Les progressistes qui demandent d’autres confinements sont-ils si ‘progressistes’ ?

Par Diana Bruk
Paru sur RT sous le titre Liberals’ backing of further lockdowns is costing human lives… and showing just how ‘liberal’ they REALLY are


Pourquoi traitons-nous le Covid comme nous l’avions fait en mars ? Les dix derniers mois ont démontré que forcer les gens à rester chez eux cause d’énormes dégâts. Et les partisans les plus bruyants des confinements sont les progressistes, dont on aurait attendu qu’ils soient davantage dans l’opposition.

J’ai entendu une conversation désolante par-dessus la clôture du jardin de mes parents, il y a quelques mois. Un homme âgé est passé, portant un masque, et sa fille (ou belle-fille) était dans la maison, portant également un masque. Elle lui a dit qu’il devait rentrer chez lui, ne pas être dehors.

Il l’a suppliée de voir ses petits-enfants. Elle lui a dit, avec une grande condescendance, qu’il ne comprenait pas les risques du Covid et qu’il ne devait pas sortir de chez lui. Il pleurait presque, disant qu’il allait mourir de toute façon et qu’il voulait passer ses derniers moments avec sa famille au lieu de se balancer sur sa rocking chair, tout seul dans son appartement.

Vendredi, le gouverneur de New York, Andrew Cuomo, a annoncé qu’il allait interdire les repas en salle dans les restaurants de New York. Il a également tweeté pour rappeler que « plus de 70 % des cas peuvent être attribués aux foyers et aux réunions en intérieur ».

(Tweet de Cuomo : Plus de 70 % des cas peuvent être attribués aux foyers domestiques et aux petites réunions.
Arrêtez la contagion dans les living-rooms. Soyez #NewYorkTough.)

Parce que, apparemment, en mars, personne n’était assez sensé pour réaliser que c’est une erreur psychologique de penser que l’on est plus en sécurité à la maison avec sa famille que dans la rue, étant donné que le Covid se fiche que vous soyez avec votre tante Adèle ou chez le traiteur, de l’autre côté de la rue.

Je dis tout cela parce qu’il me semble insensé que, dix mois plus tard, nous traitions le Covid de la même manière qu’en mars. J’étais d’accord avec la méthode, à l’époque. Les taux d’hospitalisation grimpaient et il semblait préférable d’instaurer une quarantaine plutôt que de mettre les travailleurs de première ligne dans l’horrible position de décider qui pouvait ou ne pouvait pas recevoir des soins.

Mais c’en est assez. Les gens perdent leurs moyens de subsistance et sont expulsés pendant les mois d’hiver, dans le froid. Les parents deviennent fous à essayer de jongler entre le travail à domicile et la présence de leurs enfants, alors même que les recherches montrent que le taux de contagion dans les écoles est très faible.

Nos taux de suicide et d’homicides ont considérablement augmenté [chiffres pour les USA. En France, dans le même temps, la santé mentale générale s’est considérablement dégradée, et les taux de maltraitance d’enfants ont explosé, NdT]. Je ne sais même pas à quoi tout cela va ressembler en janvier, maintenant que nos seules options « éthiques » sont de rester seuls à la maison pendant des mois.

Je suis déconcertée par le fait que les mêmes progressistes pour qui, avant, « la santé mentale », c’était « important » soutiennent maintenant que si vous vous suicidez parce que vous êtes forcé de rester cloîtré, c’est votre faute. Je suis déconcertée par le fait que les mêmes hippies anti-establishment d’autrefois sont maintenant parfaitement à leur aise sous un gouvernement qui nous dicte chacun de nos mouvements.

Vous pouvez dire ce que vous voulez sur moi, mais au moins, je suis cohérente. Et je ne comprends pas pourquoi on ne peut pas donner plusieurs options aux gens : si vous êtes vulnérable au Covid et que vous êtes casanier, restez chez vous. Si vous ne l’êtes pas, continuez votre vie d’avant et portez un masque.

Cela me semble être l’option la plus raisonnable, mais ce n’est pas ce que nous faisons. Au lieu de cela, nous faisons l’éloge de l’autoritarisme et condamnons certains groupes de personnes à mort. Ces personnes sont importantes. Ce sont aussi des vies humaines.

« La gauche n’est plus progressiste », a récemment déclaré un de mes amis, un progressiste de longue date. Être progressiste signifiait autrefois libérer les gens des contraintes sociales. Aujourd’hui, c’est tout le contraire.

Et personne ne semble se poser la question de savoir si c’est psychologiquement raisonnable ou non. Je peux vous assurer que tous les psychologues que j’ai interrogés en 2020 disent que ce n’est pas le cas. On nous dit d’ « écouter les experts ». Ce sont des experts. Il y a une différence entre regarder dans les deux sens avant de traverser la rue et ne plus sortir de chez soi par peur d’être renversé par une voiture. La première attitude s’appelle de la prudence. La seconde est de l’anxiété. Notre réponse au Covid, à ce stade, est un exemple d’anxiété.

Je pense parfois à ce vieil homme, et je me demande s’il va bien. Parce que ce qui peut vous sembler de la gentillesse, pour moi, ressemblait à de la cruauté.

Diana Bruk est une journaliste russo-américaine basée à New York. Elle a écrit pour le New York Times, The Paris Review, Cosmopolitan, Esquire et Elle, entre autres. 

Traduction Corinne Autey-Roussel pour Entelekheia
Illustration Gordon Johnson / Pixabay

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