Comment faire la différence entre les vraies informations et la poudre aux yeux

La méthode décrite ci-dessous n’est pas infaillible, parce que d’une part, certaines narrations fallacieuses des médias se raccordent à nos biais, craintes et préjugés inconscients et que dans ces cas, nous avons toutes les chances d’y croire, même sans preuves et même en présence de preuves du contraire, et que d’autre part, elle demande une vérification scrupuleuse des informations. Mais elle peut aider en ces moments de brouillard inédit de l’info.

Pour tenter d’y voir clair, quatre questions à se poser, avec deux conditions préalables : être prêt à passer outre ses propres préjugés et croiser ses sources.


Par Caitlin Johnstone
Paru sur le blog de l’auteur et Information Clearing House sous le titre How To Tell Real News From Useless Narrative Fluff


Lorsqu’on a demandé à Issan Dorsey, moine zen, de décrire l’essence de l’art zen, il a répondu : « Rien de superflu ».

« Rien de superflu » est aussi, bien sûr, l’essence même du zen : percevoir la vie telle qu’elle est réellement, par opposition à la percevoir à travers un tas de filtres narratifs sur soi-même, sur les autres, sur la réalité, etc. Ces filtres narratifs s’ajoutent à l’expérience réelle de la vie, et ils en donnent une vision déformée qui provoque beaucoup de confusion et de souffrance. Renoncer à y croire apporte clarté et paix.

C’est aussi l’essence même de la compréhension de ce qui se passe réellement dans le monde. Comme pour beaucoup d’autres choses, l’approche du grand est la même que celle du petit, c’est-à-dire que l’approche pour avoir une vision globale claire est la même que pour se voir clairement en tant qu’individu : vous devez apprendre à regarder sans superpositions narratives superflues.

Comme les médias sont contrôlés par des ploutocrates qui ont tout intérêt à protéger le statu quo sur lequel leurs fortunes sont construites, presque tout ce qui se trouve dans les nouvelles est du bruit superflu. Il ne vous disent pas ce qui se passe vraiment, ils essaient plutôt d’influencer les événements en manipulant les perceptions du public. Pour ce faire, soit ils (A) détournent l’attention de ce qui est important en se concentrant sur ce qui ne l’est pas, ou (B) travaillent activement à manipuler la façon dont le public pense sur une question donnée.

Si l’on enlève tout le superflu et la manipulation, il n’y a en fait que quatre informations qui se chevauchent souvent et qui ont une réelle importance dans le tableau d’ensemble : (1) où va l’argent, (2) où vont les ressources, (3) où vont les armes, et (4) où vont les gens. Lorsqu’il s’agit de comprendre la dynamique du monde, des informations précises sur ces quatre points sont les seules vraies nouvelles dont vous avez besoin. Tout le reste n’est qu’un discours vide de sens destiné à justifier ces éléments, à en déformer le sens ou à en détourner l’attention sur d’autres choses.

Si vous ignorez tout le reste et vous concentrez uniquement sur la recherche des informations les plus précises possibles sur ces quatre points, vous aurez une compréhension infiniment plus claire de ce qui se passe réellement dans le monde que ceux qui font confiance aux journalistes grand public pour les guider.

Regardez où va l’argent, car vous pouvez faire confiance aux chiffres bruts des transactions financières bien plus qu’aux histoires racontées par les gens. Un pourcentage massif de la couverture médiatique quotidienne américaine est consacré à l’analyse du dernier charabia écervelé sorti de la bouche de Donald Trump, même si nous savons tous qu’il va se contredire deux jours plus tard, mais le fait qu’il soit largement financé par un oligarque [Sheldon Adelson, NdT], un partisan de longue date des politiques iraniennes que cette administration applique, est beaucoup plus solide.

Faites un zoom arrière et regardez où va l’argent dans le tableau d’ensemble et vous verrez qu’un montant nettement disproportionné s’éloigne du grand public et se dirige vers un très petit groupe de personnes, ce qui a été illustré par le transfert de richesse sans précédent de plusieurs billions de dollars dans le cadre du sauvetage des entreprises américaines. Si vous observez ce petit groupe et que vous prêtez attention aux projets, candidats, think tanks et médias chez qui ils déversent leurs richesses, vous remarquerez qu’ils exercent une énorme influence sur les quatre facteurs cruciaux : où va l’argent, où vont les ressources, où vont les armes et où vont les gens.

Regarder où vont les ressources vous donne une image encore plus claire de ce qui se passe car les ressources, contrairement à l’argent, sont complètement indépendantes de toute idéologie. Il n’existe pas d’ « argent » sans réflexion collective humaine, mais le pétrole serait toujours du pétrole même si tous les humains étaient éradiqués de la surface de la terre. Lorsque vous voyez les États-Unis intensifier leurs pressions contre le Venezuela, ignorez les rumeurs sur le « trafic de drogue » et sur le méchant, méchant Nicolás Maduro, et regardez quelles ressources se cachent sous la terre dans ce pays pour comprendre de quoi il s’agit réellement. Mettez mentalement en sourdine les bandes sonores que la classe politique/médiatique débite sur qui fait quoi à qui, et regardez simplement où vont les ressources et qui les contrôle. Ainsi, vous serez en mesure de distinguer les puissants de ceux qui n’ont pas de pouvoir et les voleurs de leurs victimes.

Regardez où vont les armes, car elles constituent un autre facteur indépendant des rationalisations médiatiques, et doté d’une énorme influence sur le monde ; une balle arrêtera un cœur qui bat, peu importe ce que l’esprit en pense. Ignorez les détails non pertinents sur l’origine du coronavirus et sur le caractère raciste ou non du terme « virus de Wuhan », et regardez la quantité de bases militaires américaines encerclant la Chine, et la façon dont le corps des Marines est en train de porter son attention sur cette nation. Ignorez le charabia de Trump sur sa volonté de mettre fin aux guerres et notez qu’il les a étendues et augmenté la présence de troupes américaines à l’étranger. Ignorez les absurdités du Parti démocrate sur les sympathies de Trump envers la Russie, et observez les nombreuses et dangereuses escalades nucléaires de son administration contre cette nation. Ignorez les critiques internationales contre les abus humanitaires d’Israël et de l’Arabie Saoudite, et regardez qui leur vend encore des armes et les soutient militairement.

Bases militaires US autour de la Chine. Source Base Nation. 

Regarder où les gens vont vous donnera une autre information importante et réelle indépendante de la vision des médias. Où sont les prisonniers ? Où sont les réfugiés, où vont-ils et qu’est-ce qu’ils fuient ? Où les gens se rendent-ils et que veulent-ils ?

Avec chacun de ces quatre éléments, vous pouvez simplement regarder les données brutes et ignorer toutes les histoires que les communicants de l’establishment racontent à leur propos. Tant que vous vous assurez d’obtenir les données les plus précises possibles, c’est comme si vous regardiez un globe terrestre et que vous observiez des lignes de quatre couleurs différentes se déplacer d’un endroit à l’autre et d’une personne à l’autre. Et sans que des biais imposés n’entachent votre vision.

Vous remarquerez que ces quatre points se recoupent largement. Vous voyez les armes se diriger contre la Chine et vous remarquez que c’est le pays qui menace l’hégémonie américaine avec son Initiative Belt and Road (où les ressources vont) et l’actrice principale d’une autre menace envers le dollar US, l’Organisation de coopération de Shanghai (où l’argent va). Vous voyez Julian Assange enfermé en prison (où les gens vont) pour avoir dénoncé des crimes de guerre américains (où les armes vont). Vous voyez les troupes américaines occuper illégalement les champs de pétrole syriens (où les armes et les ressources vont) pour empêcher le gouvernement syrien de les utiliser à la reconstruction de la nation (où l’argent va). Et ainsi de suite.

Presque tout ce qui arrive dans les gros titres de l’actualité quotidienne est soit de la distorsion à des fins de propagande, soit des inepties distrayantes, et dans tous les cas, vous pouvez les ignorer sans risque. Il suffit de regarder où va l’argent, où vont les ressources, où vont les armes et où vont les gens, et d’ignorer tout le bruit.

Rien de superflu.

Traduction et note d’introduction Entelekheia
Photo : Public Domain Pictures/Pixabay

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