Biden, la propagande et la censure : contrôle renforcé de l’opinion publique en vue

Avec le retour de l’équipe Obama aux affaires après la victoire de son nouvel avatar public, Joe Biden, la propagande et la censure, armes de prédilection du Parti démocrate américain, promettent de faire une progression fulgurante dans toute la zone dominée par les USA, dont bien sûr l’Europe de l’Ouest. A une différence près : cette fois, le mot « propagande » est assumé, et même revendiqué par le nouveau responsable de l’information de l’équipe de transition Biden. L’Amérique post-Trump ne se cache plus.

Nous aurons donc, c’est prévu, encore plus de purges de comptes Facebook et Twitter, de « deplatforming » par Google, de mainmise sur les médias grand public, de « fact-checking » ex cathedra et d’affligeantes crises de paranoïa médiatique de type Russiagate ou « Venezuelaaaaa ! »

Revue de détail.


Par Ben Norton
Paru sur Consortium News sous le titre ELECTION 2020: Biden Appointee Advocated Using Propaganda Against Americans et The Grayzone Project sous le titre Biden state media appointee advocated using propaganda against Americans and ‘rethinking’ First Amendment


Richard Stengel, le principal représentant des médias d’État dans l’équipe de transition du président américain élu Joe Biden, a défendu avec enthousiasme le recours à la propagande contre les Américains.

« Mon ancien poste au Département d’État consistait en ce que les gens appelaient pour rire ‘propagandiste en chef' », déclarait Stengel en 2018. « Je ne suis pas contre la propagande. Chaque pays en fait, et ils doivent en faire auprès de leur propre population. Et je ne pense pas nécessairement que ce soit si mauvais ».

(Tweet : « Encore plus de portes tournantes entre les médias grand public et le gouvernement américain: Trois analystes salariés de MSNBC sont partis rejoindre l’administration de Joe Biden.
Un quatrième collaborateur rémunéré de MSNBC a participé à la rédaction du discours de victoire de Biden. »)

(Tweet : L’un est Richard Stengel, qui se décrit comme ancien « chef propagandiste » et se déclare pour la propagande auprès de la population américaine.)

Richard « Rick » Stengel a été le sous-secrétaire d’État à la diplomatie publique (sic) et aux affaires publiques le plus longtemps en poste de toute l’histoire des États-Unis.

Au Département d’État, sous le Président Barack Obama, Stengel s’était vanté d’avoir « créé la seule entité gouvernementale non classifiée qui luttait contre la désinformation russe ». Cette institution était connue sous le nom de Global Engagement Center, et elle représentait un véhicule massif de diffusion de propagande du gouvernement américain dans le monde.

En croisé engagé dans ce qu’il décrit ouvertement comme une « guerre de l’information » mondiale, Stengel a fièrement proclamé son attachement à une gestion minutieuse de l’accès du public à l’information.

Stengel a exposé sa vision du monde dans un livre publié en juin dernier, intitulé Information Wars : How We Lost the Global Battle Against Disinformation and What We Can Do About It (Guerres de l’information : comment nous avons perdu la bataille mondiale contre la désinformation et ce que nous pouvons faire pour y remédier).

Stengel a proposé de « repenser » le Premier amendement [de la Constitution des USA], qui garantit la liberté d’expression et de la presse. En 2018, il a déclaré : « Bien que j’aie été autrefois presque un fondamentaliste du Premier amendement, j’ai changé de position à ce sujet, parce que je pense simplement que, pour des raisons pratiques dans la société, nous devons réviser certaines de ces choses ».

(Tweet : « Le chef de l’équipe de transition de Joe Biden pour les médias d’État, Richard Stengel, s’est qualifié de « propagandiste en chef » et a préconisé l’utilisation de propagande contre votre « propre population ».
Dans cette vidéo de 2018, il appelle également à « repenser » le Premier amendement. »
https://thegrayzone.com/2020/11/11/richard-stengel-propaganda-usagm-biden/)

La sélection par l’équipe de transition de Biden d’un guerrier de l’information censeur pour ce poste de haut niveau dans les médias d’État intervient alors qu’une campagne de répression concertée s’installe sur les réseaux sociaux. La vague de censure en ligne a été supervisée par les agences de renseignement américaines, le Département d’État et les sociétés de Silicon Valley, qui ont conclu des contrats de plusieurs milliards de dollars avec le gouvernement américain.

Alors que le réseau de censure soutenu par l’État américain s’étend, les médias indépendants se retrouvent de plus en plus souvent dans la ligne de mire. Au cours de l’année écoulée, les plate-formes de réseaux sociaux ont purgé des centaines de comptes de presse étrangère, de journalistes, de militants et de fonctionnaires de pays ciblés pour des changements de régime par les États-Unis.

La nomination de Stengel semble être, de la part de l’administration Biden, le signal le plus clair d’une escalade prochaine de la censure et de la suppression de médias en ligne considérés comme une menace pour les intérêts américains à l’étranger.

De « propagandiste en chef » de l’administration Obama à VRP du Russiagate

Avant d’être nommé « propagandiste en chef » du Département d’État américain en 2013, Richard Stengel était rédacteur en chef de TIME Magazine.

Sous l’administration Obama, Stengel a non seulement créé le véhicule de propagande du Global Engagement Center, mais il s’est également vanté d’avoir « dirigé la création d’English for All, un effort gouvernemental de promotion de l’enseignement de l’anglais dans le monde entier ».

Après avoir quitté le Département d’État en 2016, Stengel est devenu conseiller stratégique de Snap Inc, la société qui gère les applications des réseaux sociaux Snapchat et Bitmoji.

Stengel a également trouvé du temps pour se joindre à l’Atlantic Council, un think tank étroitement lié à l’OTAN et au camp Biden qui a reçu des fonds du gouvernement américain, de la Grande-Bretagne, de l’Union européenne et de l’OTAN elle-même, ainsi que d’une foule de fabricants d’armes occidentaux, de sociétés d’énergie fossile, de monarchies du Golfe et d’entreprises Big Tech.

Stengel a travaillé en étroite collaboration avec le Laboratoire de recherche en criminologie numérique (Digital Forensic Research Lab) de l’Atlantic Council, une organisation douteuse qui a participé aux efforts de censure des médias indépendants au nom de la lutte contre la « désinformation ».

Mais Stengel est peut-être plus connu en tant qu’analyste politique régulier sur MSNBC sous Donald Trump. Sur la chaîne, il alimentait les théories du complot du Russiagate, dépeignant le président républicain comme un idiot utile de la Russie, et affirmant que Trump avait une « amourette unilatérale » avec Vladimir Poutine.

Stengel a quitté MSNBC ce mois-ci pour rejoindre l’équipe de transition présidentielle de Biden, selon laquelle il est appelé à diriger les « équipes de révision de l’agence Biden-Harris » pour la United States Agency for Global Media (Agence américaine pour les médias mondiaux, acronyme USAGM).

L’USAGM est une organisation de propagande médiatique d’État qui trouve son origine dans un véhicule de la Guerre froide créé par la CIA pour diffuser de la désinformation contre l’Union soviétique et la Chine communiste. (L’agence s’appelait auparavant Broadcasting Board of Governors, ou BBG, jusqu’à ce qu’elle soit rebaptisée en 2018).

L’USAGM déclare sur son site web que sa principale mission est d’ « Être en accord avec les objectifs généraux de la politique étrangère des États-Unis ».

Un remaniement de l’agence cette année a permis de révéler que l’USAGM avait fourni une assistance clandestine aux militants séparatistes, lors des manifestations qui ont enflammé Hong Kong en 2019. Le programme prévoyait une aide en matière de communications sécurisées pour les manifestants et deux millions de dollars de paiements au titre de « réponse rapide » pour les militants anti-Chine.

(Tweet de Max Blumenthal en réponse à celui du sénateur néocon Marco Rubio, selon lequel le consulat chinois de Houston est un « nid d’espions » qui devrait être fermé : « Drôles d’allégations quand on sait que la US Agency for Global Media – la société mère de VOANews – vient d’être dénoncée pour avoir affecté 2 millions de dollars aux manifestations de Hong Kong et à la fourniture d’ « applications de communication sécurisées » aux manifestants.
Imaginez la réaction si CGTN faisait cela aux États-Unis. »)

(Tweet : La US Agency for Global Media a proposé une « équipe de réponse aux incidents de cybersécurité » pour fournir aux manifestants de Hong Kong des « applications de communications sécurisées ». Et aussi, un « fonds de réponse rapide » qui « a fait plusieurs versements à des groupes de Hong Kong ».)

Une croisade ‘obsessionnelle’

Lorsque Richard Stengel s’est présenté comme « propagandiste en chef » du Département d’État, a préconisé l’utilisation de propagande contre le peuple américain [la propagande des USA à l’étranger étant considérée comme allant de soi, NdT] et a proposé de « repenser » le Premier amendement, il était en train de participer à une table ronde du think tank Council on Foreign Relations (CFR), le 3 mai 2018.

Au cours de cet événement du CFR intitulé « Disruptions politiques : Combattre la désinformation et les fake news », Stengel a évoqué la menace d’une prétendue « désinformation russe », un terme vague de plus en plus utilisé comme un signifiant vide de sens pour qualifier tout récit contraire aux volontés de l’establishment de la politique étrangère de Washington.

Stengel a déclaré qu’il était « obsédé par » la lutte contre la « désinformation », et a clairement indiqué qu’il avait une obsession particulière pour Moscou, accusant « les Russes » de s’engager dans une désinformation « sur le spectre complet ».

La politologue Kelly M. Greenhill l’a rejoint sur scène et a déploré que les plate-formes de médias alternatifs publient « des choses qui semblent vraies… c’est la sphère où il est particulièrement difficile de les contrecarrer… c’est cette région grise, cette zone grise, où il ne s’agit pas de désinformation traditionnelle, mais d’un mélange de désinformation et de jeu sur des rumeurs, des théories du complot, d’une sorte de propagande grise, c’est là que se trouve, je pense, le nœud ou le cœur du problème ».

Stengel a approuvé, ajoutant : « Au fait, ces termes, la zone grise, sont tous issus de mesures actives russes, qu’ils appliquent depuis un million d’années. »

Les panélistes n’ont fait aucun effort pour cacher leur mépris pour les médias indépendants et étrangers. Stengel a clairement déclaré qu’un « cartel de l’information » des médias grand public dominants avait longtemps contrôlé la société américaine, mais il a déploré que ces « cartels n’aient plus l’hégémonie qu’ils avaient auparavant ».

Stengel a clairement indiqué que sa mission est de contrer les perspectives alternatives données par les plate-formes médiatiques étrangères qui remettent en question le paysage médiatique dominé par les États-Unis.

« Les mauvais acteurs utilisent l’objectivité journalistique contre nous. Et les Russes en particulier sont intelligents à ce sujet », a grommelé Stengel.

Il a pointé du doigt le réseau médiatique russe étatique RT, en déplorant que « Vladimir Poutine, lorsqu’ils ont lancé Russia Today, a dit que c’était un antidote à l’hégémonie américaine et anglaise sur le système médiatique mondial. C’est comme ça que les gens l’ont vu ».

Ben Decker, chercheur au Projet sur la désinformation de la Kennedy School of Government de Harvard, a déploré que « RT envahisse tous les espaces médiatiques financiers hebdomadaires ».

Mais Decker était rassuré par la prolifération d’oligarques américains déterminés à reprendre le contrôle des idées et « narratives » dominantes. « En Amérique et dans le monde entier », a-t-il déclaré, « la communauté des donateurs est très désireuse de s’attaquer à ce problème, et très désireuse de travailler avec les communautés de chercheurs, d’universitaires, de journalistes, etc, pour cibler ce problème ».

« Je pense qu’il y a une volonté de résoudre ce problème à partir du haut », a-t-il poursuivi, exhortant les nombreux universitaires présents dans l’assistance « à demander des subventions » afin de lutter contre la « désinformation » russe.

Le panel du CFR a culminé avec un membre africain de l’auditoire qui s’est levé de la foule pour faire face à Stengel : « Ce qui se passe en Amérique est ce que les États-Unis ont infligé au Sud global et au Tiers-Monde, ce avec quoi nous avons vécu pendant de nombreuses années. En fait, c’était et c’est toujours de la propagande », a déclaré l’homme.

Plutôt que de répondre, Stengel a impoliment ignoré la question et s’est précipité vers la sortie : « Vous savez quoi, je déteste les dernières questions. Vous ne les détestez pas ? En général, je veux terminer quelque temps avant la dernière question. »

La vidéo de la confrontation révélatrice a provoqué une telle fureur que le compte YouTube du CFR a désactivé les commentaires et retiré la vidéo. Elle ne peut plus être trouvée dans une recherche sur Google ou YouTube ; seul le lien direct y donne accès.

Pour les anglophones,  la vidéo de la discussion complète est ci-dessous.

Traduction et note d’introduction Entelekheia
Photo OpenClipart-Vectors / Pixabay

1 réponse

  1. 25 novembre 2020

    […] originale: Consortium News Traduit en français par Entelekheia Source : […]

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