Les élections aux USA décodées par TIME Magazine : une révolution de couleur a-t-elle eu lieu ?

Note préliminaire : à Entelekheia, nous ne militons en aucun cas pour Trump, non plus d’ailleurs que pour Biden. Cela étant posé, les tripatouillages dans les élections américaines désormais avérés, puisque confessés via un article fracassant de Time Magazine, augurent mal de l’avenir de nos démocraties – un mot qu’on a désormais envie de mettre entre guillemets. Sommes-nous en danger de voir les mêmes manœuvres emballées dans les mêmes improbables acrobaties sémantiques dans les pays européens, alors que des « narratives » de plus en plus divorcées de la réalité plombent notre quotidien, et que, tout comme aux USA, notre vocabulaire (qui fonde notre perception du réel) cède de plus en plus à des distorsions orwelliennes, créant un monde confus et anxiogène où tout et n’importe quoi semble possible? A chacun d’en juger.


Par Nebojsa Malic
Paru sur RT America sous le titre There WAS a color revolution in the US after all – and its architects now BOAST of how they ‘fortified’ the 2020 election


Les élections présidentielles américaines de 2020 n’ont pas été « truquées », oh non, mais elles ont été « fortifiées » par une conspiration de militants unis pour sauver « Notre démocratie » du méchant homme orange, qui sont maintenant fiers de partager leur histoire dans un article en forme de confession souriante publiée par TIME magazine.

« Il y avait une conspiration qui se déroulait dans les coulisses », a écrit Molly Ball – biographe de la présidente de la Chambre Nancy Pelosi, par ailleurs – dans le magazine TIME, la décrivant comme « une vaste campagne multipartite pour protéger les élections » – un extraordinaire effort de l’ombre.

(Tweet : « Médias grand public : Les élections de 2020 n’ont pas été truquées.

Time Magazine : Vous croyez ? Attendez »)

L’article de Ball révèle beaucoup de choses, depuis les raisons pour lesquelles il n’y a eu d’émeutes de militants démocrates ni le 4 novembre, ni le 6 janvier – les organisateurs de cette « conspiration » n’en voulaient pas – jusqu’aux identités des responsables des pressions sur les États-clés pour qu’ils modifient leurs règles électorale et mettent en place le vote par correspondance, ainsi que des organisateurs des campagnes « d’information » sur les résultats de l’élection, et de ceux qui ont menacé des fonctionnaires électoraux pour les forcer à prendre la « bonne » décision et à certifier le vote.

Pendant que tout le monde – moi compris – était concentré sur les émeutes de l’été comme possible « révolution de couleur », elles se sont avérées une fausse piste. Selon TIME Magazine, la véritable action se déroulait en coulisses, alors que des militants démocrates et des syndicats unissaient leurs forces à celles des Républicains anti-Trump, de la Chambre de commerce, des grandes entreprises et de Big Tech pour s’assurer que les élections de 2020 se déroulent comme ils le souhaitaient. Ils appellent cela une victoire de la démocratie et de la volonté du peuple, bien sûr, car personne n’est jamais le méchant de sa propre histoire.

(Tweet : « Selon Time, les élections ont été « fortifiées » mais pas truquées. Certainement pas truquées. C’est de la folie, mais tout le monde devrait lire cet article pour savoir exactement jusqu’où ils sont allés »).

« Leur travail a touché tous les aspects de l’élection », écrit Ball, depuis l’obtention auprès de plusieurs États de « changements des lois sur les systèmes de vote » et le contournement des « poursuites judiciaires pour suppression d’électeurs », jusqu’au recrutement d’ « armées » de travailleurs électoraux et à des pressions exercées sur les réseaux sociaux pour qu’ils « adoptent une ligne plus dure contre la désinformation ».

Puis, après le jour du scrutin, « ils ont surveillé chaque point de pression pour s’assurer que Trump ne puisse pas inverser le résultat ». Vous n’êtes pas alarmé ? Probablement devriez-vous l’être.

(Tweet : « l’ « histoire secrète » d’une « cabale bien financée de personnes puissantes, issues de tous les secteurs et de toutes les idéologies, travaillant ensemble dans les coulisses » dans le cadre d’une « campagne fantôme » pour « sauver la démocratie » (citations, @Time magazine

On dirait ce que l’empereur Palpatine a fait dans les prequels de Star Wars »)

Qui sont donc ces sauveurs de l’ombre de Notre démocratie ? L’un d’entre eux est le coordinateur syndical Mike Podhorzer d’AFL-CIO, une institution démocrate reconnue. Un autre est Ian Bassin, conseiller associé de la Maison-Blanche au sein de la première administration Obama. La liste de son équipe « non partisane et respectueuse de l’État de droit », appelée Protect Democracy, comprend de nombreux avocats de Barack Obama, un assistant de campagne de John McCain, un rédacteur de la défunte publication néocon Weekly Standard et un membre du SPLC [une importante ONG démocrate dédiée au droits civils, NdT] , et parmi leurs conseillers figurait le candidat malheureux à la présidence et ancien espion Evan McMullin.

Gardez cela à l’esprit lorsque vous lirez la citation de Bassin selon laquelle « Toute tentative d’interférer avec le bon résultat des élections a été battue en brèche » (gras ajouté), mais « il est extrêmement important pour le pays de comprendre que cela ne s’est pas produit accidentellement. Le système n’a pas fonctionné par magie. La démocratie ne s’opère pas toute seule ». Des mots glaçants.

Un autre des membres de cet effort est Norm Eisen, également conseiller de la Maison-Blanche sous Obama. En septembre, le journal pro-Trump Revolver News a même tiré la sonnette d’alarme sur le fait qu’Eisen complotait une « révolution de couleur » – mais il était alors déjà trop tard, même si quelqu’un avait prêté attention à ce qui se passait.

Tweet : « Revolver News avait dénoncé tout cela, jusqu’au rôle spécifique de Norm Eisen »

Second tweet : « Ce pourrait être une bonne occasion de relire cet article désormais classique »)

À ce moment-là, le National Vote at Home Institute – une organisation qui existe depuis à peine deux ans, et qui a participé à l’effort – avait déjà donné aux secrétaires d’État américains des « conseils techniques sur tout, de l’identification des fournisseurs à employer jusqu’à la localisation des urnes », et leur avait même fourni des « kits d’outils de communication », c’est-à-dire des éléments de langage.

En novembre 2019 – une année entière avant les élections ! – Mark Zuckerberg, de Facebook, avait invité « neuf leaders des droits civils » à dîner, dont Vanita Gupta, l’assistante du procureur général pour les droits civils d’Obama. Ce dîner s’inscrivait dans le cadre d’une campagne de l’ombre pour « des règles plus rigoureuses » en matière de modération sur les réseaux sociaux – au cas où vous vous demanderiez comment Trump s’est retrouvé « déplateformé », ou comment il se fait que l’article du New York Post sur le portable de Hunter Biden ait été censuré avant les élections.

Ironiquement, dans le cadre de leur pression sur les Démocrates de la Big Tech, ils ont provoqué une panique à propos de mèmes internet « russes » qui auraient « influencé » les élections de 2016 – pourtant, l’article de Ball indique que deux groupes impliqués dans la « conspiration de 2020 ont créé des mèmes et des graphiques spécifiques à chaque État, et les ont diffusés par e-mail, texte, Twitter, Facebook, Instagram et TikTok, demandant instamment que chaque vote soit compté ».

Les efforts de communication de Podhorzer étaient guidés par Anat Shenker-Osorio, qui « applique les outils des sciences cognitives et de la linguistique dans son travail auprès d’organisations progressistes dans le monde entier », comme décrit sur sa biographie de 2018 de la page dédiée à sa bourse offerte par la Fondation Open Society de George Soros.

Bien que Ball ne le mentionne pas spécifiquement, les labels de « prebunking » de Twitter et Facebook sur la sécurité des bulletins de vote par correspondance, et le fait que le gagnant ne soit pas forcément connu le jour du scrutin faisaient également partie des éléments de langage des militants.

(Tweet : « C’est absolument insensé.
Le magazine Time admet littéralement qu’une cabale secrète de puissants membres de l’élite et de grandes entreprises a détourné nos élections de 2020 en orientant la couverture médiatique, en influençant les perceptions et en changeant les règles et les lois. »)

Vous vous souvenez de la façon dont les observateurs républicains ont été expulsés du centre de dépouillement des bulletins de vote à Detroit ? Selon les reportages du moment, c’était parce qu’il y avait trop de monde, mais l’article de TIME révèle qu’un militant démocrate a mobilisé « des dizaines de renforts » pour leur « faire contrepoids », si bien que finalement « les militants pour la justice raciale de l’ONG Detroit Will Breathe ont travaillé aux côtés de femmes locales de l’association féministe démocrate Fems for Dems et d’élus locaux ».

Ce sont ces militants qui ont mis au point une stratégie pour dénoncer toute contestation des comptes de vote de Detroit comme « raciste ».

Lorsque le président Donald Trump a demandé aux législateurs de la majorité républicaine du Michigan de contester les résultats, Eisen a déclaré que cela avait été « le moment le plus effrayant » des élections, et les « défenseurs de la démocratie » se sont mis au travail.

Les avocats d’Eisen ont déterré des informations sur les deux législateurs, des militants les ont harcelés dans les aéroports, des républicains anti-Trump ont passé des appels à leurs amis du parti, et l’équipe de Bassin a commandé un article d’opinion à l’avocate générale Dana Nessel (du Michigan) pour les menacer de poursuites pénales – dont son bureau a ensuite retweeté l’article. Les deux hommes ont même fait l’objet de protestations publiques devant l’hôtel Trump de Washington. Le harcèlement a fini par fonctionner : les Républicains du Michigan ont accepté de certifier les élections, et d’autres États contestés ont suivi.

(Tweet : « Ils n’ont pas truqué les élections, ils les ont « fortifiées ».

Putain, je n’arrive pas à croire que Time ait publié cette histoire »)

La partie la plus dérangeante est peut-être celle qui est enterrée à la fin de l’article. Ball révèle qu’elle a reçu un mail de Podhorzer – le coordinateur d’AFL-CIO – le matin du 6 janvier, quelques heures avant ce que les Démocrates allaient qualifier d' »insurrection » de partisans du Trump dans le Capitole américain, lui disant que la « gauche militante » décourageait « vigoureusement les contre-activités » afin de « préserver la sécurité et de s’assurer qu’on ne puisse leur reprocher aucun désordre ». [Podhorzer expliquait qu’aucun militant démocrate ne serait a priori présent devant la Maison-Blanche le 6 janvier, pour qu’on ne puisse pas leur reprocher de fomenter le « chaos », NdT]

Comment Podhorzer savait-il qu’il y aurait un « chaos » quelques heures avant la « prise d’assaut » du Capitole déclenchée, selon les Démocrates, par Trump ? Mystère.

Ce qui n’est pas un mystère, c’est le résultat de la « conspiration » révélée par Ball : un État de facto à parti unique dans lequel les Démocrates détiennent le pouvoir absolu à tous les niveaux du gouvernement, et cherchent à poursuivre les dissidents et à les priver de leurs droits. [1]

Le mois dernier, sans que l’on ait la moindre idée des coulisses de l’opération révélée dans TIME, j’ai écrit sur une guerre civile non cinétique de « cinquième génération » qui s’est déroulée comme « une bataille pour les cœurs et les esprits, une série d’opérations psychologiques sur les fronts médiatique, politique et économique ». Je soutenais qu’elle avait réussi à détrôner la République américaine au profit d’un bidule appelé « Notre démocratie » qui en conserve la forme, mais avec un contenu radicalement différent.

L’un des « héros » de l’article de Ball, le républicain anti-Trump Jeff Timmer, a été cité sur la façon dont « Notre démocratie ne survit que si nous y croyons tous et ne regardons pas vers le bas », en référence au personnage de dessin animé Vil Coyote. [2]

C’est un aveu intéressant, car le coyote est le méchant de ces dessins animés – et celui qui est en fait immunisé contre les effets de la gravité est l’oiseau coureur. Mais vous n’êtes pas censé le remarquer – et d’ailleurs, remarquer sera bientôt un crime dans « Notre démocratie ».

Traduction Corinne Autey-Roussel pour Entelekheia
Photo Pete Linforth /Pixabay

Note de la traduction :

[1] On pourrait estimer que l’auteur exagère la menace qui pèse sur les dissidents, si le lanceur d’alerte John Kiriakou (démocrate) et l’avocat constitutionnaliste John Whitehead (libertarien) n’avertissaient pas également tous deux, l’un sur Consortium News et l’autre sur le site de son institut, d’importantes dérives antidémocratiques imminentes aux USA, pendant que de son côté, sur le ton caustique qui a bâti sa notoriété, le célèbre blogueur James Howard Kunstler (démocrate) entretient l’espoir que le procès de destitution à venir de Trump soit l’ « escroquerie de trop ».

[2] En effet, Vil Coyote ne tombe dans les précipices où il a coutume de foncer que s’il regarde vers le bas. Tant qu’il maintient son regard fixé sur l’horizon et qu’il ne réalise pas, pendant quelques secondes, que plus rien ne le soutient, il reste en apesanteur.

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