Le Covid-19 est-il une nouvelle religion et le masque sa croix ?

Par Helen Buyniski
Paru sur RT sous le titre Is Covid-19 our new religion, and the face mask its cross? et Anti-Empire sous le titre alternatif Coronavirus Is the New Religion and the Face Mask Is Its Cross


Il est difficile de ne pas remarquer ces individus si dévoués au rituel du port du masque qu’ils en arborent même dans leurs propres voitures, vitres fermées.

Alors que la peur et l’incertitude rôdent autour de l’épidémie de Covid-19, un mal invisible potentiellement tapi partout, des mesures de protection comme les masques ont pris un caractère de talismans, et une religion fondée sur l’humiliation des « hérétiques » se développe.

Incapables de voir l’ « ennemi » microscopique et en l’absence d’un remède officiellement admis, ceux qui cherchent à se libérer du nouveau coronavirus n’ont plus qu’à croire que les mesures prescrites par les experts de la santé – notre classe de prêtres scientifiques – marcheront pour le tenir à distance. Tout cela est bien beau, à cela près que les opposants à la nouvelle orthodoxie sont considérés comme des boucs émissaires de la peste.

Les masques – symbole visuel de l’épidémie de Covid19 – ont acquis un statut de fétiche religieux pour les personnes concernées par les nombreuses inconnues sur le virus (la fiabilité des tests, la question de savoir si les patients « guéris » sont vraiment guéris pour de bon, et les nombreux autres points d’interrogation qui accompagnent toute nouvelle maladie). Dans un océan d’incertitude, le masque est une constante sur laquelle on peut compter.

Mais, alors qu’un nombre croissant d’endroits ont adopté des ordonnances rendant obligatoire le port du masque dans les lieux bondés ou dans les endroits où la distanciation sociale est impossible, il est difficile de ne pas remarquer les personnes si dévouées au rituel du port du masque qu’elles en arborent jusque dans leur propre voiture, les vitres fermées, ou lorsqu’elles se promènent dans des rues vidées par l’épidémie.

La mauvaise qualité des messages est en partie responsable – les Centres américains de contrôle et de prévention des maladies ont changé à plusieurs reprises leur discours sur les personnes qui doivent porter des masques, passant des « malades » à « seulement les travailleurs de la santé », puis à « tout le monde ». Mais même les minces masques chirurgicaux, qui n’offrent que peu ou pas de protection contre le coronavirus, ont pris un caractère de talisman, tout comme l’ail et la croix étaient censés éloigner les vampires autrefois. On peut se sentir un peu idiot en conduisant avec un masque (ou en accrochant une gousse d’ail au-dessus de sa fenêtre), mais mieux vaut prévenir que guérir.

NdT : Procession des flagellants, Francisco de Goya, 1812-1819. Historiquement, en l’absence de traitements médicaux, la population se tournait vers des rituels parfois macabres comme celui des flagellants dans l’espoir d’éloigner les épidémies les plus dévastatrices. Les flagellants ont connu leur apogée au XIVe siècle, pendant la grande épidémie de peste noire. Image Domaine public/Wikipedia

Même les mesures les plus simples et les plus scientifiquement fondées, comme le lavage des mains, ont pris une dimension de rituel, car la peur du virus leur insuffle une urgence terrifiante. Comment expliquer autrement la popularité des dizaines d’ « applications de lavage des mains » disponibles pour les smartphones, sinon parce que le choc de l’épidémie nous a amenés à remettre en question ce que nous considérions comme allant de soi ? Tout comme les paysans d’époques précédentes qui auraient pu être effrayés par le spectre de la peste noire et se rendaient régulièrement à l’église, leurs descendants regardent des vidéos de lavage des mains sur YouTube, déterminés à vivre une vie « plus propre ».

Il n’y a rien de mal à s’accrocher à un rituel en période d’incertitude, en particulier à des rituels comme le lavage des mains et le port de masques, qui sont fortement recommandés par les organismes de santé et dont les effets sur le ralentissement de la contagion ont été démontrés.

NdT: Un « docteur bec » du XVIIe siècle au cours d’une épidémie de peste à Rome. Notez que le costume – corps et tête entièrement couverts, gants, lunettes de protection, masque à bec de corbeau empli d’herbes médicinales censées purifier les « miasmes » et qui devaient en partie faire barrière au bacille responsable de la peste – ne diffère pas tant que cela de nos combinaisons hazmat actuelles. Image domaine public/Wikipedia

Cependant, la science est loin d’être formelle sur l’efficacité de la distanciation sociale et des confinements généralisés. Alors que certains experts jurent qu’ils nous sauveront du virus, le Forum économique mondial a qualifié les ordres de rester chez soi qui ont confiné plus de la moitié de la population mondiale de « plus grande expérience psychologique du monde », avertissant que « nous en paierons le prix » dans une épidémie secondaire de maladies mentales. La solitude et les carences en vitamine D – deux conditions exacerbées par une quarantaine prolongée à l’intérieur des maisons – abaissent l’immunité des personnes, même en bonne santé, ce qui les rend plus sensibles au virus même dont le confinement est censé les protéger.

Mais mentionner cela risque de déclencher l’ire des zélotes qui craignent le virus. Les médias débordent d’histoires de « négationnistes du virus » punis pour leur hérésie par une bonne dose de Covid-19 – des rares vacanciers partis des villes pour Pâques jusqu’aux fanfarons des réseaux sociaux qui se vantent de leurs violations des règles. La dénonciation publique des « Covidiots » qui refusent de se taire et de rester chez eux est devenue très populaire sur les réseaux sociaux, où certains affirment même que ces personnes méritent de tomber malades et de mourir pour avoir contredit l’orthodoxie dominante.

John McDaniel, un homme de l’Ohio qui avait critiqué son gouverneur pour avoir confiné l’État entier, serait mort au début de la semaine du coronavirus, ce dont les foules des réseaux sociaux se sont emparé pour danser sur sa tombe et utiliser son exemple pour attaquer d’autres « sceptiques » (y compris – bien sûr – le président américain Donald Trump, dont la dévotion insuffisante devant l’autel du virus fait écumer de rage les zélotes du Covid-19).

Jake Tapper de CNN a affirmé que « pratiquement tous les jours » il lisait qu’un sceptique du coronavirus succombait du Covid-19, reprochant leur mort aux médias et politiciens conservateurs – l’hérésie, apparemment, est aussi contagieuse que le virus.

Certains médias ont même encouragé les zélotes du Covid-19 à ne pas attendre que le virus frappe les hérétiques. Le Daily Mail a applaudi une femme âgée qui menaçait de « botter les fesses » d’un étranger pour avoir qualifié la pandémie de « canular ». Les populations sont formées à faire honte rituellement et même à dénoncer leurs voisins, avec des lignes téléphoniques dédiées aux mouchards ouvertes de la Nouvelle-Zélande jusqu’à Washington.

Lorsque la déviation de la soi-disant « nouvelle normalité » est punissable par des attaques corporelles ou des menaces de mort, la société s’engage sur une pente glissante qu’elle ne remontera pas facilement. L’Inquisition médiévale a duré des siècles et fait des milliers de victimes, et ceux qui pensent que la société a dépassé cette barbarie irrationnelle fondée sur une dynamique de groupe n’ont jamais été victimes de harcèlement sur les réseaux sociaux.

NdT : Nonobstant une légende noire tenace reprise par l’auteur, ce n’est pas l’Inquisition (lien en français) qui a été responsable des pires diabolisations au Moyen-Âge, mais bien la population – tout comme aujourd’hui. En 1348, le pape Clément VI émet deux bulles pour demander à ses ouailles de cesser leur persécutions contre les Juifs, accusés par la population d’être responsables de la peste ou d’en bénéficier en prêtant à des taux d’usure. Notant que les Juifs meurent aussi de la maladie, le pape Clément dit de ceux qui traitent les juifs en boucs émissaires de l’épidémie qu’ils sont « séduits par ce menteur, le diable ». Sans succès. Image, 1349, bûcher de Juifs tenus pour responsables de la peste par une foule déchaînée. 

Le zèle religieux s’épanouit naturellement en période d’incertitude, et l’ère du coronavirus n’est pas différente des autres sous cet aspect. Mais est ce que nous pourrions nous passer de bûchers cette fois-ci, s’il vous plaît ?

Traduction Corinne Autey-Roussel pour Entelekheia
Photo Gerd Altmann/Pixabay

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