Qu’est-ce que le dernier coup d’État avorté contre le Venezuela nous dit des USA actuels ?

Où est la CIA d’antan, qui réussissait des coups d’État, parfois contre toute attente, en suivant systématiquement le schéma décrit plus bas, à savoir une petite invasion armée menée par des hommes entraînés à l’avance dans des camps militaires voisins du pays-cible, rejointe et/ou renforcée au jour dit par des dissidents intérieurs, de préférence des officiers de l’armée ? (voir ici et ici). Mais la CIA est-elle seulement à la base de ce énième coup d’État en forme de pétard mouillé contre le gouvernement Maduro du Venezuela ? Washington nie toute implication et l’auteur de l’article qui suit en doute aussi. Il est vrai que même l’opération la plus spectaculairement ratée de l’histoire de la CIA, l’invasion de la Baie des Cochons – avec laquelle l’opération de Goudreau présente d’ailleurs des parallèles frappants – était mieux organisée.


Par Scott Ritter
Paru sur RT sous le titre US policy on Venezuela lacks meaningful direction – American mercenaries’ involvement in failed coup against Maduro is more proof


Une tentative de coup d’État avortée liée aux USA révèle un manque de leadership et de gouvernail, alors que l’administration Trump s’entête à mettre en œuvre des plans de changement de régime au Venezuela.

Les titres de presse ressemblent à ceux d’un mauvais roman : un commando, opérant à partir de vedettes rapides lancées depuis un « navire-mère » maquillé en navire de pêche, débarque sur la côte d’une station balnéaire très peuplée du Venezuela pour lancer un coup d’État destiné à renverser le président Nicolas Maduro. S’attendant à être accueilli par des transfuges de l’armée vénézuélienne recrutés par 52 agents qui avaient auparavant infiltré le pays depuis la Colombie voisine, le commando a en fait été cueilli par les forces armées de sécurité vénézuéliennes qui, dans la fusillade qui a suivi, auraient tué six des envahisseurs potentiels et en auraient capturé deux autres.

Une tentative de coup d’État avortée liée aux USA révèle un manque de leadership et de direction, alors que l’administration Trump s’entête à mettre en œuvre des plans de changement de régime au Venezuela.

Les titres de presse ressemblent à ceux d’un mauvais roman : un commando, opérant à partir de vedettes rapides lancées depuis un « navire-mère » maquillé en navire de pêche, débarque sur la côte d’une station balnéaire très peuplée du Venezuela pour lancer un coup d’État destiné à renverser le président Nicolas Maduro. S’attendant à être accueilli par des transfuges de l’armée vénézuélienne recrutés par 52 agents qui avaient auparavant infiltré le pays depuis la Colombie voisine, le commando a en fait été cueilli par les forces armées de sécurité vénézuéliennes qui, dans la fusillade qui a suivi, auraient tué six des envahisseurs potentiels et en auraient capturé deux autres.

Dans une interview bizarre, après l’échec du débarquement amphibie, Jordan Goudreau, le chef d’une firme américaine de services de sécurité, Silvercorps USA, accompagné du capitaine Javier Nieto Quintero, un transfuge de l’armée vénézuélienne qui s’était rangé du côté du leader de l’opposition Juan Guaido lors d’un coup d’État manqué d’avril 2019, a donné des détails sur ce qu’il a appelé l’opération Gideon. Il a déclaré que l’opération avait été menée au nom de Guaido et que des dizaines de ses hommes se trouvaient sur le terrain à l’intérieur du Venezuela, tandis que d’autres dérivaient dans un bateau au large des côtes du Venezuela, en attendant un réapprovisionnement en carburant.

(Tweet : Je félicite le peuple héroïque de Chuao, qui est descendu dans les rues à la recherche des terroristes pour les traduire en justice. C’est la Fureur Bolivarienne, capable de vaincre les traîtres et les mercenaires qui prétendent attenter à la Paix de la Patrie.)

Les autorités vénézuéliennes ont capturé ce bateau et son malheureux équipage le jour suivant. Parmi les personnes arrêtées se trouvaient deux anciens soldats des forces spéciales américaines, Luke Denman et Aaron Berry, qui avaient servi dans la même unité que Goudreau ; le capitaine Antonio Sequea, un autre transfuge vénézuélien qui s’était rangé du côté de Guaido et Josnars Adolfo Baduel, le fils du général Raul Baduel, l’ancien ministre vénézuélien de la défense sous Hugo Chavez emprisonné par le gouvernement Maduro.

Les allures de comédie de cette incursion avortée la rendraient risible, si elle n’avait pas eu des conséquences mortelles pour ses participants. Le gouvernement Maduro affirme que l’opération Gideon était une opération entreprise par le gouvernement américain avec Guaido. Cependant, les faits suggèrent plutôt qu’il s’agit du travail d’un groupe de ces amateurs indépendants encouragés par l’environnement chaotique, sans gouvernail, qui en est venu à définir la politique vénézuélienne des États-Unis, où les prétentions à opérer un changement de régime sont divorcées de la réalité de terrain.

Goudreau est un ancien soldat des forces spéciales devenu entrepreneur doté d’une bonne aptitude à l’auto-promotion. Après avoir fondé Silvercorps USA, il aurait décroché un contrat pour assurer la sécurité lors d’un meeting de Trump à Charlotte, en Caroline du Nord, en novembre 2018. Au cours de cet événement, Goudreau avait pris contact avec Keith Schiller, un ancien garde du corps personnel du président Trump. Ensuite, en février 2019, Goudreau a assuré la sécurité du concert live parrainé par le milliardaire Richard Branson organisé à la frontière entre le Venezuela et la Colombie afin de collecter des fonds pour apporter une « aide humanitaire » au Venezuela. L’organisation du concert avait été coordonnée avec Juan Guaido.

Plus tard, Goudreau a pris contact avec des membres importants de l’opposition vénézuélienne, dont Cliver Alcala, un major général vénézuélien à la retraite qui aidait à recruter des déserteurs militaires vénézuéliens pour en faire une force anti-Maduro. En avril 2019, ces déserteurs s’étaient rangés du côté de Guaido dans une tentative de coup d’État dans une caserne au Venezuela, qui s’était effondrée parce que les hauts fonctionnaires du gouvernement Maduro censément contactés par la CIA n’avaient pas changé de camp le moment venu.

Depuis l’échec du coup d’État, la politique américaine à l’égard du Venezuela a été en constante mutation, des hauts fonctionnaires de l’administration comme le secrétaire d’État Mike Pompeo et le représentant spécial pour le Venezuela Elliott Abrams parlant de changement de régime tout en promouvant la cause de Juan Guaido. Entre-temps, le Département d’État a mis en place une unité chargée des affaires du Venezuela à l’ambassade des États-Unis à Bogota, en Colombie, sous la direction du diplomate chevronné James « Jimmy » Story. Des politiques favorisant la poursuite de l’isolement économique et diplomatique du gouvernement vénézuélien ont été promulguées, avec des résultats décidément médiocres.

Des centaines de transfuges des services de sécurité vénézuéliens restés sous le contrôle du général Alcala s’étaient retrouvés dans des camps le long de la frontière colombienne avec le Venezuela. Ces hommes s’étaient entraînés à prendre des mesures actives contre le gouvernement Maduro, mais, au lendemain de l’échec du coup d’État, ils ont été pratiquement abandonnés.

(Tweet : 4 mai. Grâce à l’intelligence sociale et à l’unité civique, militaire et policière, la capture de ces mercenaires a été réalisée. Ils sous-estiment un peuple qui est courageusement prêt à défendre notre souveraineté. La Patrie n’est pas à vendre, la Patrie se défend ! #UnionSouverainetéPaix)

En mai 2019, Goudreau a rencontré l’ancien garde du corps de Trump, Schiller, à Miami, où il a été mis en contact avec des personnes de l’entourage de Juan Guaido. Schiller prétend avoir coupé tout contact avec Goudreau à la suite de cette rencontre, mais cela n’a pas empêché Goudreau de prétendre, lors de rencontres ultérieures avec l’opposition vénézuélienne, avoir des contacts de haut niveau proches de Trump. Goudreau a utilisé la réunion de mai comme tremplin pour une collaboration plus poussée, qui a abouti à la signature d’un accord avec Juan Guaido en octobre 2019 pour des « services » non spécifiés en échange d’une somme de 212,9 millions de dollars américains garantie par le pétrole vénézuélien.

Goudreau a ensuite travaillé avec le général Alcala pour commencer à former et équiper une unité de 300 transfuges triés sur le volet pour une opération visant à capturer Maduro et à réclamer la prime de 15 millions de dollars US placée sur la tête de Maduro par le gouvernement américain.

Il s’en est suivi un coup d’État raté qui semble avoir été initié le 26 mars 2020, lorsque le général Alcala a annoncé qu’il supervisait des opérations militaires, au Venezuela, visant à créer les conditions nécessaires à la capture de Maduro. Le lendemain, cependant, Alcala s’est rendu aux autorités colombiennes après que les États-Unis l’aient inculpé pour trafic de drogue. Alcala a alors accepté d’être extradé aux États-Unis en échange de sa coopération dans l’enquête sur les accusations de trafic de stupéfiants portées par les États-Unis contre Maduro. L’opération Gideon de Goudreau semble avoir été la continuation de l’opération lancée par Alcala fin mars.

Pour sa part, l’administration Trump a nié toute implication dans la malencontreuse invasion du Venezuela par Goudreau. Mais ces dénégations sonnent faux. L’implication de vétérans de l’armée américaine, le manque de financements adéquats et le caractère amateur de l’exécution de l’opération corroborent l’affirmation selon laquelle il ne s’agissait pas d’une opération affiliée à la CIA. Elle n’avait pas non plus de liens officiels avec le Département de la défense, la Drug Enforcement Administration ou toute autre agence gouvernementale américaine officielle.

(Tweet : 4 mai. Notre peuple, ferme dans la lutte, ne recule pas et réaffirme aujourd’hui sa volonté de défendre sa Patrie, digne fille de Bolivar et du Géant Chávez face à l’ennemi apatride et envahisseur #Fureur bolivarienne. Que personne ne s’y trompe, il y a assez de monde ici !)

L’opération affreusement ratée de Goudreau était moins le résultat d’une action commandée de Washington que le résultat d’une omission. Les conditions existantes au long de la frontière colombienne avec le Venezuela, où des centaines de transfuges militaires s’étaient rassemblés sans but ni soutien, étaient idéales pour encourager ce genre d’aventurisme malavisé. De même, le soutien du gouvernement américain à Juan Guaido en tant que leader d’opposition viable, ajouté aux discours enflammés sur un changement de régime des hauts fonctionnaires de l’administration Trump, ont créé un faux espoir sur un soutien des États-Unis qui se concrétiserait sur le terrain le moment venu, même s’il n’était pas directement offert.

Le gouvernement américain était clairement bien placé pour avoir connaissance du coup d’État planifié par Alcala, Goudreau et Guaido (qui nie toute implication), et n’a rien fait pour les arrêter. On ne sait pas encore si cette inaction était due à de l’incompétence ou à une volonté délibérée. Ce que l’on sait, c’est que la politique américaine à l’égard du Venezuela fonctionne sans aucune direction ou orientation significative, laissant ceux que les États-Unis avaient amenés à croire que Juan Guaido était leur avenir à l’abandon, à la dérive dans une mer de négligence politique et du chaos qui en dérive.

Scott Ritter est un ancien officier du renseignement du corps des Marines américains. Il a servi en Union soviétique en tant qu’inspecteur chargé de la mise en œuvre du traité FNI, dans l’état-major du général Schwarzkopf pendant la guerre du Golfe et de 1991 à 1998, il était inspecteur en désarmement aux Nations Unies.

Traduction et note d’introduction Entelekheia
Photo Gerd Altmann / Pixabay

2 réponses

  1. 15 mai 2020

    […] Lire la suite… […]

  2. 16 mai 2020

    […] nous avons posté un article selon lequel le dernier coup d’État raté du Venezuela semblait trop bancal pour avoir été le […]

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