Monde occidental : notre épidémie de troubles mentaux est causée par la folie du système

Il y aurait beaucoup plus à étudier sur les interactions entre le système (néo)libéral et les gens forcés de s’y adapter, quitte à lui céder leur santé mentale, que l’auteur n’en dit dans cet article. Mais Caitlin Johnstone a au moins le mérite d’aborder le sujet, alors qu’il est trop souvent occulté par ceux-là même qui font profession de critiquer le système ou de soigner les pathologies mentales qui en résultent.


Par Caitlin Johnstone
Paru sur RT America sous le titre The world’s mental health epidemic is being caused by the madness of the system we’re forced to live under


Êtes-vous psychologiquement incapable de suivre le rythme effréné que vous impose le capitalisme juste pour survivre ? Bienvenue au club : nous sommes tous déprimés parce que nous sommes coincés dans des emplois sans avenir qui ne font que transformer des millionnaires en milliardaires.

Combien de diagnostics de troubles mentaux sont en réalité le fait de personnes qui luttent pour s’adapter à un système capitaliste amoral, destructeur, écrasant, dominateur, frustrant et dépourvu de sens ?

C’est certainement l’une des questions les moins étudiées dans le domaine de la psychologie moderne. Les gens en général et les chercheurs en particulier ne pensent que trop rarement à prendre du recul par rapport aux données qu’ils examinent, à considérer le contexte social dans lequel ces données s’inscrivent, et à se demander s’il y a quelque chose, dans ce contexte particulier, qui donne lieu aux ensembles particuliers de données qu’ils étudient.

Combien de diagnostics de troubles mentaux sont en réalité le fait de personnes qui ne s’adaptent pas bien au capitalisme ? Cela vaut la peine de se pencher sur la question. Combien de personnes finissent par consulter des professionnels de la santé mentale parce qu’elles se retrouvent psychologiquement incapables de suivre le rythme frénétique qui leur est imposé pour « gagner leur vie » dans leur entreprise ? Ou plus tôt dans leur enfance, parce qu’ils sont incapables de naviguer avec succès dans le centre de formation au capitalisme qu’est l’école actuelle ? Combien de personnes reçoivent un diagnostic, et les flacons de pilules correspondants, simplement parce qu’elles ne peuvent pas marcher au pas de charge du capitalisme ? [1]

Au-delà de cela, combien de personnes sont poussées vers la maladie mentale par la folie de notre système actuel ? Combien de personnes souffrent d’une dépression ou d’une anxiété bien réelles résultant de la pression exercée sur elles pour qu’elles continuent à produire des futurs déchets dans des emplois insignifiants, qui ne servent à rien d’autre qu’à transformer des millionnaires en milliardaires ? Combien de personnes s’effondrent tout simplement sous le poids de l’insécurité financière, de l’insécurité alimentaire, de l’insécurité du logement, de l’insécurité de l’emploi, combinées à aux effets secondaires de tentatives désespérées d’automédication de leur stress ?

Combien de ces facteurs de stress sont exacerbés par le fait qu’ils sont psychologiquement assiégés, jour après jour, par la propagande des médias grand public, qui leur fait croire que tout est normal et que s’ils ne peuvent pas suivre, c’est leur faute ? Que c’est bien et normal qu’il y ait des milliardaires et des immeubles vides alors qu’ils luttent pour garder un toit au-dessus de leur tête ? Qu’il est normal que la richesse et les ressources de leurs pays servent à bombarder des gens à l’étranger, alors qu’ils sont obligés de choisir entre s’offrir des soins de santé ou de la nourriture ?

Et quid de la propagande capitaliste connue sous le nom de publicité ? Comment notre équilibre psychologique est-il affecté par un tir de barrage ininterrompu de messages selon lesquels nous sommes déficients d’une façon ou d’une autre, et qu’il nous manque ceci ou cela, des choses que nous nous devons obtenir à tout prix pour enfin trouver une complétude ? Que nous ne sommes pas assez beaux, pas assez minces, pas assez à la mode, pas assez riches, que nous ne possédons pas assez de ces articles haut de gamme que seuls les gens aisés peuvent s’offrir ?

J’oserais dire que tout cela a un impact majeur sur notre esprit. On peut être angoissé sans être pauvre, mais on ne peut pas être pauvre sans être angoissé. [2] Notre modèle fondé sur la concurrence utilise le stress de la perte potentielle du statut et de la vie de chacun pour que tous les esclaves fassent tourner les rouages de la machine, et ce stress est désormais inclus dans le tissu même de notre société. Il est tellement ancré dans notre réalité quotidienne qu’il faut prendre un peu de recul pour le voir.

Comment réagir au mieux à cette situation déprimante ? Comment éviter de se noyer dans un paradigme politique et économique nihiliste et sans âme ? Comment trouver un sens à sa vie dans le contexte d’un système vide de sens, qui réduit votre bien-être psychologique pour alimenter ses batteries ?

Eh bien, il est facile de répondre à cette question. Vous trouvez un sens, à l’intérieur d’un système vide de sens, en travaillant à la destruction de ce système.

Faites tout ce que vous devez faire pour survivre, y compris prendre des traitements psychiatriques si nécessaire, et avec le temps et l’énergie qui vous restent, jetez du sable dans les rouages de la machine. Faites tout ce que vous pouvez pour bouleverser le statu quo. Engagez-vous dans le militantisme. Adhérez à un syndicat. Créez un syndicat. Lancez un podcast. Ouvrez un compte Twitter. Par-dessus tout, travaillez à faire prendre conscience aux autres de ce qui se passe réellement dans notre monde, car c’est le point le plus faible de l’armature de la machine en ce moment.

Si l’alliance transnationale floue de ploutocrates et d’agences gouvernementales qui constitue notre véritable gouvernement travaille aussi dur à sa propagande, c’est parce qu’elle a besoin du consentement des gouvernés pour gouverner ; nous sommes beaucoup plus nombreux qu’eux et nous pouvons les évincer, si un nombre suffisant d’entre nous décide de ne plus adhérer à leur paradigme. Dans une société occidentale qui doit essayer de soutenir la liberté d’expression, au moins en apparence, le meilleur front sur lequel attaquer sa structure de pouvoir est le front de l’information.

Ils ne peuvent pas tous nous tuer et nous emprisonner, donc si nous nous éveillons tous à l’oppression que nous subissons et à ceux qui nous oppriment, nous pouvons utiliser le pouvoir du nombre pour les chasser et les remplacer par un modèle plus sain. Le travail des propagandistes est d’empêcher que cela se produise. Notre travail, à vous et moi, est au contraire de faire en sorte que cela arrive.

Alors aidez à sensibiliser les gens aux injustices de notre système, autant de personnes que vous le pouvez, par tous les moyens auxquels vous avez accès. Sensibilisez-les aux abus du capitalisme. Aux abus de l’impérialisme. Aux abus de la propagande des médias grand public. Apprenez tout ce que vous pouvez sur la folie de notre système actuel et partagez ce que vous avez appris avec le plus grand nombre de personnes possible.

Tous les changements positifs dans le comportement humain découlent d’une prise de conscience croissante des dynamiques sous-jacentes qui les engendrent, qu’il s’agisse des dynamiques psychologiques qui sous-tendent les comportements de dépendance ou de compulsion d’un individu, ou des dynamiques de pouvoir qui sous-tendent les comportements meurtriers et oppressifs d’un empire mondialiste. Si vous êtes à la recherche de sens, vous le trouverez dans l’aide à cette prise de conscience.

Nous avons absolument la capacité de nous éloigner de ce modèle basé sur la compétition, générateur de misère, qui nous étouffe tous et de le remplacer par un modèle dans lequel nous coopérerons les uns avec les autres, et avec notre écosystème, vers la santé, la beauté, la vérité et l’épanouissement. S’il y a un sens à trouver dans notre monde, il se trouve dans cette direction.

Traduction et note d’introduction Corinne Autey-Roussel
Photo Free-Photos / Pixabay

Notes de la traduction :

[1] Contrairement à ce qu’on nous fait croire, ceux qui n’arrivent pas à suivre le rythme imposé par le capitalisme néolibéral ne sont pas « des faibles ». Ce sont souvent des gens sensibles, talentueux, trop nobles d’esprit pour s’abaisser à tenter de s’adapter à un monde amoral, ou tout simplement bâtis pour s’épanouir dans un environnement plus humain. Tout le monde n’a pas la capacité à s’adapter à la déshumanisation de la société sans dégâts personnels. Est-il même souhaitable d’avoir cette capacité ?

[2] On peut être pauvre sans en être angoissé : une simple observation, par exemple, des habitants des petits villages reculés de l’Afrique subsaharienne – des pauvres parmi les pauvres, qui respirent souvent la joie de vivre malgré un contexte d’adversités bien réelles – suffit à s’en convaincre. C’est d’ailleurs ce qui a fait penser que les gens névrosés sont typiquement des Occidentaux. Mais, ces personnes africaines vivent dans un monde où elles ne sont pas bombardées, jour après jour, par des oukases ou des culpabilisations diverses visant à les pousser à s’adapter à un matérialisme indépassable, à consommer plus, et encore plus, et à avoir honte si elles n’en ont pas les moyens. Conclusion : c’est bien le cadre social qui crée ou non de l’anxiété, des frustrations et des névroses handicapantes.

1 réponse

  1. 26 mars 2021

    […] Faut-il revenir à des fondamentaux pour repartir sur des bases saines ? C’est probablement une question vitale […]

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