Les dates font foi – les médias américains en lutte contre les ‘menaces’ de paix

Par Lee Camp
Paru sur Consortium News sous le titre Connecting the Dates – US Media Used To Stop The ‘Threat’ of Peace


La paix semble toujours tomber aux pires moments, cette dernière fois en Afghanistan.

Ceci n’est pas une chronique en défense de Donald Trump.

Tout au long de ma carrière, j’ai dit plus de bien de la famille des vers intestinaux de la classe des cestodes [1] que de Donald Trump. (On a d’ailleurs démontré que les cestodes lisent davantage).

Non, ceci est une chronique sur le contexte. Quand le New York Times rapporte que, selon des sources anonymes de la communauté du renseignement, la Russie a payé des combattants talibans pour tuer des soldats américains, le contexte est très important.

Une partie de ce contexte tient à ce que Mike Pompeo a dit : « J’ai été directeur de la CIA – Nous mentions, nous trichions, nous volions. Nous avions des formations entières ». Nous savons donc avec certitude que les services de renseignements américains nous mentent, à vous et à moi. Nous l’avons vu avec les ADM, et nous le voyons peut-être encore maintenant.

Mais ce n’est pas de ce contexte que je veux parler.

Nous pourrions parler du contexte tenant au fait que les talibans n’ont pas besoin d’être payés pour tuer des soldats américains, parce que leur seul objectif depuis vingt ans est de tuer des soldats américains. Leur verser une prime serait comme offrir au gars qui couche avec votre femme vingt dollars pour coucher avec votre femme.

Mais ce n’est pas de ce contexte que je veux parler.

Nous pourrions parler du fait que les États-Unis financent les talibans depuis des années ! Oui, nous les finançons, parfois nous les armons, et ensuite nous les combattons. C’est un secret de polichinelle. Donc, à toutes fins utiles, les États-Unis font la chose même dont nos médias grand public accusent maintenant (sans aucune preuve) la Russie.

Mais ce n’est pas de ce contexte que je veux parler.

Non, le contexte auquel je fais référence est la façon dont notre complexe militaro-industriel (avec l’aide de notre élite dirigeante et de nos médias grand public) a empêché Trump de nous pousser au bord du précipice de la paix. …Oui, du précipice de la paix.

Je ne veux pas dire par là que Trump soit une sorte de peacenik hippie. (Il aurait l’air affreux sans soutien-gorge et avec des fleurs dans les cheveux.) Non, l’armée sous Trump a largué plus de bombes qu’Obama, ce qui est impressionnant puisque Obama a largué plus de bombes que jamais auparavant.

Cependant, dans certaines régions du monde, Trump a menacé de faire la paix. Bien sûr, il le fait pour son propre ego et parce qu’il pense que sa base électorale le veut, mais quelle que soit la raison, il a quelquefois mis en avant des plans ou des politiques qui vont à l’encontre du complexe militaro-industriel et des faucons de guerre de l’establishment US (qui représentent 95 % de l’establishment US).

Et chaque fois que cela s’est produit, il a été rapidement contrecarré, généralement via une propagande hilarante. (C-à-d, hilarante pour vous et moi. Apparemment crédible pour les gens du New York Times et l’ancien stagiaire de la CIA Anderson Cooper). [2]

Dans la vie, je sais quatre choses avec certitude. Le papier bat la pierre. La pierre bat les ciseaux. Les ciseaux battent le papier. Et la propagande bat la paix. Tout ce qu’il faut faire, c’est regarder un calendrier.

Trump a essentiellement menacé de faire la paix ou de retirer les troupes américaines d’une zone de guerre dans trois pays – la Corée du Nord, l’Afghanistan et la Syrie. Commençons par la Syrie.

Le 4 avril 2018 : Le président Trump ordonne au Pentagone de planifier le retrait des troupes américaines de la Syrie.

Ce retrait ne peut être autorisé car il va à l’encontre du plan impérial américain. Que se passe-t-il donc dans les jours qui suivent l’ordre de Trump ?

Le 7 avril 2018 : On signale une attaque majeure à l’arme chimique à Douma, en Syrie.

Quelles sont les chances pour que, dans les jours qui suivent l’ordre de Trump au Pentagone de retirer les troupes américaines de Syrie, Bachar al-Assad décide d’utiliser la seule arme qui garantira que les forces américaines continueront à l’attaquer ? Assad n’est peut-être pas joueur d’échecs, mais je ne pense pas non plus qu’il ait manqué d’iode quand il était enfant. Et bien sûr, ces deux dernières années, nous avons entendu quatre lanceurs d’alerte de l’Organisation pour l’interdiction des armes chimiques (OIAC) dire que l’attaque chimique alléguée n’a pas eu lieu. (Notez que le chiffre « quatre » est encore plus grand que les chiffres « un », « deux » et « trois »).

Mais la propagande de l’establishment bat la paix tous les jours de la semaine, et reste ouverte même le dimanche. La fausse histoire a réussi à maintenir l’Amérique incrustée en Syrie.

La RPDC

Passons à la Corée du Nord. Comme vous le savez sûrement, Donald Trump a « menacé » de faire la paix avec ce pays hermétique. Le simple fait de dire qu’il allait tenter cette chose a fait chuter les actions des entreprises d’armement – une des nombreuses raisons pour lesquelles la paix devait être stoppée.

27 février 2019 : Donald Trump et Kim Jong-un, de la Corée du Nord, se rencontrent au Vietnam.

Le sommet échoue, et des reportages commencent à émerger selon lesquels Mike Pompeo et John Bolton ont réussi à napalmiser tout progrès.

15 mars 2019 : Pompeo et Bolton nient avoir fait dérailler les négociations nucléaires avec la Corée du Nord.

Dans The Nation, « Des rapports de la Corée du Sud indiquent que la présence de John Bolton, le Conseiller à la sécurité nationale de Trump, a contribué à torpiller les négociations ».

Mais il ne suffisait pas de détruire les pourparlers de paix. Le peuple américain avait besoin d’une bonne et solide propagande pour réaffirmer que Kim Jong-un est un dictateur assoiffé de sang.

30 mars 2019 : Le New York Times rapporte que la Corée du Nord a exécuté et purgé ses principaux négociateurs nucléaires.

Oui, apparemment Kim Jong-un avait dû donner ses meilleurs diplomates à manger à ses alligators préférés. Puis, deux mois plus tard, nous apprenons…

4 juin 2019 : Le sort du négociateur nord-coréen « exécuté » après l’échec du sommet devient « plus sombre » avec de nouvelles informations selon lesquelles il serait toujours en vie.

Il faut dire que le fait qu’il soit vivant rend effectivement le rapport sur sa mort « plus sombre ». Le lendemain ou le surlendemain, il devient évident que le diplomate est tout à fait présent dans le monde des vivants. Mais la propagande mise en avant par le New York Times et de nombreux autres médias a déjà fait son travail.

Beaucoup plus de gens ont vu les reportages sur le meurtre de l’homme que la rétractation ultérieure. Et à ce jour, le NYT n’a pas retiré l’article initial selon lequel avait été exécuté. A quel point, exactement, leur propagande doit-elle être erronée pour qu’ils daignent supprimer un article en ligne ? Mort contre vivant est pourtant une opposition assez simple et binaire.

Et maintenant, nous arrivons au sujet d’indignation du jour, et c’est une bombe !

Des primes !

Le 26 mai 2020 : Les commandants du Pentagone commencent à élaborer des options pour un retrait anticipé des troupes en Afghanistan, suite à la demande de Trump.

16 juin 2020 :  « Le président Donald Trump a confirmé en public pour la première fois les plans de son administration visant à réduire la présence des troupes militaires américaines en Allemagne de son niveau actuel d’environ 35 000 à une force réduite de 25 000 militaires. » – ForeignPolicy.com

26 juin 2020 : Le New York Times rapporte que la Russie a payé les talibans pour attaquer les troupes américaines. (Selon des sources anonymes d’une communauté de renseignement qui admet fièrement qu’ils mentent tout le temps, parfois juste pour s’amuser).

Alors, quand cette histoire est sortie, je me suis dit : « Vous savez, Trump a été empêché de retirer ses troupes dans le passé par une propagande ridicule qui avait semblé tomber comme une bouse géante juste après qu’il ait annoncé ses intentions. Peut-être que je vais vérifier ce qui s’est passé dans les jours précédant cette extraordinaire affirmation ».

Ainsi, quelques jours seulement après que Trump se soit opposé au complexe militaro-industriel et à l’establishment au pouvoir en annonçant qu’il allait retirer environ un tiers de nos troupes d’Allemagne, et quelques semaines seulement après qu’il ait annoncé un retrait anticipé de l’Afghanistan, une histoire apparemment hallucinante tombe sur la Russie, qui aurait payé les talibans pour tuer des militaires américains.

Cela sert à rappeler à tous que la Russie est une menace (nous ferions mieux d’envoyer des renforts aux troupes en Allemagne !) et sert à nous maintenir en Afghanistan (pour contrer ces satanés talibans financés par la Russie !)

Entendons-nous bien : Je ne dis pas que Trump soit un héros, un grand bonhomme ou même un homme qui veut la paix. Je ne dis même pas que ce soit un homme. Il pourrait très bien être une sangsue géante en costume de peau humaine. (Un costume en peau humaine mal taillé).

Tout ce que je dis, c’est que quelque chose ne va pas dans le timing. Soit ces histoires qui tombent à pic pour entraver toutes les chances de paix sont fausses (en fait, nous avons déjà la preuve que deux d’entre elles sur trois sont fausses), soit la paix semble toujours tomber aux pires moments.

Lee Camp est un satiriste politique, écrivain, acteur et activiste américain. Il anime l’émission satirique hebdomadaire Redacted Tonight sur RT America. Il a écrit pour The Onion et le Huffington Post. Il vient de publier son dernier livre, « Bullet Points and Punch Lines ». 

Traduction Entelekheia
Photo Amber Avalona / Pixabay

Note de la traduction :

[1] Les ténias.

[2] Le présentateur-vedette de CNN Anderson Cooper a effectivement passé deux étés en stage à la CIA. C’est même sur sa page Wikipedia.

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