La Chine a gagné la guerre commerciale avec les USA

Par Tom Fowdy
Paru sur RT America sous le titre China won the trade war with the US. Business trumps politics, and China is a cornerstone of the global economy


Malgré des années d’attaques contre la Chine, y compris à travers des sanctions et des droits de douane, et malgré ses fanfaronnades sur la facilité avec laquelle cette guerre commerciale allait être gagnée, Trump a échoué à imposer les conditions de Washington à Pékin en matière de relations commerciales. Voici pourquoi.

Les dernières données commerciales de la Chine révèlent un excédent commercial record. Alimenté en partie par la demande d’équipements médicaux et électroniques due à la pandémie, l’excédent de Pékin par rapport aux États-Unis a augmenté de 7,1 %, créant un écart (en augmentation) de 317 milliards de dollars pour l’année 2020. Et ce, alors même que l’administration Trump a consacré la majeure partie de son mandat à mener une guerre commerciale contre la Chine et à imposer des droits de douane sur les importations en provenance de ce pays, avec pour objectif stratégique de « réorienter les chaînes d’approvisionnement » soit vers les États-Unis, soit vers des partenaires plus amicaux.

Si cette saga a effectivement eu pour effet de faire passer les États-Unis de premier à troisième partenaire commercial de la Chine, dépassés par l’Europe et l’ASEAN, elle n’a finalement pas modifié la tectonique de la domination de Pékin sur le commerce mondial, ni d’ailleurs sur l’Amérique elle-même. Pourquoi ? Parce que de tels changements sont plus faciles à dire qu’à faire. Les chaînes d’approvisionnement de la Chine restent plus compétitives en termes de coûts, plus solides, mieux interconnectées et plus soutenues par la demande locale que n’importe où ailleurs dans le monde. Certains des pays qui ont été présentés comme des alternatives, tels que l’Inde et le Vietnam, n’ont pas la capacité de remplacer la Chine à court terme. Sur cette question, les incitations commerciales continuent à être plus fortes que les incitations politiques.

Les chaînes d’approvisionnement ne sont pas un magasin éphémère qui peut être assemblé, démonté et déplacé n’importe où pendant la nuit. Ce qu’elles représentent est dans le nom : une chaîne d’approvisionnement n’est pas une « usine unique qui fabrique X » – c’est un réseau interconnecté de diverses usines, fournisseurs, entreprises associées, usines d’assemblage et infrastructures, le tout situé dans un espace géographique circonscrit. Ce réseau n’est pas automatisé, il est co-dépendant. L’accessibilité, la fiabilité et l’efficacité sont les clés de la réussite d’une chaîne d’approvisionnement. Par exemple, pourquoi personne n’investit pour fabriquer des MacBooks au Groenland, par exemple ? Apple pourrait bien y construire une usine, non ?

Mais ce n’est pas comme ça que ça marche. On ne construit pas un MacBook dans une seule usine. Ils pourraient être assemblés dans une usine, oui, mais qui fabriquerait les circuits ? Les écrans ? Les processeurs ? Et comment faire pour que toutes ces pièces restent proches les unes des autres et intactes, afin que votre produit soit rapidement commercialisé sans avoir à craindre de ruptures de stock dans les marchés ? Peut-on imaginer qu’un endroit lointain, isolé, sans infrastructure et sans marché significatif comme le Groenland soit une bonne alternative ? Bien sûr que non. Vous n’avez pas simplement besoin d’une usine, vous avez besoin d’une chaîne d’approvisionnement, à savoir d’un réseau d’entreprises proches les unes des autres. Et il se trouve que la Chine domine nombre d’entre elles dans le monde entier.

Pourquoi ? Tout d’abord, la taille et la population de la Chine ont permis de créer une main-d’œuvre abondante, associée à des infrastructures compétitives qui la rendent plus abordable que partout ailleurs dans le monde. Ensuite, la taille du marché intérieur chinois et ses coûts plus bas signifient que la demande locale est très élevée, et qu’il est donc facile pour une entreprise de dégager une marge bénéficiaire. Et enfin, comme la Chine s’est déjà imposée comme la plaque tournante du commerce mondial depuis des décennies en raison de ces facteurs, cela consolide sa position, et la demande mondiale rend ensuite ses coûts encore plus attractifs. Il s’agit depuis longtemps d’un scénario gagnant-gagnant pour les entreprises.

Bien que le Vietnam et l’Inde aient été maintes fois présentés comme des alternatives, ces pays n’ont pas, pour l’instant, l’avantage concurrentiel ou les capacités nécessaires pour affronter la Chine de manière significative. Par exemple, alors que l’Inde compte 1,3 milliard d’habitants et une main-d’œuvre encore plus abordable que celle de Pékin, elle ne dispose ni de l’infrastructure ou du niveau de développement nécessaires pour reproduire le succès de la Chine à court terme, ni d’un marché de consommation aussi important. Elle a un potentiel, mais c’est à peu près tout pour l’instant. Les entreprises peuvent néanmoins considérer que l’Inde vaut la peine d’investir, mais uniquement pour ce qu’elle offre en elle-même plutôt que comme alternative mondiale à la Chine. Les récentes émeutes dans les usines du complexe d’Apple à Bangalore ont également révélé des risques d’instabilité sociale.

Deux, le Vietnam. L’économie de Hanoï représente la Chine à un stade antérieur, un État communiste qui entre dans une phase d’essor et de croissance rapide. Sa main-d’œuvre est également moins chère que celle de la Chine. Pour certains biens simples, comme les plastiques et les tissus bas de gamme, il est plus pratique pour les entreprises d’investir là, car nous devons tenir compte de l’argument selon lequel, à mesure que la Chine se développe, le type de fabrication où elle excelle évolue également. Néanmoins, il s’agit d’un pays beaucoup plus petit que la Chine, et qui ne peut en aucun cas reproduire l’ensemble de sa capacité industrielle et manufacturière sur une échelle mondiale.

Dans ce cas, il ne faut pas s’étonner si, malgré tous les discours sur le découplage et le déplacement des chaînes d’approvisionnement hors de Chine, cela ne se produit pas. Pékin domine les chaînes d’approvisionnement mondiales non pas à cause d’un grand complot visant à voler des emplois américains, mais simplement parce que son offre est plus compétitive que toutes les autres, et que des projets tels que l’initiative « Belt & Road » (nouvelle Route de la soie), la création du chemin de fer Europe-Chine, et d’autres grands projets n’ont fait que consolider sa position. De plus, les fabricants occidentaux ne se retireront pas du pays, parce que le marché intérieur de la Chine est très attractif. Ainsi, même s’ils se diversifient dans d’autres pays, ils restent en fin de compte installés en Chine.

Compte tenu de tout ce qui précède, la guerre commerciale de Donald Trump n’a pas fondamentalement réécrit le paradigme des relations commerciales entre la Chine et les États-Unis. La Chine reste un élément central des chaînes d’approvisionnement mondiales, malgré les droits de douane qu’il a mis en place, parce qu’il n’y a tout simplement pas de rivaux ou d’alternatives possibles. Les chaînes d’approvisionnement fonctionnent en fin de compte sur la base de l’accessibilité financière, de la géographie et de la commodité, et non sur des préférences politiques. L’Inde a un potentiel, mais elle a encore du chemin à parcourir.

Tom Fowdy est un analyste britannique spécialisé en politique et relations internationales, principalement avec l’Asie.

Traduction Corinne Autey-Roussel pour Entelekheia
Photo Yung-pin Pao / Pixabay

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