À part quelques changements cosmétiques, Biden maintient la politique étrangère de Trump

Paru sur Misiòn Verdad sous le titre Joe Biden continúa la política exterior de Donald Trump


Ceux qui se réjouissaient d’un changement de visage à la Maison Blanche peuvent commencer à être une nouvelle fois déçus. Le président Joe Biden ne semble pas répondre aux attentes de ceux qui ont placé de l’espoir en lui, que ce soit en matière de politique étrangère ou de gestion intérieure.

Par exemple, le récent bombardement du territoire syrien à la frontière irakienne a signifié la réouverture du champ de bataille par l’administration démocrate au Moyen-Orient, selon l’analyse d’Elijah Magnier. C’était un message bipartisan des États-Unis à l’Iran : soit vous vous soumettez à nos conditions, soit il y aura des répercussions guerrières. La carotte et le bâton sont les deux faces d’une même pièce.

En outre, en un mois de mandat, l’administration Biden a procédé à la démultiplication des mesures qui étaient déjà en cours sous l’administration Trump, dans une continuité des procédures stratégiques, même si l’on peut certainement s’attendre à ce que l’approche belliciste soit plus présente par rapport à l’administration républicaine précédente, étant donné l’historique de l’équipe Biden et du président en fonction lui-même.

Avant l’attaque illégale contre le territoire syrien, fin janvier, les États-Unis avaient déjà ordonné le bombardement de la Somalie et l’envoi de troupes supplémentaires en Irak via l’OTAN, approuvé des millions de dollars de contrats d’armement avec Raytheon et poursuivi les guerres au Yémen et en Afghanistan. Et Washington continue de soutenir les efforts visant à maintenir Jovenel Moïse à la présidence haïtienne, s’immisce dans les élections équatoriennes, poursuit la persécution judiciaire de Julian Assange, mène des guerres économiques contre les populations et les gouvernements de Syrie, du Liban, d’Iran, de Cuba et du Venezuela, et traite un grand nombre de citoyens américains comme des « terroristes intérieurs ».

Sans compter que, malgré les importantes sommes d’argent réservées à l’appareil militaire et aux groupes financiers, l’administration Biden refuse l’émission de chèques de 2 000 dollars aux Américains dans le besoin en raison de la crise économique et du covid, en plus de s’opposer à l’augmentation du salaire minimum à 15 dollars. C’est de cela dont se sont plaints la majorité des des Américains eux-mêmes, alors que la ferveur gouvernementale pour des décisions et actions militaires battait son plein.

Une politique étrangère en forme de reflet dans un miroir

Il est vrai que le président Biden a été très critique à l’égard de la politique étrangère de son prédécesseur, le magnat Donald Trump, mais à l’exception de changements mineurs, si l’on observe les mesures prises par l’administration précédente et qu’on les compare à celles de l’administration actuelle, ce ne sont que des mots.

Comme le démontre l’historien américain Eric Zuesse dans un article récent, le président actuel a promis de mener sa politique étrangère sur la base de « valeurs » et non de modèles transactionnels, et effectivement tous les coups d’État, invasions et « sanctions » économiques contre les pays cibles des États-Unis se sont fondés sur le prétendu « manque de démocratie » de leurs États et la « violation des droits de l’homme » de leurs gouvernements, comme si la Maison Blanche elle-même était le porte-drapeau mondial de l’un ou l’autre.

Mais il faut tenir compte, comme nous le rappelle l’auteur, du fait que les États-Unis ont le pourcentage mondial le plus élevé de population carcérale, des gens pour la plupart pauvres et sans droits en termes de défense juridique. Sans parler des immigrés : les enfants immigrés dans ce pays retournent dans les « cages » imposées sous l’administration Trump, et qui ont été rouvertes par Biden pour soi-disant les protéger du coronavirus.

La continuité des politiques de Trump et de Biden est donc structurelle, avec des rhétoriques différentes mais des contextes conceptuels et d’action presque identiques.

La politique de deux poids, deux mesures de l’Amérique du Nord atteint des niveaux inusités lorsqu’il devient évident que trois de ses principaux alliés au Moyen-Orient, les Émirats Arabes Unis, l’Arabie Saoudite et Israël, sont tout aussi tyranniques, sinon plus, que les Américains eux-mêmes. Examinons l’affaire saoudienne.

L’assassinat du journaliste saoudien Jamal Khashoggi en 2018, dont le corps a été démembré et découpé en morceaux au consulat du Royaume à Istanbul, la capitale turque, a été décrit comme un cas d’école d’alliés des États-Unis qui ne reçoivent pas les mêmes « châtiments » que d’autres États de la part de Washington. Bien que les agences de renseignement des USA tiennent pour responsable le prince héritier Mohammed ben Salmane, comme cela a déjà été signalé, la « sanction » maximale que le mastodonte occidental en déclin entend imposer est une demande de démantèlement de l’équipe de sécurité du prince.

La monarchie saoudienne avait reçu un traitement similaire, à peine une réprimande, sous l’ère Trump, lorsque Ben Salmane a commencé à être soupçonné d’être le cerveau de l’assassinat de Khashoggi. En fait, il n’y a pas même eu une seule réprimande, alors le gouvernement des Saoud est l’un des plus grands protecteurs de l’idéologie djihadiste dont se réclament des entités telles que le groupe État islamique (Daesh) et Al-Qaida, censés être de grands ennemis de la Maison Blanche.

D’autre part, l’administration Trump s’est retirée du soi-disant accord nucléaire iranien, mais l’administration Biden exige que la République islamique revienne la première au dit accord multinational avant de reprendre les négociations ; une provocation à tous point de vue, l’Iran étant la partie lésée par les « sanctions » économiques, financières et commerciales des USA.

Cette « initiative » de Biden n’est rien d’autre que de l’extorsion absurde étalée aux yeux de tous, mais les États-Unis exigent également que l’accord nucléaire comprenne une clause de restrictions sur le programme de missiles de l’Iran, une question qui ne figurait pas dans l’accord initial de 2015.

De plus, la guerre en Syrie s’intensifie avec l’implication directe du Pentagone. Après l’entrée en fonction de l’administration Biden, les premiers convois d’armes et de matériel logistique ont été envoyés à Hasakah, où les États-Unis maintiennent des bases illégales et où l’État syrien compte parmi ses propriétés un important puits de pétrole. On y extrait une bonne quantité de pétrole brut, qui a d’abord été volé par les miliciens de Daesh et qui est maintenant illégalement annexé par le gouvernement américain.

Cette prise de contrôle américaine des puits de pétrole en Syrie est en cours depuis l’ère Obama, qui utilisait les groupes djihadistes comme envahisseurs et gardiens, puis les a remplacés par des soldats américains. Le projet s’est poursuivi sous la présidence de Trump, et Biden prévoit de le consolider. Le transfert de combattants de Daesh par les forces américaines (et non en tant que prisonniers) de leur base illégale de Hasakah vers un lieu situé dans la province de Deir Ezzor le confirme.

En effet, selon Zuesse, le but du stratagème serait de remettre le contrôle du gouvernement syrien à la monarchie saoudienne, un plan qui aurait été convenu avec le Département d’État US depuis le milieu du 20ème siècle.

Mais l’historien américain va plus loin :

Comme pour Hitler, tout cela est beaucoup plus compliqué qu’il n’y paraît [*], sauf que (comme pour Hitler) le mal qui le motive et qui menace le monde entier n’est que trop réel. On ignore si le régime américain ira jusqu’à une autre guerre mondiale pour l’imposer à la planète (comme Hitler aspirait à le faire). Hitler est arrivé jusque-là, mais il a perdu la guerre. Et son esprit (moins l’antisémitisme) a pris le dessus à Washington, mais avec une rhétorique plus « gentille ». Les résultats, à l’ère nucléaire, seraient que tout le monde y perdrait. La seule façon d’arrêter cela serait d’arrêter Washington, mais c’est une décision que seuls les pays vassaux de Washington peuvent prendre, si tant est qu’ils le fassent ».

Compte tenu de la prolongation de la politique étrangère des derniers présidents américains, il est très peu probable – aussi peu probable que la « paix mondiale »- que les « locataires » de la Maison Blanche se dressent contre les desseins de la « nation indispensable ». C’est une « stabilité » qu’ils sont prêts à maintenir, même si l’instabilité est en réalité la monnaie des États-Unis dans sa politique étrangère.

Espérons que la Maison Blanche insiste sur ce qu’elle propose depuis des décennies comme « destinée manifeste » (lien en français) hyper-militarisée, mais avec une rhétorique « progressiste » assez révélatrice de son hypocrisie pour que le monde se réveille.

Traduction Corinne Autey-Roussel
Illustration Gerd Altmann / Pixabay

[*] Note de la traduction : Voir le Mythe de la bonne guerre, de Jacques R. Pauwels

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