De la défaite américaine en Afghanistan

Quarante-deux ans de guerre, des milliers de vies détruites, un pays ravagé, des billions de dollars dépensés… pour rien.


Par B
Paru sur Moon of Alabama sous le titre On The U.S. Defeat In Afghanistan


Il y a 42 ans, les États-Unis lançaient leur guerre contre l’Afghanistan :

SPIES&VESPERS @SpiesVespers – 22:24 UTC – 3 juil. 2021

#OTD 3 juillet 1979 : Le président Jimmy Carter signe une « conclusion présidentielle » autorisant la CIA à dépenser un peu plus de 500 000 dollars en aide non létale pour soutenir les moudjahidines afghans contre l’influence croissante des Soviétiques dans la région. #coldwarhist

L’ « influence soviétique croissante » était le gouvernement progressiste PDPA qui dirigeait l’Afghanistan, mais ne faisait pas ce que Washington lui demandait. C’est l’ « aide » apportée par les États-Unis aux rebelles qui a contraint l’URSS à intervenir. Tout ce qui a suivi remonte à la signature de Carter.

Le 15 février 1989, le processus de retrait des forces militaires soviétiques d’Afghanistan était officiellement terminé.

Aujourd’hui, quarante-deux ans après la signature de Carter, les États-Unis, vaincus, fuient l’Afghanistan.

Les Talibans prennent des districts dans le nord de l’Afghanistan aux troupes en fuite – AP

La progression des Talibans dans le nord de l’Afghanistan s’est accélérée cette nuit avec la prise de plusieurs districts aux forces afghanes en fuite, dont plusieurs centaines ont franchi la frontière avec le Tadjikistan, ont indiqué des responsables dimanche.

Depuis la mi-avril, lorsque le président américain Joe Biden a annoncé la fin de la « guerre sans fin » en Afghanistan, les Talibans ont progressé dans tout le pays. Mais leurs gains les plus significatifs ont été réalisés dans la moitié nord du pays, un bastion traditionnel des chefs de guerre alliés aux États-Unis qui avaient contribué à leur défaite en 2001.

Le porte-parole des Talibans, Zabihullah Mujahid, a confirmé la chute des districts et déclaré que la plupart d’entre eux étaient tombés sans combattre. Lors de précédentes redditions, les Talibans ont montré des vidéos montrant des soldats afghans prenant de l’argent pour le transport et rentrant chez eux.

‘A quoi est-ce que tout cela a servi ?’ Les Afghans se lamentent sur les décennies de guerre alors que les États-Unis quittent Bagram – Reuters

Malek Mir, un mécanicien de Bagram qui a vu l’armée soviétique puis les Américains aller et venir, a déclaré qu’il était pris d’un profond sentiment de tristesse devant la futilité des présences étrangères.

« Ils sont venus en bombardant les Talibans et en se débarrassant de leur régime – mais maintenant ils sont partis alors que les Talibans sont si puissants qu’ils ne tarderont pas à prendre le pouvoir », a-t-il déclaré.

« À quoi ont servi toutes les destructions, les meurtres et la misère qu’ils nous ont apportés ? Il aurait mieux valu qu’ils ne soient jamais venus. »

« Les Américains laissent un héritage d’échec, ils n’ont réussi à contenir ni les Talibans, ni la corruption », a déclaré Sayed Naqibullah, un commerçant de Bagram. « Un petit pourcentage d’Afghans est devenu riche, alors que la grande majorité vit toujours dans une extrême pauvreté.

« D’une certaine manière, nous sommes heureux qu’ils soient partis… Nous sommes Afghans et nous trouverons notre chemin. »

Désastre en vue : le décompte des pertes d’équipement par les militaires afghans depuis juin 2021 – Oryx

Si le retrait des troupes américaines et de leurs alliés de l’OTAN a été salué par certains et fortement critiqué par d’autres, il y a une chose sur laquelle tout le monde semble s’accorder : la mission de 20 ans menée par les États-Unis pour vaincre les Talibans a été un échec total.

À l’instar de leur retrait d’Irak en 2011, les États-Unis laissent derrière eux un appareil militaire de bric et de broc qui, malgré l’investissement de dizaines de milliards de dollars, est mal préparé aux tâches qui lui sont assignées.

La situation à laquelle l’Afghanistan sera confronté après le retrait américain n’est toutefois guère un incident isolé dans l’histoire moderne des États-Unis. Après avoir effectivement abandonné leur allié du Sud-Vietnam dans les années 1970, laissé derrière eux un Irak paralysé en 2011 et maintenant s’être retirés d’Afghanistan, les célébrations du retour au pays seront entachées par les sombres perspectives de ceux qui souffriront des conséquences de la guerre en Afghanistan pour les décennies à venir. Le zèle avec lequel ces interventions militaires sont lancées n’a d’égal que le degré d’indifférence qui s’ensuit à l’égard du sort du pays lorsque les réalités du conflit deviennent trop inconfortables, ce qui ouvre la voie à une répétition sans fin de la tragédie des désastres interventionnistes. Pendant ce temps, la population locale est, pour les générations à venir, involontairement endettée par les caprices de la politique américaine, une dette ironiquement contractée par l’investissement tout aussi involontaire de billions de dollars des contribuables américains dans l’industrie de la guerre.

Partir sans laisser de chaos derrière soi : Le retrait soviétique d’Afghanistan – Lester W. Grau (2007)

Il existe une littérature et une perception commune selon lesquelles les Soviétiques ont été vaincus et chassés d’Afghanistan. Ce n’est pas le cas. Lorsque les Soviétiques ont quitté l’Afghanistan en 1989, ils l’ont fait de manière coordonnée, délibérée et professionnelle, laissant derrière eux un gouvernement fonctionnel, une armée efficace et un effort de conseil et économique qui assurait la viabilité du gouvernement. Le retrait était basé sur un plan diplomatique, économique et militaire coordonné permettant aux forces soviétiques de se retirer en bon ordre et au gouvernement afghan de survivre. La République démocratique d’Afghanistan (DRA) a réussi à se maintenir malgré l’effondrement de l’Union soviétique en 1991. Ce n’est qu’ensuite, avec la perte du soutien soviétique et les efforts accrus des moudjahidines (djihadistes) et du Pakistan, que la DRA a basculé dans la défaite en avril 1992. L’effort soviétique pour se retirer en bon ordre a été bien exécuté et peut servir de modèle pour d’autres désengagements de nations similaires.

Bien qu’ils y aient consacré deux fois plus de temps et beaucoup plus de ressources que les Soviétiques, les États-Unis et l’OTAN ont complètement échoué dans la tâche qu’ils s’étaient fixée. Ils ont ignoré les leçons qui auraient pu être tirées de la réussite de l’opération soviétique en Afghanistan.  Contrairement aux Soviétiques, ils ont été totalement vaincus.

Traduction et note Corinne Autey-Roussel
Photo Amber Clay / Pixabay

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