Le New York Times accuse la Chine d’influencer l’OMS, mais qui influence qui ?

Le « fardeau de l’homme blanc » de Kipling (à savoir la « mission civilisatrice » de l’Occident) n’a jamais disparu des consciences, il a seulement été mis au goût du jour. Malgré son histoire de colonisations, de guerres d’agression et de pillages, et ses « repentances » de pure forme actuelles, à « gauche » comme à droite, l’Occident reste en effet convaincu de sa supériorité morale.

Nous pouvons toujours jouer les « woke », faire tomber des statues ou encourager « la diversité » pour nous donner bonne conscience, tant que nous n’aurons pas accepté que des pays non-occidentaux puissent avoir raison et nous tort, la situation n’aura pas avancé d’un pas. Elle peut même, au contraire, régresser, notamment via la mentalité soi-disant progressiste intégrée par nos médias grand public. Car le progressisme sociétal, incarnation même de la bonne conscience donneuse de leçons low cost, se retrouve bien souvent à jouer les cautions de la supériorité autoproclamée de l’Occident, par opposition à d’autres pays moins libéraux souvent soupçonnés d’être arriérés, obscurantistes ou carrément nuisibles. Attention au piège !


Par Tom Fowdy
Paru sur RT America sous le titre NYT accuses China of twisting WHO’s arms, but MSM are the ones twisting the narrative


Suite à la mission de l’OMS en Chine qui n’a pas réussi à trouver la preuve de la culpabilité de Pékin dans la propagation du Covid-19, les médias font tout leur possible pour discréditer leurs conclusions – étalant ainsi leur propagande aux yeux de tous.

La politisation de la pandémie de Covid-19 fait rage. Suite aux conclusions de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) qui ne correspondaient pas à la « version occidentale » des faits, le New York Times a été le fer de lance de la pression des médias grand public occidentaux pour reprendre le contrôle de la « narrative » officielle, accusant l’OMS d’affirmer que la Chine leur avait caché des données critiques concernant le début de l’épidémie de Covid-19 à Wuhan. Sans surprise, d’autres médias, dont la BBC, ont pris le train en marche, tout comme l’administration Biden et le gouvernement britannique, qui ont tous deux accusé la Chine de manquer de transparence.

Sauf que ce n’était pas tout à fait la vérité. Suite à la publication de l’article du NYT, deux médecins participants de la mission de l’OMS à Wuhan se sont mis à Twitter et ont accusé le New York Times d’avoir intentionnellement déformé leur propos et d’avoir choisi de privilégier leur version plutôt que les faits. Ils ont déclaré que la Chine avait en fait été ouverte, coopérative et serviable envers eux. Et une fois de plus, sans surprise, les médias grand public n’ont pas donné suite à ces commentaires. Tout ceci est advenu alors qu’une « étude » de l’AP et de l’Atlantic Council accusaient Pékin d’être l’un des plus grands acteurs de la désinformation concernant le virus.

(Tweet au-dessus du lien sur l’article du New York Times : « Ce n’est pas mon expérience de la mission de la @WHO (l’OMS)
En tant que responsable du groupe de travail sur les animaux/l’environnement, j’ai trouvé de la confiance et de l’ouverture auprès de mes homologues chinois. Nous avons eu accès à des nouvelles données critiques tout au long de la mission. Nous avons amélioré notre compréhension des voies de propagation probables. »)

Je ne pense pas que ce soit le cas. Il devrait être clair pour tout le monde qu’un seul bord opte de manière répétée pour la désinformation, les théories du complot et le jeu des bons points et des blâmes concernant le Covid-19, et ce bord n’est pas la Chine.

Les citations délibérément erronées de plusieurs experts affiliés à l’OMS, dans le but de jeter le doute sur leurs conclusions à Wuhan et de maintenir le fardeau de la responsabilité de l’épidémie sur Pékin devraient être un énorme signal d’alarme sur le niveau d’opportunisme et de tromperie qui a été mis en œuvre tout au long de cette crise, en coordination entre les médias et les gouvernements. Seul le sentiment d’autosatisfaction de l’Occident empêche le public de s’en rendre compte.

(Tweet : « Ce n’était pas NON PLUS mon expérience du côté épidémiologique. Nous avons établi de bonnes relations dans l’équipe Epi internationale-chinoise ! Le fait de permettre des discussions animées reflète un niveau d’engagement profond de tous. Nos citations sont intentionnellement faussées et jettent une ombre sur des travaux scientifiques importants. »)

Vérité et propagande

Lorsqu’il s’agit de questions de politique étrangère, le public occidental, dans sa majorité, souffre d’un angle mort persistant qui lui fait croire tout ce qu’on lui dit, même s’il se méfie ouvertement de ses propres gouvernements lorsqu’il s’agit de questions intérieures. Boris Johnson ou Donald Trump [ainsi que Macron en France, NdT], par exemple, sont considérés comme des menteurs notoires dans tous leurs propos sur le plan intérieur, mais quand ils disent que la Chine est mauvaise, c’est considéré comme indubitablement vrai. Pourquoi en est-il ainsi ? La raison est que le sentiment de supériorité morale de l’Occident, sa croyance en sa mission et en sa droiture inhérente déforme la réalité. C’est une « fausse conscience » parfaite. Le public occidental comprend ses pays non pas comme des colonisateurs et des exploiteurs, mais comme des héros et des sauveurs éclairés, qui seuls détiennent « la seule vérité politique et morale » et s’arrogent le droit divin de la prêcher aux autres.

Sur la scène internationale, le public occidental part du principe que l’Occident ne peut pas faire de mal, que ses motivations sont toujours « bonnes » et « pures ». La moralité est supposée exister indépendamment de la réalité matérielle, ce qui fausse la vérité sur la manière dont les intérêts des pays occidentaux et leurs programmes politiques opèrent sur le terrain, et donc sur la manière dont la tromperie peut être perpétrée sous couvert de « sentiment des valeurs ». Cela crée également une « altérité » binaire envers les autres pays, qui suppose que la « propagande » est une chose dont seuls les États adversaires de l’Occident sont capables, et non ses propres gouvernements. En fin de compte, les administrations occidentales, en collaboration avec les médias, ont toute latitude pour tromper, fabriquer le consentement de leur population et s’en tirer sans discrédit. Seuls des pays comme la Chine pratiquent la « désinformation ».

Un virus politique

En raison de cette tendance, le public occidental a été soumis à une tromperie et à une déviation politique à grande échelle concernant le Covid-19, qui a visé à plusieurs reprises à faire porter la responsabilité politique et l’obligation de rendre compte de la maladie principalement à la Chine, et à faire passer Pékin pour opaque et malhonnête. Cette propagande s’est également nourrie de la mentalité xénophobe, qui considère les épidémies comme un produit « étranger » provenant de nations « arriérées », et qui seraient impossibles dans l’ « Occident civilisé ».

Personne ne signale la façon dont l’Occident lui-même a en fait diffusé sa désinformation par divers canaux, y compris via des théories du complot concernant les origines du virus en laboratoire, une réelle obsession pour les chiffres du Covid-19 en Chine – et bien sûr via un développement récent stupéfiant qui consiste à trier et à déformer les propos des experts affiliés à l’OMS de la mission en Chine. Parce qu’ils soupçonnent toujours Pékin de tromperie, les publics occidentaux ne semblent pas être en mesure de comprendre ce que font leurs propres gouvernements et médias. L’Occident a d’abord cherché à faire passer le Covid-19 pour un échec idéologique en Chine, puis, lorsqu’elle l’a surmonté et que le virus a frappé chez lui, il est passé à des reproches en rafale. Le motif en est simple à comprendre : la Chine ne doit en aucun cas apparaître comme supérieure sur le plan idéologique.

Compte tenu de tout cela, il est temps de se demander qui fait réellement la propagande ici, et qui dit la vérité. Il semble que l’administration Biden, et les principaux médias en général, ne se contenteront de rien de moins que d’une grande conspiration destinée à faire porter la responsabilité maximale à Pékin. Tout fait, toute vérité scientifique et tout résultat qui dépeindrait une réalité plus nuancée et plus équilibrée, à savoir que que le Covid-19 était une maladie inconnue qui s’est répandue de manière inconnue à l’époque, est à chaque fois balayé d’un revers de la main. Pour le public occidental, cela devrait être un énorme signal d’alarme sur les véritables motivations du programme en cours ici.

Tom Fowdy est un analyste britannique de la politique et des relations internationales spécialisé sur l’Asie.

Traduction et note d’introduction Corinne Autey-Roussel

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