de morts a dépassé les 4 000 personnes. Le président Trump a dû rapidement se rétracter sur sa rhétorique concernant la levée du confinement et le retour du pays au travail avant Pâques. Il semble maintenant que les États-Unis, et leur économie, vont connaître un long et sombre été.

Un mauvais pari

En octobre de l’année dernière, l’Indice de sécurité sanitaire mondiale a été publié. Son site web le présente comme « la première évaluation complète des capacités de sécurité sanitaire mondiale dans 195 pays ». Développé par le Johns Hopkins Center for Health Security [1] et la Nuclear Threat Initiative, en collaboration avec The Economist Intelligence Unit, ses principaux bailleurs de fonds ont été la Fondation Bill & Melinda Gates, [2] le projet Open Philanthropy et la Fondation Robertson.

Depuis l’épidémie d’Ebola en Afrique de l’Ouest en 2014, que le Global Health Security Index (Indice de sécurité sanitaire mondiale) [3] appelle « un signal d’alarme », des projets comme celui-ci ont été créés pour mettre en place de meilleurs mécanismes pour de futures pandémies de toutes sortes, qu’il s’agisse de virus naturels ou d’armes biologiques génétiquement modifiées.

Les tests de l’indice étaient basés sur des données capables de prédire si les pays ont « des capacités fonctionnelles, testées et approuvées pour arrêter les épidémies à la source », qui sont ensuite « régulièrement testées et dont la fonctionnalité est démontrée lors d’exercices ou d’événements réels ». C’est donc assez sérieux.

Les pays ont été évalués sur la base de six critères : « Prévention, détection et notification, réaction rapide, système de santé, conformité aux normes internationales et environnements à risque ». Sur ces six, les États-Unis étaient arrivés en tête de quatre, obtenant même un score presque parfait de 98,2 dans la catégorie « Détection et notification précoces » (Ce qui a été amplement contredit par la réalité des faits).

Les pays les mieux préparés à lutter contre une pandémie

Pour l’ensemble des critères, les États-Unis humiliaient le reste du monde en obtenant un score de 83,5 sur 100. En deuxième position se trouvait le Royaume-Uni, suivi des Pays-Bas, de l’Australie et du Canada. L’Italie était à la 31e place et la Chine à la 51ème. La plupart des pays les moins bien notés étaient des petites îles ou des pays africains, et la Guinée équatoriale était en lanterne rouge. La liste complète et le rapport peuvent être consultés ici.

Une Comédie des erreurs

Le fait d’être l’un des pays les plus riches du monde, à la pointe de l’innovation scientifique et de la médecine, aurait dû permettre aux Etats-Unis de contrer la pandémie. Alors pourquoi se trouvent-ils dans une telle situation aujourd’hui ? La réponse réside dans les mauvaises prises de décision de leur gouvernement depuis le tout début, qui les a envoyés sur la voie la plus dangereuse de toutes.

Ils ont été trop lents à commencer à tester les cas suspects, et lorsqu’ils l’ont fait, les Centres de contrôle et de prévention des maladies (CDC) ont fait capoter le déploiement des tests. Leurs cas ont vraiment commencé à augmenter vers la mi-mars, mais maintenant qu’ils ont pris la tête des cas confirmés en dehors de la Chine, on sent qu’ils ne vont pas regarder en arrière. Il reste à voir dans quelle mesure la situation se détériorera aux États-Unis.

De nombreux think tanks très futés et l’une des meilleures universités du pays ont collaboré à ce projet, et il s’est avéré qu’il avaient tout faux. La page « À propos » de leur site ne présente pas moins de 21 membres d’un groupe international d’experts, tous avec une liste de diplômes et d’intitulés de postes aussi longue que le bras.

Si ces experts avaient pu voir l’avenir, ils auraient donné les meilleurs résultats de l’Index à la Corée du Sud, à Singapour et à la Chine. La prochaine fois, leurs prévisions seront peut-être plus précises. C’est-à-dire, si l’économie américaine ne sera pas trop gravement décimée pour financer ce type de recherche à l’avenir.

Peter Andrews est un journaliste scientifique irlandais basé à Londres. Il a une formation en sciences de la vie et un diplôme de l’université de Glasgow en génétique.

Traduction et note d’introduction Entelekheia
Illustration Gerd Altmann/Pixabay

Notes de la traduction :

[1] Le Johns Hopkins Center for Health Security était l’une des institutions organisatrice de l’Event 201, la simulation d’octobre 2019 censée préparer/promouvoir des partenariats public-privé réactifs dans le cas d’une pandémie.

[2] Idem pour la Fondation Bill & Melinda Gates, voir note 1.

[3] Le Global Health Security Index (Indice de sécurité sanitaire mondiale) est un classement opéré par la Global Health Security Initiative (Initiative de sécurité sanitaire mondiale), une institution lancée en novembre 2001 par le Canada, la Commission européenne, la France, l’Allemagne, l’Italie, le Japon, le Mexique, le Royaume-Uni et les États-Unis. L’Organisation mondiale de la santé (OMS) agit en tant que conseiller technique auprès de la Global Health Security Initiative.
Tous ces rouages apparemment bien huilés, du moins en théorie, se sont effondrés lors du passage à la pratique. Les USA en sont rendus à quémander l’aide de la Chine pour leurs fournitures médicales ou à détourner des cargaisons prévues pour d’autres pays, pendant que les pays de l’UE s’écharpent pour des masques et que la Chine, la Russie et Cuba multiplient les envois d’aides humanitaires ou de renforts médicaux aux pays les plus touchés de l’UE comme l’Italie ou la principauté d’Andorre, aux Caraïbes (dont les départements d’outre-mer français), etc…

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