Au secours, Biden veut sauver la planète !

Par Jonathan Tennenbaum
Parus sur Asia Times sous le titre Watch out! Biden wants to save the planet


Ceci est le premier article d’une série.

Le plan pour le climat du président Joe Biden est une vision grandiose, combinant des échos délibérés du New Deal de Franklin Roosevelt avec une approche de type intensif de développement technologique, à l’exemple du programme Apollo des années 1960. Si cela fonctionne, la planète Terre et l’économie américaine seront sauvées en même temps.

Biden a promis d’établir un leadership américain pour sauver la planète d’une apocalypse climatique imminente. Ses nominations d’activistes climatiques reconnus à des postes importants de son administration, ainsi que ses premières salves de décrets, confirment son intention de faire du climat le sujet central de toutes les sphères d’activité du gouvernement américain.

Il appelle cela « la crise climatique prise en main par l’ensemble du gouvernement ».

Biden a notamment ordonné la réalisation d’une évaluation officielle (National Intelligence Estimate, NIE) sur la menace que représente le changement climatique pour la sécurité nationale américaine. Il a fait officiellement du climat l’axe prioritaire de la politique étrangère américaine.

Cela donne la nette impression que l’administration Biden a l’intention de profiter de la crise climatique pour réaffirmer la primauté de la puissance américaine dans les affaires internationales. Bien au-delà de son adhésion à l’Accord de Paris dès le premier jour de son mandat, Biden a clairement indiqué que les États-Unis se chargeront de faire appliquer les mesures de réduction des émissions de CO2 au niveau mondial – et il a l’intention de se concentrer tout particulièrement sur la Chine.

Dans le même temps, Biden s’est engagé à faire du climat le centre de la politique économique intérieure des États-Unis. Des récents décrets contiennent déjà des éléments de sa promesse de campagne de consacrer 2 000 milliards de dollars à la construction d’une infrastructure nationale « propre » – créant ainsi des millions de nouveaux emplois et stimulant l’innovation et la croissance économique.

Si tout se passe comme prévu, d’ici 2035, les États-Unis devraient produire de l’électricité sans CO2 à 100% et, d’ici 2050, les émissions nettes totales devraient être nulles.

L’une des premières mesures concrètes consiste à lancer la planification du remplacement de l’ensemble du parc automobile de plus de 600 000 véhicules utilisés par le gouvernement fédéral et le service postal américain par des véhicules à émission zéro.

Une autre mesure importante, qui a jusqu’à présent peu attiré l’attention des médias, consiste à mettre en œuvre un « système de coût social » comme critère d’orientation pour la prise de décision quotidienne du gouvernement. Le système du coût social repose sur l’attribution d’une valeur numérique au « dommage global » attribué à l’émission d’une quantité donnée de dioxyde de carbone – par exemple dans la production d’une marchandise donnée.

Cela aura un impact économique important à travers le choix des produits et des fournisseurs pour les achats gouvernementaux, pour lesquels Washington dépense environ 600 milliards de dollars par an.

Le plan climatique de 2 000 milliards de dollars – dont le financement doit, bien entendu, être approuvé par le Congrès – ferait suite à un plan de sauvetage américain de 1,9 billions de dollars destiné à aider l’économie et la population américaines à se remettre des effets du Covid-19.

Dans l’ensemble, ce degré de concentration d’un gouvernement américain sur un seul thème est pratiquement sans précédent en temps de paix. S’il n’y avait pas eu la pandémie de Covid-19, il y aurait sans doute beaucoup plus de débats sur cette voie radicale. Les personnes qui croient au réchauffement climatique en tant que plus grande crise de notre époque pourraient facilement ignorer les implications problématiques, voire menaçantes, des politiques annoncées.

Tout en faisant quelques remarques polémiques, je tiens à souligner que je ne suis pas motivé par une opposition politique à l’administration Biden. Bien entendu, je ne m’oppose pas non plus à des mesures rationnelles visant à réduire et, à terme, à éliminer la dépendance du monde à l’égard des combustibles fossiles.

Il convient également de garder l’esprit ouvert envers toute nouvelle administration, qui est porteuse d’intérêts et d’impulsions contradictoires, et qui sera susceptible d’ajuster sa trajectoire lorsqu’elle sera confrontée à la réalité.

Mais il y a des raisons de prendre les déclarations de Biden très au sérieux.

Tout d’abord, selon toutes apparences, Biden et ses proches conseillers croient vraiment que le monde se dirige vers une catastrophe sans précédent à cause du réchauffement climatique, que l’heure tourne et qu’il est urgent d’agir pour réduire les émissions de CO2 dans le monde entier. Non seulement les États-Unis, mais aussi les autres pays doivent agir en ce sens, notamment les plus grands émetteurs de CO2, la Chine en tête.

Les pays qui refusent de réduire volontairement leurs émissions dans les proportions nécessaires doivent être contraints à le faire. La logique est implacable.

Deuxièmement, comme l’a souligné Biden pour les États-Unis, le remplacement de l’ensemble de l’infrastructure mondiale de combustibles fossiles par des « technologies propres » au cours des 30 à 40 prochaines années créera un nouveau marché aux dimensions colossales – à condition que les nations et les populations soient en mesure de le payer.

Troisièmement, d’immenses quantités de capital financier ont déjà été engagées dans l’attente de politiques climatiques radicales. Les émissions de CO2 sont en train d’être monétisées et une vaste machinerie financière est en train de se mettre en place, liant la valorisation des actifs à des paramètres tels que le « facteur d’émission » et les « indices de durabilité ».

Des projections climatiques sont intégrées dans les stratégies de risque à long terme et dans les structures de primes des compagnies d’assurance. Le volume du commerce lié au carbone connaît une croissance exponentielle et, avec lui, le marché des instruments financiers liés au climat, tels que les obligations vertes (qui représentent déjà 500 milliards de dollars) et autres actifs dits « verts ».

Ainsi, la politique climatique devient un instrument puissant pour façonner les modèles d’investissement et les flux financiers mondiaux. Dans sa « Lettre ouverte aux PDG » de 2020, Larry Fink, le président de la plus grande société de gestion d’actifs au monde, BlackRock, a déclaré : « Je pense que nous sommes à l’aube d’un remodelage fondamental de la finance. »

Dans le même temps, BlackRock, dont plusieurs dirigeants ont été nommés à des postes importants dans l’administration Biden, a annoncé qu’il mettait le changement climatique au cœur de sa stratégie d’investissement pour 2021.

Ainsi, selon toute probabilité, l’administration Biden poursuivra effectivement la voie radicale annoncée pendant sa campagne et signalée par ses premiers décrets.

Quelles en seront les conséquences ?

Du côté positif, j’ai des raisons de penser que les domaines scientifiques et technologiques qui sont d’une importance cruciale pour l’avenir – la fission et la fusion nucléaires, les nouveaux matériaux, les technologies de l’hydrogène, le stockage de l’énergie à haute densité, les applications de la supraconductivité à haute température et bien d’autres encore – recevront un soutien plus important sous la nouvelle administration que sous les précédentes.

Il s’agit là d’un point crucial. Abstraction faite de nombreux autres facteurs, le choix des technologies employées dans la reconstruction promise des infrastructures américaines – à supposer qu’elle ait lieu – aura un impact décisif sur la question de savoir si la politique économique de Biden, axée sur le climat, sera bénéfique pour la nation ou conduira au désastre.

Après cet article d’introduction n° 1, les prochains articles de la série aborderont les sujets suivants :

  • Impérialisme vert : l’administration Biden est-elle en train de faire de la question climatique un véhicule géopolitique ?
  • La politique climatique de Biden servira-t-elle, de facto, de véhicule aux intérêts financiers qui se positionnent pour profiter des changements tectoniques, dans les flux financiers mondiaux, causés par l’abandon forcé des combustibles fossiles ? L’administration Biden sera-t-elle une « administration BlackRock » ?
  • La surchauffe des mesures climatiques va-t-elle ouvrir la voie à une crise financière ? L’avenir du système énergétique mondial fait l’objet de paris majeurs et la stabilité du marché est confrontée à la double menace d’une « bulle verte » d’actifs financiers liés au climat et d’une « bulle carbone » d’actifs de combustibles fossiles potentiellement sans valeur.
  • Considérez le risque d’un scénario de film d’horreur semblable à celui de la Californie : une expansion excessive et économiquement ruineuse des sources d’énergie dites renouvelables et des mesures idéologiques environnementales, entraînant une explosion des prix de l’énergie, des coupures de courant, une austérité économique, des pertes de productivité et une pauvreté croissante. Des mesures climatiques mal conçues vont-elles causer un retour de bâton politique et une résurgence des Républicains, au plus tard lors des élections présidentielles de 2024 ?
  • Les États-Unis vont-ils sombrer dans une crise économique et sociale lorsque l’euphorie temporaire provoquée par les injections de fonds publics commencera à se dissiper ?
  • Quel est le risque pour que les mesures mal conçues de l’administration Biden au nom de la sauvegarde de la planète, sapent la capacité des États-Unis et des autres nations à faire face aux changements climatiques à l’avenir ?
  • Pour finir, je ferai quelques remarques sur ce à quoi ressemblerait une approche rationnelle de la question climatique.

Deuxième partie ici. 

Jonathan Tennenbaum a obtenu son doctorat en mathématiques à l’université de Californie en 1973, à l’âge de 22 ans. Également physicien, linguiste et pianiste, c’est un ancien rédacteur en chef du magazine FUSION. Il vit à Berlin et voyage fréquemment en Asie et ailleurs. Il est consultant en économie, science et technologie.

Traduction Corinne Autey-Roussel
Illustration DC Comics

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