Qu’est-ce que les renseignements américains savaient réellement sur le virus « chinois » ?

L’article de Pepe Escobar paru en avril qui suit prend en ce moment toute sa dimension dans le contexte du pandémonium politico-médiatique déclenché par les USA contre la Chine et de leurs exigences de « réparations » astronomiques pour avoir transmis le Covid-19 au monde. Tout cela est il autre chose que, pour citer Shakespeare, « une histoire racontée par un idiot, pleine de bruit et de fureur, et qui ne signifie rien » – une autre crise d’hystérie de type Russiagate condamnée, cette fois encore, a finir en pétard mouillé ?

Car s’il s’avère que les USA étaient prévenus dès novembre 2019 d’un nouveau risque épidémique grave – comme l’ont affirmé ABC News et les renseignements israéliens – et qu’ils n’ont rien fait, comment accuser la Chine d’avoir « caché des informations cruciales qui auraient permis aux USA de se préparer » ?

Et il y a pire, bien pire. Si ABC News et Israël ont dit vrai, comment les agences de renseignement des USA pouvaient-elles être au courant d’un danger épidémique « cataclysmique » (selon leurs propres termes) dès novembre, alors que le virus n’avait pas été identifié et que le nombre de cas était si faible en Chine qu’ils passaient encore inaperçus ?

Question bonus : pourquoi les Israéliens, qui passent normalement pour d’excellents amis de l’administration Trump, ont-ils décidé de lui planter un poignard dans le dos en corroborant la révélation d’ABC News ?


Par Pepe Escobar
Paru sur Strategic Culture Foundation sous le titre What Did U.S. Intel Really Know About the ‘Chinese’ Virus?


La guerre hybride 2.0 contre la Chine, une opération américaine bipartisane, atteint déjà le stade de la fièvre. Son unité de guerre de l’information tous azimuts, qui fonctionne 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7, blâme la Chine pour tout ce qui est lié au coronavirus – et fait ainsi double emploi en tant que tactique de diversion contre toute critique éclairée de l’impréparation des États-Unis.

L’hystérie, qui était prévisible, règne. Et ce n’est que le début.

Un déluge de poursuites judiciaires est imminent – comme celle du district sud de la Floride intentée par le Berman Law Group (lié aux Démocrates) et Lucas-Compton (lié aux Républicains). En bref : La Chine doit débourser des tonnes d’argent. Au moins 1,2 billion de dollars, ce qui correspond – de façon surréaliste – au montant des bons du Trésor américain détenus par Pékin, jusqu’au montant astronomique de 20 billions de dollars réclamé par un procès au Texas.

Le dossier de l’accusation, comme Scott Ritter nous l’a rappelé de façon mémorable (lien en français), est tout droit sorti des Monty Python. C’est exactement comme ça que ça fonctionne :

« Si elle pèse le même poids qu’un canard…

…elle est en bois ! »

« Et donc… »

« Une sorcière !!!!! »

En termes de guerre hybride 2.0, la version actuelle de style CIA se traduit par une Chine maléfique qui ne nous avait pas dit, à nous, Occidentaux civilisés, qu’il y avait un nouveau virus terrible chez elle. Si elle l’avait fait, nous aurions eu le temps de nous préparer.

Et ils ont menti et triché – des traits caractéristiques de la CIA, par ailleurs, selon Mike « Nous mentons, nous trichons, nous volons » Pompeo lui-même. [Pompeo a été directeur de la CIA en 2017-2018 et s’est ouvertement vanté de la culture interne de l’Agence, qui consiste à « mentir, tricher, voler », NdT].

Et ils ont tout caché. Et ils ont censuré la vérité. Ils voulaient donc tous nous infecter. Maintenant, ils doivent payer pour tous les dommages économiques et financiers que nous subissons, et pour tous nos morts. C’est la faute de la Chine.

Tout ce bruit et cette fureur nous obligent à nous recentrer sur la fin de 2019 pour vérifier ce que les renseignements américains savaient vraiment à l’époque sur ce qui allait être plus tard identifié comme le virus Sars-Cov-2.

« Il n’existe pas de production de ce type ».

L’étalon-or reste l’article d’ABC News selon lequel les informations recueillies en novembre 2019 par le National Center for Medical Intelligence (NCMI), une filiale de la Defense Intelligence Agency (DIA) du Pentagone, mettaient déjà en garde contre une nouvelle épidémie à Wuhan, sur la base d’une « analyse détaillée de communications interceptées et d’images satellites ».

Une source anonyme a déclaré à ABC, « les analystes ont conclu qu’il pourrait s’agir d’un événement cataclysmique », ajoutant que l’information avait été « communiquée à de multiples reprises » à la DIA, aux chefs d’état-major des armées du Pentagone et même à la Maison Blanche.

Il n’est pas étonnant que le Pentagone ait été forcé de publier un de ses habituels démentis – en patois du Pentagone, par l’intermédiaire d’un certain Col. R. Shane Day, directeur du NCMI de la DIA : « Dans l’intérêt de la transparence au cours de cette crise de santé publique actuelle, nous pouvons confirmer que les reportages des médias sur l’existence/la publication d’un produit/évaluation lié au coronavirus du National Center for Medical Intelligence en novembre 2019 ne sont pas corrects. Il n’existe aucune production de ce type de la part du NCMI ».

Eh bien, si une telle « production » existait, le chef du Pentagone et ancien lobbyiste de Raytheon, Mark Esper, serait bien sûr au courant. Il a été dûment interrogé à ce sujet par George Stephanopoulos, d’ABC.

Question : « Le Pentagone a-t-il reçu une évaluation des renseignements sur le COVID en Chine en novembre dernier du Centre national de renseignements médicaux de la DIA ? »

Esper : « Oh, je ne me souviens pas, George, » (…) « Mais, nous avons beaucoup de gens qui regardent ça de près. »

Question : « Cette évaluation a été faite en novembre, et elle a été transmise au NSC début décembre pour en évaluer l’impact sur l’état de préparation militaire, ce qui, bien sûr, la rendrait importante pour vous, et pour prévenir d’une propagation éventuelle aux États-Unis. Donc, vous l’auriez su s’il y avait eu un briefing au Conseil national de sécurité en décembre, n’est-ce pas ? »

Esper : « Oui (…) « Je n’en suis pas conscient. »

Alors « cette production n’existe pas » ? S’agit-il d’un faux ? Est-ce une concoction de l’État profond et de la CIA pour piéger Trump? Ou les « usual suspects » mentent-ils, comme le fait habituellement la CIA ?

Passons en revue quelques éléments essentiels. Le 12 novembre, un couple marié de Mongolie intérieure a été admis dans un hôpital de Pékin pour y être traité contre la peste pneumonique.

Le CDC chinois, sur Weibo – le Twitter chinois – a déclaré à l’opinion publique que les chances d’une nouvelle épidémie de peste étaient « extrêmement faibles ». Le couple a été mis en quarantaine.

Quatre jours plus tard, un troisième cas de peste pneumonique a été repéré : un homme également originaire de Mongolie intérieure, sans lien de parenté avec le couple. Vingt-huit personnes qui étaient en contact étroit avec l’homme ont été mises en quarantaine. Aucune ne présentait de symptômes de peste. La peste pneumonique se caractérise par des symptômes d’insuffisance respiratoire similaires à ceux de la pneumonie.

Même si le CDC a répété « qu’il n’y a pas lieu de s’inquiéter du risque d’infection », le scepticisme était bien sûr grand. Le 12 novembre, le CDC avait peut-être confirmé publiquement ces cas de peste pneumonique, mais ensuite, Li Jifeng, médecin à l’hôpital de Chaoyang où le trio de Mongolie intérieure était soigné, a publié à titre personnel sur WeChat que les deux premiers cas avaient été transportés à Pékin, en fait, le 3 novembre.

Le point essentiel du poste de Li Jinfeng – supprimé par la suite par la censure – était le suivant : « Je connais très bien le diagnostic et le traitement de la majorité des maladies respiratoires (…) Mais cette fois, j’ai eu beau chercher, je n’ai pas pu trouver quel agent pathogène était à l’origine de la pneumonie. Je pensais seulement qu’il s’agissait d’une maladie rare et je n’ai pas obtenu beaucoup d’informations autres que les antécédents des patients ».

Même si c’était le cas, le point essentiel est que les trois cas de Mongolie intérieure semblent avoir été causés par une bactérie détectable. Le Covid-19 est causé par le virus Sars-Cov-2, et non par une bactérie. Le premier cas de Sars-Cov-2 n’a été détecté à Wuhan qu’entre la mi-décembre et la fin décembre. Et ce n’est qu’en mars 2020 que les scientifiques chinois ont pu remonter jusqu’au 17 novembre, quelques jours après le trio de Mongolie intérieure, pour retrouver le premier vrai cas de Sars-Cov-2.

Les USA savaient exactement où chercher

Il est hors de question que les services de renseignements américains, en l’occurrence le NCMI, n’aient pas eu connaissance de ces développements en Chine, compte tenu de l’espionnage de la CIA et du fait que ces discussions étaient publiques sur Weibo et WeChat. Ainsi, si la « production » du NCMI n’est pas un faux et existe réellement, il n’a pu trouver que des indications, en novembre, de quelques vagues cas de peste pneumonique.

L’avertissement – à la DIA, au Pentagone, au Conseil national de sécurité et même à la Maison Blanche – ne pouvait donc porter que sur ce point. Il ne pouvait pas être fait mention d’un coronavirus.

La question suivante est inévitable : comment le NCMI a-t-il pu tout savoir sur une pandémie virale dès novembre, alors que les médecins chinois n’ont identifié les premiers cas de ce nouveau type de pneumonie que le 26 décembre ?

Ajoutez à cela la question fascinante de savoir pourquoi le NCMI s’intéressait autant à cette saison de la grippe en Chine – des cas de peste traités à Pékin jusqu’aux premiers signes d’une « mystérieuse épidémie de pneumonies » à Wuhan.

Il se peut qu’il y ait eu de subtils indices d’une légère augmentation de l’activité dans les cliniques de Wuhan fin novembre et début décembre. Mais à ce moment, personne – les médecins chinois, le gouvernement, sans parler des renseignements américains – n’aurait pu savoir ce qui se passait réellement.

La Chine ne pouvait pas « cacher » ce qui n’a été identifié comme une nouvelle maladie que le 30 décembre, et dûment communiqué à l’OMS. Puis, le 3 janvier, le chef du CDC américain, Robert Redfield, a appelé le haut responsable chinois du CDC. Les médecins chinois ont séquencé le virus. Et ce n’est que le 8 janvier qu’il a été déterminé qu’il s’agissait du Sars-Cov-2 – qui provoque le Covid-19.

Cette chaîne d’événements rouvre, une fois de plus, une importante boîte de Pandore. Nous avons l’Event 201 (lien en français), arrivé à point nommé ; la relation chaleureuse entre la Fondation Bill et Melinda Gates et l’OMS, ainsi qu’avec le Forum économique mondial et la galaxie qui tourne autour de l’institut hospitalo-universitaire Johns Hopkins de Baltimore, y compris l’École de santé publique Bloomberg ; le combo vaccin-identité numérique ID2020, l’opération Dark Winter de simulation d’une attaque bactériologique de variole contre les États-Unis, avant que l’attaque à l’anthrax de 2001 ne soit imputée à l’Irak ; les sénateurs américains qui se sont débarrassés de leurs actions en bourse après un briefing du CDC ; plus de 1 300 PDG qui ont abandonné leur confortable perchoir en 2019, « en prévision » d’un effondrement total du marché ; la Fed qui a envoyé de l’argent-hélicoptère dès septembre 2019 – dans le cadre du QE4.

Et puis, validant le reportage d’ABC News, Israël intervient. Les renseignements israéliens confirment que les renseignements américains les ont effectivement avertis en novembre d’une pandémie potentiellement catastrophique à Wuhan (une fois de plus : comment ont-ils pu savoir cela dès la deuxième semaine de novembre, si tôt ?) Et les alliés de l’OTAN ont été avertis – en novembre également.

Le résultat est explosif : l’administration Trump ainsi que le CDC ont eu un préavis de pas moins de quatre mois – de novembre à mars – pour être correctement préparés à l’éventualité où le Covid-19 frapperait les États-Unis.

Toute la théorie de la Chine « sorcière » s’effondre.

De plus, la révélation israélienne soutient quelque chose d’extraordinaire, ni plus ni moins : Les renseignements américains connaissaient déjà l’existence du Sars-Cov-2 environ un mois avant les premiers cas confirmés détectés par des médecins dans un hôpital de Wuhan. Par une révélation divine ?

Cela n’aurait pu se produire que si les services de renseignement américains avaient eu connaissance, avec certitude, d’une chaîne d’événements antérieurs qui allait nécessairement mener à la « mystérieuse épidémie » de Wuhan. Et ce n’est pas tout : ils savaient exactement où chercher. Ni en Mongolie intérieure, ni à Pékin, ni dans la province de Guangdong.

Il faut encore et encore répéter la question dans son intégralité : comment les renseignements américains ont-ils pu avoir connaissance d’une épidémie un mois avant que les médecins chinois ne détectent un virus inconnu ?

Mike « Nous mentons, nous trichons, nous volons » Pompeo a peut-être vendu la mèche quand il a dit publiquement que le Covid-19 était un « exercice de terrain ». Si l’on ajoute à cela le reportage d’ABC News et le rapport des Israéliens, la seule conclusion possible et logique est que le Pentagone – et la CIA – savaient d’avance qu’une pandémie serait inévitable.

C’est celle-là, la preuve incontournable. Et maintenant, le gouvernement américain couvre ses arrières en accusant la Chine de manière proactive, et rétroactive.

Traduction et note d’introduction Corinne Autey-Roussel pour Entelekheia
Photo Nvodicka / Pixabay

Ajouter un commentaire

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.

%d blogueurs aiment cette page :