Vouloir la fin du confinement ne fait pas de vous un méchant capitaliste de droite

La problématique de la fin du confinement – revient-elle à donner la priorité à l’économie par-dessus la vie du peuple ? – est la même de ce côté de la Manche que de l’autre, comme nous allons le voir. On pourrait ajouter à l’article du journaliste britannique Neil Clark qui suit qu’en 2001, l’alerte à la fièvre aphteuse au Royaume-Uni avait mené à l’abattage de six millions d’animaux, suivi d’une cascade de faillites et de rachats par des grands groupes agroalimentaires. Quid du Covid-19 ? Combien de PME vont faire faillite et seront rachetées bien en-dessous de leur valeur ? Combien de nouveaux chômeurs allons-nous enregistrer ? A quel point les impôts et les prix vont-ils augmenter ? Comment les petits entrepreneurs et commerçants de proximité en faillite, qui n’ont pas droit à des allocations de chômage, vont-ils se débrouiller pour survivre ? (merci de lire ceci, quel que soit votre bord politique, pour avoir une idée de la catastrophe qui tombe sur eux, SVP). La France n’a pas voulu adopter le modèle coréen – qui consiste à dépister en masse et confiner uniquement les cas avérés – parce qu’elle n’en avait pas les moyens, paraît-il. Mais avait-elle les moyens de s’offrir le luxe d’une politique de confinement du pays, à un coût humain et économique infiniment supérieur ?


Par Neil Clark
Paru sur RT sous le titre Wanting the UK lockdown to end does not make you a nasty right-wing capitalist


L‘assouplissement de la politique de confinement dû au Covid-19 au Royaume-Uni est présenté comme le fait de capitalistes avides qui veulent que les travailleurs retournent engranger des profits en prenant de grands risques pour eux-mêmes. Mais en fait, ce sont les plus riches qui tireront le plus grand parti d’un arrêt prolongé de l’économie.

Tout se résume aux « capitalistes » contre « le peuple » – du moins, c’est la description que font certains opposants à l’assouplissement ou à la levée du confinement dû au Covid-19 au Royaume-Uni. Si vous voulez que le confinement prenne fin et que la vie revienne à la « normale » avant qu’un vaccin soit trouvé (ce qui pourrait être en 2021 ou même plus tard), alors vous êtes un sans-cœur prêt à sacrifier potentiellement la vie de centaines de milliers de travailleurs juste pour relancer l’économie.

Par où commencer pour déconstruire cette analyse très partiale ? Pour commencer, elle traite le confinement comme un jeu à somme nulle. D’un côté, nous avons un confinement qui sauve des vies, et de l’autre, nous avons une fin du confinement qui tuera un grand nombre de personnes.

Mais le confinement tue aussi. L’isolement est létal, en particulier pour les personnes âgées. Et qu’en est-il des personnes qui n’ont plus accès aux examens ou traitements appropriés pour des maladies graves hors Covid-19 ? Le taux de mortalité a fortement augmenté début avril – et plus de 2 000 d’entre eux n’ont pas été directement attribués au Covid-19. [1]

Un éminent oncologue, le professeur Karol Sikora, affirme que normalement, en avril, environ 30 000 cancers seraient diagnostiqués et les patients mis sur la voie du traitement. Cette année, il a dit qu’il serait surpris si ce nombre était supérieur à 5 000. Le mantra répété du gouvernement « Protégez le système de santé » a conduit à des hôpitaux à moitié vides.  [2]

(Tweet : Dans un mois d’avril ordinaire, nous diagnostiquerions normalement environ 30 000 cancers. Je serais surpris si ce nombre atteignait 5 000 ce mois-ci.

Nous marchons comme des somnambules vers une crise majeure, et des patients atteints de cancer mourront sans raison si nous n’agissons pas maintenant.)

Une autre raison pour laquelle l’analyse du confinement réduite aux « capitalistes contre le peuple » est partiale est que les « capitalistes » ne constituent pas un groupe homogène. Si vous êtes propriétaire d’un garage, d’une agence photographique ou d’un salon de coiffure, vous serez très désireux de revenir à la normale. La semaine dernière, j’ai parlé à un garagiste qui m’a dit avoir perdu beaucoup de travail à cause de l’annulation des révisions des voitures. Je connais d’autres propriétaires de petites entreprises qui s’inquiètent vraiment de la situation.

Mais il y a d’autres capitalistes – les gros poissons – pour qui un confinement prolongé est une excellente nouvelle.

Le pouvoir des banques et du capital financier sera encore plus grand. Beaucoup plus d’entreprises et de particuliers leur seront redevables. La semaine dernière, le chef de la Banque d’Angleterre, Andrew Bailey, a mis en garde contre une levée prématurée du confinement. Certains à gauche semblent avoir raté cette information.

Imaginons que le confinement britannique se poursuive sous une forme ou une autre pendant le reste de l’année.

Des milliers de petites, moyennes et même grandes entreprises feront faillite. Des vautours capitalistes se lanceront alors dans une course aux dépenses, rachetant des actifs auparavant précieux pour une bouchée de pain. Ce sera la « braderie du siècle ».

J’ai également vu qu’il a été affirmé, à propos de l’assouplissement du confinement, que l’économie ne vaut pas une seule vie. Mais l’économie soutient la vie. C’est elle qui paie nos hôpitaux, nos routes, nos retraites, nos emplois. C’est elle qui met du pain sur la table. Cela étant, nous pouvons discuter et débattre du type d’économie que nous voulons : une économie communiste planifiée, une économie mixte combinant propriété privée et publique, ou une économie capitaliste du « libre échange », mais l’idée selon laquelle nous pourrions survivre sans aucun type d’économie est absurde. D’où viendrait l’argent qui nous permettrait de rester enfermés à la maison mois après mois ?

Sur la base d’une estimation d’un coût pour la nation de 2,4 milliards de livres sterling par jour, plus le confinement se prolonge, plus la facture finale sera élevée. [3] Ne vous y trompez pas, la charge de cette facture ne sera pas placée sur les plus riches, dont le gros de la fortune est caché à l’étranger, mais sur les citoyens du quotidien. En plus de l’augmentation des impôts, une nouvelle vague d’austérité sera déclenchée, qui sera bien plus sévère que tout ce qui a été imposé pendant les années Cameron-Osborne – et c’était déjà bien assez dur comme ça.

Et les coupes sombres, qui risquent de voir les services locaux tels que les bibliothèques publiques municipales menacés de fermeture, seront vendues aux gens comme le prix à payer pour « protéger le système de santé ».

Au lieu de soutenir un confinement intérieur prolongé, la gauche devrait noter qui profite le plus financièrement du confinement et soutenir son assouplissement. Il se pourrait bien qu’il y ait une « deuxième vague » ou un pic de cas de Covid-19 à l’automne, ce contre quoi il faut se prémunir, mais il y a de solides raisons scientifiques de penser que le virus va suivre son cours et que le nombre d’infections et de décès (déjà en baisse) va fortement diminuer au fur et à mesure que le printemps/été avancera, que le système immunitaire des gens sera renforcé par leurs sorties au soleil et qu’ils recevront de la vitamine D. [4] La fermeture des points d’entrée pendant au moins trois mois (ou l’application de mesures strictes de quarantaine obligatoire) pour s’assurer qu’aucun nouveau cas de Covid-19 n’est importé dans le pays contribuerait également à améliorer la situation.

Bien sûr, la levée du confinement comporte des risques, mais ils sont loin d’être aussi nombreux que sa poursuite pendant plusieurs mois. Réveillez-vous, les gens, s’il vous plaît !

Traduction et note d’introduction Corinne Autey-Roussel pour Entelekheia
Photo Queven/Pixabay

Note de la traduction :

[1] Nous semblons également bien avoir une augmentation des décès hors Covid-19 même si, faute de tests, les données ne sont pas aussi claires en France.

[2] Même chose en France. A cause du confinement, les malades atteints de cancers subissent des retards de traitement. 

[3] Le coût intégral d’un mois de confinement en France pourrait atteindre 150 milliards d’euros. Quelles poches, d’après nous, vont être sollicitées pour combler ce phénoménal manque à gagner ?

[4] Pour plus de détails, voir « La décrue de l’épidémie est largement amorcée en France » sur l’Opinion.

Ajouter un commentaire

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.

%d blogueurs aiment cette page :