USA : Comment la lutte pour les droits des Noirs est détournée au profit du Parti démocrate

Par Helen Buyniski
Paru sur RT sous le titre Veteran activists have called out BLM as a tool of the Democrats from day 1. But agenda-driven $MILLIONS drown out the grassroots


Le mouvement Black Lives Matter a engrangé des millions sur le dos de la souffrance des Noirs américains. Une militante de Saint-Louis explique que ce mouvement est issu d’une longue tradition de cooptation des mouvements de base par les libéraux de gauche blancs, dans le but de les asservir au programme du Parti démocrate.

Le militantisme pour la justice sociale financé par diverses fondations de Black Lives Matter utilise la souffrance des Noirs pour tirer parti de la culpabilité des libéraux blancs, divisant la société américaine pour servir le programme politique des Démocrates, a déclaré à RT la militante de St Louis Nyota Uhura.

Nyota Uhura a fondé son site web handsupdontshoot.com en août 2014 pour contrer les faux témoignages provenant de Ferguson, une banlieue de St Louis, à la suite du meurtre par la police de Michael Brown, 18 ans.

En tant que témoin de la montée en puissance de BLM, alors que l’organisation naissante s’était jetée sur Ferguson au milieu des appels à la justice déclenchés par l’assassinat de Brown, et cooptait méthodiquement l’énergie des manifestants tout en ignorant ou même en faisant obstacle aux demandes de ces même manifestants, Uhura s’est battue pour ouvrir les yeux des autres sur ce que l’organisation représente réellement – un moyen de tirer parti du militantisme noir pour donner un coup de pouce au Parti démocrate.

La science de la cooptation de mouvements sociaux

En choisissant quelques habitants dans les rues de Ferguson pour se donner un vernis de crédibilité locale, BLM a récolté 33 millions de dollars après la mort de Brown – de l’argent que, selon Uhura, sa communauté n’a jamais vu. Six ans plus tard, le quartier noir de Saint-Louis reste pauvre et en proie à la violence, tandis que BLM a trouvé une nouvelle communauté à exploiter.

« Ils éclipsent le travail de la base, puis ils s’insèrent en tant que leaders et ils vont dans les médias en prétendant être à la tête de ces mouvements », a déclaré Uhura.

Exposant la méthodologie de BLM et d’autres mouvements d’astroturf, [1] elle a ajouté que parfois, ils arrivaient littéralement dans une manifestation qu’ils n’avaient pas planifiée et donnaient une conférence de presse. C’est une tactique qu’elle fait remonter au détournement de la Marche sur Washington de 1963 par les libéraux de gauche blancs. [2]

Cette tactique a été affinée jusqu’à devenir une science, dit-elle, avec des organisations comme NetRoots qui fabriquent des faux « militants » avec l’efficacité implacable d’une chaîne de montage. [3] « NetRoots est l’endroit où les militants vont passer des auditions pour devenir des marionnettes des Démocrates, des groupes d’intérêts privés et des organisations à but non lucratif de l’élite blanche », poursuit-elle.

« Cela va si vite que toutes les pièces sont en place avant même que vous ayez la chance de comprendre ce qui se passe… Avant même que vous le sachiez, vous regardez le journal télévisé et ils ont coopté votre mouvement ».

Les groupes libéraux de gauche et progressistes blancs « utilisent l’énergie de notre mouvement pour servir leur programme » – dans le cas de BLM, en utilisant le concept d’ « intersectionnalité » pour élargir la portée du mouvement racial au féminisme, aux droits des immigrants, aux questions LGBT et autres causes qui touchent directement les Blancs.

« Pour mobiliser les gens, ils ont besoin de ces visages noirs – car à quoi ressembleraient leurs manifestations ? En termes d’optique, cela ressemblerait à un rassemblement du KKK », a plaisanté Uhura. Elle marque un point : seuls 17 % des manifestants du mois dernier étaient noirs, selon un sondage de Pew Research publié la semaine dernière, une statistique que les ennemis de l’organisation ne sont pas près de lui permettre d’oublier.

Les vrais militants marginalisés

Uhura est loin d’être la seule militante de base à s’élever publiquement contre BLM pour avoir leurré le public en substituant les causes-fétiches du Parti démocrate à la justice pour les victimes de violences policières. La section de Cincinnati de l’organisation a abandonné le nom Black Lives Matter en 2018 [elle s’appelle désormais Mass Action for Black Liberation, NdT] alléguant que l’organisation nationale « a tiré profit d’une vague de résistance anonyme qui a balayé la nation, se l’est appropriée et a profité de la mort de Noirs » sans faire le moindre effort pour obtenir justice pour les familles des victimes.

La section de Cincinnati indique également que la conférence de 2015 de BLM à Cleveland – où Tamir Rice, 12 ans, venait d’être abattu par un flic pour avoir tenu un fusil jouet à la main – s’était concentrée presque exclusivement sur les droits des transsexuels noirs, divisant encore davantage une communauté en souffrance.

Les militants de Los Angeles ont reproché à la section locale de BLM d’avoir ignoré le meurtre d’Ezell Ford, un homme atteint d’une maladie mentale abattu par la police en 2014, pour se rendre à Ferguson et surfer sur la vague du meurtre de Michael Brown. A son retour à Los Angeles, où la communauté militante demandait au procureur de la ville d’inculper les tueurs de Ford, BLM Los Angeles a non seulement continué à ignorer l’injustice, mais l’un de ses dirigeants a même décerné le prix « Women in Action » (« Femmes en action ») au procureur même qui avait disculpé les policiers coupables du meurtre.

D’autres s’opposent à ce qu’ils considèrent comme des escroqueries évidentes de la part de certains des représentants les plus éminents de BLM. DeRay McKesson a fait la promotion de marques allant d’Apple à McDonald’s, et s’est même fait arrêter avec un t-shirt Twitter dans ce que de nombreux militants considèrent comme une mise en scène.

Shaun King est tellement légendaire pour avoir fait disparaître de grosses sommes d’argent collectées « pour le mouvement » que le Daily Beast a publié un article à ce sujet. King a récemment annoncé la création d’une « Commission vérité, justice et réconciliation », en collaboration avec trois « procureurs progressistes » dont des militants comme Uhura ont dénoncé l’inaction sur la question des violences policières.

‘Ils nous redirigent toujours vers les urnes’

Comme tous les mouvements d’opposition contrôlés, l’une des principales fonctions de BLM est de faire dérailler tout changement significatif, a expliqué Uhura : « Ils nous redirigent toujours vers les urnes. »

Les militants bien rodés de ces mouvements détournent de façon répétée de l’argent et de l’énergie pour faire élire des candidats du Parti démocrate ou des procureurs « progressistes », dont aucun ne tient la police pour responsable d’assassinats d’hommes noirs innocents, que ce soit à Ferguson, à Los Angeles ou à New York.

Pour cette raison, elle n’est pas convaincue par les récents appels du groupe à cesser de financer la police, ni par la promesse du conseil municipal de Minneapolis de le faire – les gouverneurs de Ferguson et de St. Louis ont promis toutes sortes de réformes qui n’ont jamais vu le jour. Nombre de celles qui ont été adoptées ont été très édulcorées ou ont depuis été retirées, et Uhura considère que la demande de « cesser de financer la police » n’est qu’une nouvelle tactique de collecte de fonds.

La seule solution électorale aux problèmes de la communauté noire est « d’armer notre politique », selon la militante – tous les responsables doivent partir. Ils ont eu leur chance de faire une différence et ont prouvé qu’ils n’étaient pas prêts à la saisir. « Il faut peut-être un ou deux cycles électoraux pour former une personne à ce dont nous avons besoin, mais pour l’instant nous perdons de toute façon », a-t-elle expliqué. « Nous devons simplement faire le ménage et nous débarrasser de tout le monde. Comment cela pourrait-il être pire ? »

BLM a récemment été critiqué pour n’avoir versé que 6 % de l’argent de ses dons aux sections locales au cours des trois dernières années, avec un 83 % ahurissant siphonné par les consultants et en frais de déplacement. La complexité du parcours de l’argent d’un donateur à une section locale a suscité de nombreuses spéculations sur la possibilité de blanchiment d’argent au passage, et les représentants de BLM ont fait preuve d’une défiance presque comique lorsque des journalistes les ont interrogés sur leurs finances.

La co-fondatrice Alicia Garza a nié que le groupe soit soutenu par des fondations, même si le milliardaire spéculateur George Soros a donné à lui seul plus de 33 millions de dollars à BLM, à ses fondatrices et à ses groupes associés, et qu’en 2016, la Fondation Ford s’était engagée à collecter 100 millions de dollars pour la coalition affiliée à BLM Movement for Black Lives. Une autre cofondatrice de BLM, Patrisse Cullors, a fait l’objet d’un « fact-check » par PolitiFact, un média financé par Omidyar Network, qui finance également BLM, pour « prouver » que le groupe n’est pas lié au Parti démocrate.

(Tweet : « Je sais qu’il y a eu beaucoup de questions de la part des gens. Voici quelques réponses. Je suis reconnaissante de faire partie de ce mouvement et je ne laisserai pas les attaques de droite m’empêcher de me battre pour mes frères. Lisez, s’il vous plaît. »
Suivent les liens)

Mais c’est la fonction de blanchiment idéologique du groupe qui l’a jusqu’ici mis à l’abri de tout compte à rendre. Des entreprises qui versent des millions de dollars dans ses coffres pour se faire une réputation de « woke », jusqu’aux politiciens qui s’affublent d’écharpes en tissus ghanéens Kente [4] pour se faire réélire, BLM se positionne comme « le » groupe de militantisme noir, éclipsant les militants de base et aspirant tout l’argent disponible – affamant littéralement la concurrence, alors que les véritables mouvements luttent pour être entendus par les médias et le grand public par-dessus le vacarme financé par des fondations.

Voir aussi la façon dont les USA ont dévoyé le féminisme au profit du système américain dans les années 1950 et 60, avec en particulier l’instrumentalisation du féminisme noir pour saboter le mouvement des droits civils des Noirs : Gloria Steinem, le féminisme et la CIA

Ce modèle de militantisme a connu un tel succès au fil des décennies qu’il en est venu à dominer toutes les causes, de l’environnement aux libertés civiles, offrant aux jeunes une « vision fictionnelle du militantisme où tout n’est que hashtags et jeux de bac à sable, alors que rien n’est plus éloigné de la vérité ».

En réalité, les militants de base s’exposent à des risques importants, explique Uhura – surtout lorsqu’ils commencent à dénoncer leurs rivaux financés par des fondations. Ce risque et les incitations financières à laisser le sujet de côté expliquent pourquoi la plupart des médias sont réticents à s’aventurer dans les réseaux aux poches bien garnies qui parrainent BLM et ses semblables. « Depuis six ans, des gens comme moi essaient d’éduquer les autres sur ce qui se passe vraiment, et c’est dommage qu’il faille passer par Russia Today pour cela, alors que cela aurait dû faire les unes de la presse ici, aux USA. Maintenant, j’espère que ce sera le cas ».

Elle pense que la vraie nature du faux mouvement sera révélée, à commencer par sa propre discrimination interne : « Comment Black Lives Matter en arrive-t-il à décider QUELLES vies noires comptent alors qu’ils omettent délibérément les hommes et femmes noirs hétérosexuels, et les hommes noirs hétérosexuels dont ils profitent de la mort ? »

Mais tant que les militants de base perdront du terrain face à des rivaux grassement financés par des fondations, de nouveaux BLM continueront d’apparaître. Les vrais militants doivent « créer une alternative » aux mouvements financés par des fondations, dit-elle – sinon, ils risquent de perdre la prochaine génération au profit des agents du Parti démocrate et de voir la justice échapper pour toujours aux communautés noires.

Traduction Corinne Autey-Roussel pour Entelekheia
Photo Omar Yousef / Pixabay

Notes de la traduction :

[1] L’astroturfing, nom emprunté à une marque de gazon artificiel, désigne les mouvements, militants, campagnes apparemment spontanés, mais en fait financés pour détourner une cause, l’instrumentaliser ou tout simplement servir des intérêts divers. L’astroturfing est une des techniques de propagande les plus utilisées aujourd’hui, notamment à travers ce qui a été dénommé « complexe industriel à but non lucratif », à savoir la pléiade des ONG humanitaires, environnementales, droits-de-l’hommistes, etc, lourdement financées par divers groupes d’intérêts privés.
https://www.theguardian.com/commentisfree/2012/feb/08/what-is-astroturfing

[2] La Marche sur Washington de 1963 avait vu Martin Luther King prononcer son célèbre discours « I have a dream » où il réclamait que les gens ne soient plus jugés en fonction de leur couleur de peau, mais de leur caractère individuel. L’approbation de l’establishement libéral de gauche blanc à cette marche, leurs donations dénoncées à l’époque par Malcolm X n’ont pas empêché King d’être assassiné, de même d’ailleurs que Malcolm X, Fred Hampton des Black Panthers, et d’autres. Ces hommes étaient-ils trop difficiles à acheter ?
https://en.wikipedia.org/wiki/List_of_assassinated_human_rights_activists

On peut noter aussi qu’en 1966, le journaliste américain Tom Wolfe avait décrit, dans son essai « Radical Chic », la façon dont des riches libéraux de gauche blancs cherchaient à dévoyer le mouvement des Black Panthers en levant des fonds pour eux et en les réduisant à une mode, le « chic radical ».
https://www.monde-diplomatique.fr/mav/151/WOLFE/57080

[3] Le site de NetRoots Nation (voir lien en fin de note), est explicitement dédié au recrutement de militants pour servir différentes causes, du racisme jusqu’au climat en passant par le genre, la cybersécurité et la « lutte contre la désinformation ». Il propose des formations, des ateliers sur l’organisation du militantisme sur les réseaux sociaux et pour l’action directe, des conférences (parmi les conférenciers passés cités sur le site figurent Barack Obama, Joe Biden ou encore Elizabeth Warren), etc. Ses principaux donateurs sont ActBlue, une ONG de collecte de fonds en ligne affiliée au Parti démocrate, et une pléthore d’organisations liées au même parti. En résumé : NetRoots Nation est l’ONG d’astroturfing du Parti démocrate et ne s’en cache même pas.
https://www.netrootsnation.org/

[4] Des politiciens démocrates, dont Nancy Pelosi, présidente de la Chambre des représentants des États-Unis, ont soulevé des critiques de toutes parts pour s’être affichés, dans une démarche ridiculement démagogique, agenouillés avec des écharpes de tissu traditionnel Kente ghanéen autour du cou en soutien à George Floyd.
https://www.bbc.com/news/world-africa-52978780

1 réponse

  1. 29 juillet 2020

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