Covid-19 : l’étrange, le curieux et l’inexplicable

Par Malcolm Kendrick
Paru sur le blog de l’auteur sous le titre COVID the strange the inexplicable and the weird et RT sous le titre alternatif This is so weird and inexplicable I can’t fathom it: why did deaths in people aged 15-44 spike during lockdown, & only in England?


C‘est tellement bizarre et inexplicable que je n’arrive pas à comprendre : pourquoi les décès de personnes âgées de 15 à 44 ans ont-ils augmenté pendant le confinement, mais seulement en Angleterre ?

En tant que médecin, je suis parfois confronté à des choses difficiles et inexplicables, mais c’est un mystère que je n’arrive pas à résoudre. Qu’est-ce qui se cache derrière cette augmentation inhabituelle des décès dans une tranche d’âge qui n’est pas vulnérable au Covid-19 ?

Il a été presque impossible de donner un sens aux chiffres des décès du Covid -19 dans le monde entier. Le dicton dit que la première victime de la guerre est la vérité. Cependant, l’ennemi, dans ce cas, ne se soucie pas vraiment de ce que les gens disent de lui. Il est donc inutile de lui mentir.

Tout ce qu’il veut, c’est passer d’un hôte à l’autre et se propager. Pourquoi veut-il faire cela ? Nous ne le savons pas vraiment, il le fait, c’est tout. Le Covid -19 ne donne pas d’interviews, mais on peut deviner que sa mission est de complètement dominer le monde.

Face au même implacable ennemi, on s’attendrait à ce que tous les pays connaissent des schémas d’infection et de décès similaires. Ou bien, vous pourriez vous attendre à voir les mêmes chiffres de la part des pays qui ont mené les mêmes actions. Essentiellement, un pays a-t-il confiné ou non ?

Cependant, si vous essayez de comparer le confinement et l’absence de confinement, les chiffres de mortalité du Covid semblent incompréhensibles. La Belgique, par exemple, a mis en place un confinement le 18 mars, alors que la Biélorussie n’a pas mis en place de confinement du tout. La Belgique a une population de 11,5 millions d’habitants, tandis que la Biélorussie en a 9,5 millions.

Au 22 juin, la Belgique avait enregistré 9 696 décès liés au Covid.

La Biélorussie, au 22 juin, a connu 346 décès liés au Covid.

Le taux de mortalité en Belgique, par million d’habitants, est de 847.

Le taux de mortalité en Biélorussie, par million d’habitants, est de 36.

Ce qui signifie que le taux de mortalité en Belgique est plus de vingt-trois fois plus élevé qu’en Biélorussie. Oui, ce sont deux pays européens situés à peu près à la même latitude, tous deux commençant par la lettre « B », or ils ont un taux de mortalité très différent. Que pouvons-nous faire de ces statistiques ? La réponse simple serait de dire qu’il ne faut pas croire les chiffres de la Biélorussie.

Ou alors, vous pourriez dire que vous ne croyez pas non plus les chiffres de la Belgique, parce qu’elle a le taux de mortalité du Covid par million le plus élevé du monde. Pourquoi ? Qui sait ? Cependant, je vous mets en garde contre le fait de rejeter des chiffres que vous n’aimez pas ou qui n’ont pas de sens.

Après tout, il y a d’autres pays qui n’ont pas réellement confiné, comme le Japon, où le taux de mortalité est de sept par million d’habitants, soit un cinquième de celui de la Biélorussie. Je pense qu’il faudrait être très audacieux pour écarter les chiffres japonais sans examen.

En fait, le taux de mortalité au Japon est très proche de celui de la Nouvelle-Zélande, qui n’a eu que 22 décès, et qui a été applaudie pour sa politique de confinement strict et son faible taux de mortalité. Le taux de mortalité en Nouvelle-Zélande est de 4,9 par million.

En bref, si l’on regarde le monde entier, on ne constate aucun schéma précis, et les taux de mortalité varient de plus de cent fois d’un pays à l’autre. Cependant, nulle part ailleurs dans le monde, ils n’ont été plus étranges, ou plus difficiles à interpréter qu’en Angleterre, et – plus curieusement encore – chez les jeunes.

Il y a environ dix jours, quelqu’un m’a signalé une anomalie si étrange, si inattendue, que j’ai depuis passé un temps considérable à parler à d’autres médecins, et à des statisticiens, pour trouver une explication. Sans succès jusqu’à présent.

Tout d’abord, donnons un petit contexte. Les chiffres les plus précis à utiliser, dans l’étude de l’épidémie de Covid, sont ceux de la surmortalité. Il s’agit des décès, toutes causes confondues, supérieurs à la moyenne des dernières années. Si, par exemple, 10 000 personnes meurent normalement au cours de la première semaine d’avril, un chiffre de 15 000 décès, au cours de la même semaine cette année, représenterait une surmortalité de 5 000 décès.

Ce chiffre est d’une importance cruciale. Principalement parce qu’on peut s’y fier entièrement. De par mon expérience personnelle, je sais que ce qui est écrit sur un certificat de décès n’est souvent qu’une supposition. Je sais aussi qu’il y a eu d’énormes différences entre les pays dans la façon dont les médecins ont été appelés à enregistrer les décès liés au Covid.

Si l’état d’une personne âgée chute rapidement, qu’elle meurt dans une maison de retraite, et qu’elle n’a pas subi de test, est-elle morte du Covid, oui ou non ? Probablement ? Peut-être ? Au Royaume-Uni, on a conseillé aux médecins d’écrire oui, alors que dans d’autres pays, ils sont plus susceptibles d’écrire non. D’autre part, il a été rapporté que des médecins américains ont été amenés à écrire « Covid » sur presque tous les certificats de décès, parce que l’hôpital perçoit plus d’argent s’ils le font.

Cela signifie que se fier uniquement aux statistiques des décès enregistrés du Covid peut être très trompeur. Cependant, vous pouvez absolument vous fier au certificat de décès. Il est impossible de se tromper sur le fait qu’une personne soit décédée.

Donc, si vous voulez obtenir l’indicateur le plus fiable de ce qui se passe vraiment, vous devez examiner les taux de mortalité. S’ils restent les mêmes, vous pouvez être assuré que rien de grave ne se produit. Cela reste vrai même si le diagnostic d’une seule maladie augmente.

Pour fournir ces données en serrant au plus près possible le temps réel, l’EuroMOMO (European mortality monitoring activity, Activité de surveillance de la mortalité européenne) a été mise en place. Actuellement, elle suit l’évolution de la mortalité globale dans 24 pays européens différents. L’Angleterre, le Pays de Galles, l’Écosse et l’Irlande du Nord sont traités comme des pays distincts. C’est important pour la suite.

L’EuroMOMO n’a montré absolument aucun changement dans la mortalité dans les 25 pays jusqu’à la onzième semaine, la deuxième semaine de mars [L’Allemagne est comptée comme deux pays, Berlin et Hesse, ce qui amène le total à 25, NdT]. La mortalité a ensuite augmenté rapidement, pour atteindre son point culminant à la quatorzième semaine. Fin mai, tout était revenu à la normale. Ce qui signifie que le pic de mortalité du Covid a duré dix semaines, du début jusqu’à la fin. Les taux de mortalité globaux sont maintenant inférieurs à la normale.

Il est fascinant de constater que certains pays ont connu une forte hausse de la mortalité, et d’autres n’ont rien montré. Par exemple, l’Autriche, le Danemark, la Finlande et l’Allemagne – rien. La France, la Belgique, l’Espagne, les Pays-Bas, l’Angleterre – des pics importants. Treize pays ont connu des pics, douze n’en ont pas connu.

Ensuite, et nous arrivons ici à la partie vraiment bizarre : les données qui ont été rangées dans une sous-section. Une augmentation massive de la mortalité qui n’a été observée que dans un seul pays sur vingt-cinq, et nulle part ailleurs. Et un pic dans le groupe d’âge de 15 à 44 ans… un des groupes d’âge les moins vulnérables au Covid -19… et uniquement en Angleterre. Pas en Écosse, en Irlande du Nord ou au Pays de Galles. Elle a duré cinq semaines et a ensuite disparu.

Il est frustrant de constater que les chiffres des causes de décès ne sont pas disponibles – certains types de décès peuvent prendre longtemps pour être enregistrés, par exemple les décès dus à des accidents ou à des suicides. Ainsi, si toute la surmortalité était due au Covid, cela semble peu probable car le nombre total de décès enregistrés dans cette tranche d’âge a été inférieur à cinq cents personnes depuis le début de l’épidémie, et cela n’aurait pas créé une telle flambée.

Le confinement aurait-il pu, d’une manière ou d’une autre, en être la cause ? La solitude aurait-elle pu provoquer une augmentation des suicides ? Ou une augmentation des surdosages de drogue ? Ou d’autres comportements imprudents ?

Je ne sais pas… mais si nous voulons vraiment comprendre ce qui s’est passé pendant la pandémie, nous devons le découvrir.

Courbes pour l’Angleterre, en haut, suivie de l’Irlande du Nord, de l’Écosse et du Pays de Galles.

Malcolm Kendrick est médecin généraliste au sein du NHS britannique et auteur. Il a écrit « Doctoring Data – How to Sort Out Medical Advice from Medical Nonsense ».

Traduction Entelekheia
Image Pixabay

Note de la traduction : En regardant, par exemple, les chiffres du Brésil comparés à ceux de ses voisins de palier, il est effectivement difficile de ne pas se poser de questions sur les causes des disparités monumentales dans le nombre des décès dus au Covid-19 selon les pays. Quels sont les critères d’inclusion des patients de chaque pays dans le bilan du Covid ? Quels efforts d’harmonisation des données mondiales, s’il y en a eu, ont-ils été consentis par l’OMS ? Quel pays fait des tests en masse, quel pays attribue des décès au Covid en l’absence de toute preuve ? Quel pays mélange décès directement imputables au Covid et décès avec le Covid, mais dus à d’autres facteurs ? Quel pays triche carrément sur ses chiffres, et dans quel sens ? Tout cela devrait être éclairci avec le temps, mais en attendant, prudence.

Brésil, 64 625 décès au 5 juillet, soit 303 par million d’habitants.
Pérou, 10 412, soit 316 par million d’habitants.
Bolivie, 1378, soit 118 par million d’habitants.
Paraguay, 20, soit 3 par million d’habitants.
Uruguay, 28, soit 8 par million d’habitants.
Venezuela, 62, soit 2 par million d’habitants.
Surinam, 14, soit 24 par million d’habitants.
Guyane, 14, soit 18 par million d’habitants.
Colombie, 4001, soit 77 par million d’habitants.

Sources : South China Morning Post et Euronews.com

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