Le plan climatique de Biden a une option nucléaire

Par Jonathan Tennenbaum
Paru sur Asia Times sous le titre Biden’s climate plan has a nuclear solution


Biden a peu d’options, voire aucune, à part le nucléaire, pour atteindre son objectif d’une énergie 100% décarbonée d’ici 2035.

Ceci est la quatrième partie de la série Au secours, Biden veut sauver la planète ! Retrouvez la première partie ici, la deuxième partie ici et la troisième ici

Le président Joe Biden s’est fixé comme objectifs de parvenir à une production d’électricité 100 % décarbonée d’ici 2035 et de réduire à zéro les émissions nettes de CO2 aux États-Unis au plus tard en 2050.

D’un point de vue technique, il est certainement possible de réduire à zéro les émissions nettes de dioxyde de carbone par l’activité humaine tout en stimulant la productivité et la prospérité de l’économie mondiale.

Cet objectif peut être atteint entièrement, ou presque, en utilisant des technologies qui existent déjà ou qui sont à portée de main. Nous pouvons combiner :

  • l’énergie nucléaire, la fission et/ou la fusion (voir mes articles sur la fission ici et ici [liens en anglais, NdT] ; mes articles sur la fusion ici et ici [idem, NdT]) et mes autres articles sur la fission et la fusion dans Asia Times ;
  • au maximum une proportion modérée (pas plus de 35%) de sources d’énergie dites renouvelables, y compris l’énergie hydroélectrique ;
  • des piles à combustible utilisant de l’hydrogène produit par des sources d’énergie nucléaires et/ou renouvelables ;
  • la propulsion nucléaire des navires ;
  • l’électrification complète des transports terrestres au moyen de batteries et de piles à combustible à hydrogène ;
  • la conversion à l’électricité et/ou à l’hydrogène des processus industriels qui utilisent actuellement des sources de chaleur fossiles ;
  • la transition vers l’électricité et les « combustibles propres » pour le chauffage et la cuisson domestiques ; et
  • le (re)boisement à grande échelle avec des mesures connexes pour augmenter la fixation du carbone photosynthétique, éventuellement l’élimination industrielle à grande échelle du dioxyde de carbone de l’atmosphère, ainsi que l’utilisation du carbone – extrait de l’atmosphère – dans des matériaux de construction tels que les fibres de carbone et d’autres produits.

Le transport aérien est l’un des domaines les plus complexes, mais des avions fonctionnant à l’hydrogène, des avions électriques alimentés par des batteries et des avions électriques alimentés par des piles à hydrogène ont déjà volé et de nombreux projets sont en cours pour les commercialiser.

Les percées dans le domaine des supraconducteurs à haute température pourraient améliorer ce scénario « zéro émission », notamment en permettant une augmentation radicale des rapports puissance/poids et puissance/taille des moteurs et générateurs électriques. Les moteurs d’avion électriques pourraient devenir beaucoup plus petits, plus légers et plus puissants.
Il existe de nombreuses autres considérations, mais je ne les aborderai pas ici.

Le plus important : Si la recherche et le développement bénéficient d’un soutien suffisant dans le cadre d’investissements d’infrastructure à grande échelle dans le monde entier, la fin de l’ère de la dépendance aux combustibles fossiles pourrait être accomplie sans austérité et avec un minimum de mesures coercitives de la part des gouvernements. Les principaux moteurs seraient l’efficacité accrue, la réduction des coûts et les avantages concurrentiels.

Il s’agirait d’un processus naturel s’il était guidé par la rationalité plutôt que par une croyance quasi-religieuse en une « apocalypse climatique » à venir.

Même si les changements climatiques peuvent avoir des effets importants, ce n’est pas le moment de se suicider sur le plan économique. Les économies fortes sont mieux équipées que les économies faibles pour faire face aux changements climatiques et aux catastrophes naturelles. Et les économies fortes peuvent mieux se permettre d’investir dans des technologies de pointe, ainsi que dans des mesures visant à renforcer leur résilience.

Les dirigeants chinois ont raison d’adopter une approche pragmatique. Parallèlement à ses investissements dans les énergies dites renouvelables et dans l’énergie nucléaire – qui sont de loin les plus importants de tous les pays – la Chine n’a actuellement pas d’autre choix raisonnable que de poursuivre son développement massif du secteur des combustibles fossiles.

Il en va de même pour toutes les nations en développement rapide. Ils abandonneront progressivement les combustibles fossiles, à mesure que cela deviendra économiquement avantageux, mais probablement pas de façon précipitée. Entre-temps, Biden s’est fixé pour objectif d’éliminer toute utilisation de combustibles fossiles pour la production d’électricité aux États-Unis d’ici 2035.

Actuellement, environ 60 % de l’électricité aux États-Unis est produite par la combustion de charbon, de gaz et de pétrole. Dans quinze ans, tout cela devrait avoir disparu, remplacé par des sources d’énergie électrique « 100 % propres ».

Beaucoup considèrent que cet objectif est totalement irréaliste. Il existe pourtant un précédent pertinent : La mobilisation de la France pour accroître la capacité de ses centrales nucléaires en réponse à la crise pétrolière de 1973.

En 15 ans, le pourcentage d’électricité produite par des centrales nucléaires est passé de 7% en 1975 à plus de 75% en 1990. La France a actuellement les prix de l’électricité les plus bas d’Europe occidentale – environ 40% inférieurs à ceux de l’Allemagne et du Danemark, les leaders de l’énergie éolienne et solaire.

S’ils en avaient la volonté, et en relançant ce qui reste de leur industrie nucléaire, les États-Unis pourraient accomplir la même chose, voire mieux, aujourd’hui. Les réacteurs à fission nucléaire de génération avancée promettent d’être bien plus sûrs et moins chers que les centrales françaises et américaines vieillissantes conçues il y a 40 ans.

La fusion pourrait être bien meilleure, dans la mesure où elle évite bon nombre des inconvénients de la fission. Elle pourrait éventuellement être mise en service dans un délai de 15 ans, si les États-Unis lançaient un programme accéléré tel que le programme Apollo d’alunissage dans les années 1960.

Pendant sa campagne électorale, Biden lui-même avait comparé sa mobilisation pour les « énergies propres » au programme Apollo. Avec un peu de chance, nous pourrions même obtenir des réacteurs à fusion hydrogène-bore (fusion aneutronique) compacts et bon marché ou des réacteurs à focalisateur de plasma dense, qui ne produisent pratiquement aucune radioactivité…

À leur crédit, le président Biden et, dans une moindre mesure, la vice-présidente Kamala Harris ont déclaré leur soutien à l’énergie nucléaire. L’énergie issue de la fission nucléaire représente déjà 20 % de la production d’électricité américaine.

Dans son programme officiel de campagne, Biden s’est engagé à créer une nouvelle agence de projets de recherche avancée sur le climat (ARPA-C) « afin de cibler des technologies abordables et susceptibles de changer la donne pour aider l’Amérique à atteindre son objectif de 100 % d’énergie propre. »

Les objectifs spécifiques de l’agence devaient inclure, entre autres, « des réacteurs nucléaires avancés plus petits, plus sûrs et plus efficaces pour un coût de construction deux fois moindre que celui des réacteurs actuels. » En fait, déjà sous Trump, la Commission de réglementation nucléaire et d’autres agences américaines avaient commencé à prendre des mesures pour faciliter l’introduction de petits réacteurs modulaires.

À ce stade, il semble que l’administration Biden pourrait effectivement investir des ressources importantes dans l’énergie nucléaire, y compris la fusion. Si cela se produit, il est certain que cela produira des résultats, y compris la possibilité pour les États-Unis d’être à nouveau un exportateur de premier plan de technologies d’énergie nucléaire.

Le rôle des entreprises et des investisseurs privés dans le développement de réacteurs innovants est particulièrement encourageant. Pratiquement tous ces réacteurs possèdent des dispositifs intégrés de « sécurité passive » qui excluent les accidents graves, comme celui qui s’est produit à Fukushima.

Cependant, il existe une opposition idéologique considérable à l’énergie nucléaire dans l’aile gauche du parti démocrate et vraisemblablement dans l’administration Biden elle-même. S’y ajoute un puissant lobby d’intérêts liés aux sources d’énergie dites renouvelables, qui ont tout à perdre d’une expansion de l’énergie nucléaire.

Il ne serait pas facile, d’un point de vue politique, d’organiser un effort global pour développer l’énergie nucléaire dans les 15 ans de l’objectif d’une « électricité 100 % propre » annoncé par Biden, à l’instar de ce qui a été fait en France. L’administration Biden devra se battre pour cela. En revanche, elle pourrait obtenir un soutien non partisan, étant donné que 70 % de la population américaine est favorable à l’énergie nucléaire.

Il y a également de bonnes chances pour que des efforts privés, soutenus par le gouvernement, puissent aboutir à des systèmes de fission ou de fusion capables de produire de l’électricité à un prix si bas qu’ils seraient commercialement incontournables.

Faute de quoi, et en l’absence d’un développement forcé de l’énergie nucléaire, l’alternative de Biden sera soit d’abandonner l’objectif de 2035, soit de soumettre le pays au type de scénario de film d’horreur que nous avons vu en Californie.

A suivre…

Jonathan Tennenbaum a obtenu son doctorat en mathématiques à l’université de Californie en 1973, à l’âge de 22 ans. Également physicien, linguiste et pianiste, c’est un ancien rédacteur en chef du magazine FUSION. Il vit à Berlin et voyage fréquemment en Asie et ailleurs. Il est consultant en économie, science et technologie.

Traduction Corinne Autey-Roussel
Illustration Slightly Different / Pixabay

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