Les USA recommencent à bombarder la Syrie en arguant absurdement d’autodéfense

Il suffit de se pencher sur le droit international pour très vite s’apercevoir qu’il n’y en a pas, faute d’un organisme supranational neutre et incorruptible pour le faire appliquer – une situation dont les USA profitent pour faire régner un régime de terreur dans les pays qu’ils choisissent d’attaquer. La réalité géopolitique de terrain, c’est la loi du plus fort inscrite dans un monde dont les règles ne sont que des mots vides vecteurs de propagande : « droits de l’homme », « valeurs occidentales »… A nous de ne plus nous laisser berner. En attendant, il n’a pas fallu 36 jours à Biden pour bombarder un pays du Moyen-Orient, et de plus sans l’approbation du Congrès des USA, c’est à dire illégalement, autant au regard du droit international que de celui de son pays.


Par Caitlin Johnstone
Paru sur RT et Consortium News sous le titre US Bombs Syria & Ridiculously Claims Self Defense


Sur ordre du président Biden, les États-Unis ont lancé une attaque aérienne sur une installation en Syrie. Au moment où nous écrivons ces lignes, le nombre exact de morts et de blessés est inconnu, les premiers rapports faisant état d’une « poignée » de personnes tuées. [Selon diverses sources, de une à vingt-deux personnes ont été tuées, NdT]

Plutôt que de faire quelque chose qui ressemble, même de loin, à du journalisme, les médias occidentaux ont choisi de répéter sans recul critique ce que les responsables américains leur ont dit à propos de la frappe aérienne, ce qui revient à publier des communiqués de presse du Pentagone.

Voici ce que dit le Washington Post :

L’administration Biden a mené un raid aérien contre des combattants présumés liés à l’Iran en Syrie jeudi, signalant son intention de contrer la violence apparemment commanditée par Téhéran.

Le porte-parole du Pentagone John Kirby a déclaré que l’attaque, la première action ordonnée par l’administration Biden pour contrer la violence présumée liée à l’Iran en Irak et en Syrie, à un point de contrôle frontalier de l’est de la Syrie, a été « autorisée en réponse aux récentes attaques contre le personnel américain et de la coalition en Irak, et aux menaces actuelles ».

Il a déclaré que les installations étaient utilisées par des milices liées à l’Iran, notamment les Kataeb Hezbollah et les Kata’ib Sayyid al-Shuhada.

L’opération fait suite à la dernière attaque sérieuse contre des sites américains en Irak, que des responsables américains ont attribué à des groupes liés à l’Iran opérant en Irak et en Syrie. Au début de ce mois, un attentat à la roquette dans le nord de l’Irak a tué un sous-traitant de l’armée américaine et blessé un soldat américain.

On nous dit donc que les États-Unis ont lancé un raid aérien sur la Syrie, une nation qu’ils ont envahie et qu’ils occupent illégalement, en raison d’attaques contre des « sites américains » en Irak, une autre nation que les États-Unis ont envahie et qu’ils occupent illégalement. Cette attaque est justifiée par le fait que les combattants irakiens étaient « liés à l’Iran », une affirmation qui d’une part, n’est absolument pas prouvée et d’autre part, qui n’a aucun rapport avec une quelconque justification possible d’un recours à une force militaire meurtrière. Et c’est ça qui est présenté comme une opération défensive dans les principales publications d’information…

Tout cela ressemble à un communiqué du Département de la défense. L’armée américaine est une force d’invasion en Syrie et en Irak ; il est impossible que ses actions dans l’un ou l’autre de ces pays soient défensives. Elle est toujours forcément l’agresseur. Ce sont les gens qui essaient de les éjecter qui agissent de manière défensive. La mort des soldats et des sous-traitants américains dans ces pays ne peut être imputée qu’aux leaders qui les y ont envoyés.

Les États-Unis considèrent simplement comme acquis qu’ils ont de facto juridiction sur les nations de Syrie, d’Irak et d’Iran, et que toute tentative d’interférer avec leur autorité dans la région est une attaque irraisonnée contre laquelle ils doivent se défendre. C’est une attitude totalement inversée et illégitime. Ce n’est qu’à travers les tunnels les plus pervers et dévoyés de la réalité suprémaciste américaine qu’il peut sembler valable de dicter les affaires de nations souveraines situées de l’autre côté de la planète, et de répondre par la violence si quelqu’un, dans ces nations, tente de les éjecter.

(Tweet : Pour rappeler à l’Iran qui est le patron – au lieu de la diplomatie qu’il avait promise – Biden choisit d’agir comme la défense aérienne de Daesh. (Ce sont eux que la « milice soutenue par l’Iran » combat depuis longtemps)

Il est totalement illégitime pour les États-Unis d’être présents, tout court, au Moyen-Orient. Il est illégitime pour les États-Unis de prétendre agir de manière défensive dans des pays qu’ils ont envahis. Il est illégitime pour les États-Unis d’agir comme si des combattants soutenus par l’Iran n’étaient pas autorisés à se trouver en Syrie, où ils se battent aux côtés du gouvernement syrien contre Daesh et d’autres milices extrémistes, avec la permission de Damas. Il est illégitime pour les États-Unis de prétendre que les combattants qui attaquent le personnel américain en Irak sont contrôlés par l’Iran, alors que les Irakiens eux-mêmes ont toutes les raisons de vouloir que les États-Unis quittent leur pays.

Même le récit officiel, lu à travers la propre vision du monde des USA, se révèle illégitime. CNN rapporte que le site de la frappe aérienne « n’était pas spécifiquement lié aux attaques à la roquette » en Irak, et selon un communiqué de presse Reuters/AP, « les responsables de l’administration Biden ont condamné l’attaque à la roquette du 15 février près de la ville d’Irbil, dans la région semi-autonome kurde d’Irak, mais pas plus tard que cette semaine, les officiels ont indiqué qu’ils n’avaient pas déterminé avec certitude qui l’avait perpétrée ».

Tout cela est typique de la vision du monde suprémaciste américaine que les médias occidentaux nous font avaler. Les États-Unis peuvent bombarder qui ils veulent, quand ils veulent, et quand ils le font, c’est uniquement pour se défendre, parce que la planète entière est la propriété de Washington DC. Ils peuvent prendre le contrôle de groupes entiers de nations, et si l’une de ces nations résiste de quelque manière que ce soit, elle empiète sur la souveraineté américaine.

C’est comme si vous entriez par effraction dans la maison de votre voisin pour le voler, que vous le tuiez s’il essayait de vous arrêter, puis que vous invoquiez la légitime défense parce que vous considérez sa maison comme votre propriété. Dans l’univers alternatif exceptionnaliste américain uniquement, ce type de pensée est considéré comme normal et acceptable.

(Tweet : Les Américains : un chèque de 2000 dollars, s’il vous plaît
Gouvernement : Pardon, vous avez demandé des frappes contre la Syrie ? 
Les Américains : Non, des chèques de 2000 dollars
Gouvernement : OK, puisque vous l’avez demandé poliment, voici vos frappes contre la Syrie.)

Ce genre d’absurdité explique pourquoi il est si important de donner la priorité à l’opposition à l’impérialisme occidental. Le bellicisme et la domination sont le front sur lequel se déroulent les pires maux infligés par les puissants, et ils jouent un rôle crucial dans le maintien des structures de pouvoir. Sans guerre perpétuelle, l’empire oligarchique qui est la cause de tant de nos souffrances ne peut pas fonctionner et doit céder la place à un autre système. Si vous cherchez à jeter votre grain de sable dans les rouages de la machine, l’anti-impérialisme est la voie la plus efficace pour y parvenir, et devrait donc être une priorité.

En Amérique surtout, il est important de s’opposer à la guerre et à l’impérialisme, car l’empire entier dépend du maintien de sa population locale dans la pauvreté et un bombardement permanent de propagande, donc incapable d’exiger la redirection des ressources de la nation vers son bien-être. Tant que les États-Unis fonctionneront comme le centre d’une structure de pouvoir mondiale, toutes les réformes demandées par ce qui passe pour de la « gauche » de nos jours aux USA lui seront refusées. L’opposition aux guerres doit passer en premier.

S’opposer à l’impérialisme et à la suprématie américaine touche directement au cœur de nos problèmes dans ce monde, c’est pourquoi tant d’efforts sont consacrés à nous maintenir concentrés sur des politiques identitaires et autres polémiques creuses destinées à nous faire perdre du temps et de l’énergie, et qui ne gênent en rien les puissants. Si vous voulez vaincre un crocodile, vous devez d’abord lui fermer et lui attacher la gueule. Si vous voulez abattre un empire mondial, vous devez d’abord lui ôter ses armes. S’opposer au bellicisme et tuer la confiance du public dans sa propagande est la meilleure façon de le faire.

Traduction et note d’introduction Corinne Autey-Roussel
Photo Joe Lauria, vue aérienne nocturne du Pentagone

Ajouter un commentaire

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.

%d blogueurs aiment cette page :