Afghanistan : les USA partent comme des voleurs, les talibans progressent

Par B
Paru sur Moon of Alabama sous le titre Afghanistan – U.S. Sneaks Out At Night – Taliban Take Multiple Districts Per Day


Voilà qui est gênant :

Les États-Unis ont quitté la base aérienne de Bagram en Afghanistan, après presque 20 ans, en coupant l’électricité et en s’éclipsant dans la nuit sans avertir le nouveau commandant afghan de la base, qui a découvert le départ des Américains plus de deux heures après leur départ, selon des responsables militaires afghans.

« Nous avons entendu des rumeurs selon lesquelles les Américains avaient quitté Bagram… et finalement, à sept heures du matin, nous avons compris qu’il était confirmé qu’ils avaient déjà quitté Bagram », a déclaré le général Mir Asadullah Kohistani, le nouveau commandant de Bagram.

Avant que l’armée afghane ne puisse prendre le contrôle de l’aérodrome situé à environ une heure de route de la capitale afghane Kaboul, celui-ci a été envahi par une petite armée de pillards, qui ont saccagé baraquement après baraquement et fouillé dans des tentes de stockage géantes avant d’être expulsés, selon des responsables militaires afghans.

« Au début, nous avons pensé que c’était peut-être des talibans », a déclaré Abdul Raouf, soldat depuis 10 ans. Il a dit que les États-Unis ont appelé de l’aéroport de Kaboul et ont dit « nous sommes ici à l’aéroport de Kaboul ».

Il y a une vidéo de la base vide. Des centaines de voitures ont été laissées en arrière. L’équipement réseau du quartier général a été arraché mais l’hôpital de la base semble être resté intact. Il y a même quelques stocks de fournitures médicales utiles.

Pendant ce temps, les Talibans continuent leur opération éclair pour prendre le contrôle du pays. Ils s’emparent de districts les uns après les autres, surtout dans le nord.

Contrôle taliban en Afghanistan : en noir, zones sous contôle des talibans. En rouge, zones contestées. En gris, zones sous contrôle du gouvernement ou indéterminé.

Je l’avais noté il y a deux semaines :

Il est remarquable qu’un grand nombre de districts pris par les talibans ne se trouvent pas dans les régions principalement pachtounes, mais dans le nord, où la population est souvent ouzbèke, tadjike ou issue d’autres minorités ethniques. Avant l’invasion américaine, ces populations étaient souvent anti-talibanes.

Les talibans comptent probablement quelque 3 à 4 000 combattants dans la province de Badakhshan, dans le nord-est du pays, mais ils ont réussi à en prendre 90 % en seulement 4 jours, 14 de ses districts étant tombés au cours des dernières 48 heures. Quelque 1 500 soldats du gouvernement afghan qui y étaient stationnés ont fui vers le Tadjikistan. La capitale de la province, Faizabad, est désormais isolée et reste le seul endroit encore sous contrôle du gouvernement.

Il y a là quelque chose d’assez curieux. Le Badakhshan était un bastion de l’Alliance du Nord qui, à la fin des années 1990, a combattu les talibans. C’est le siège du parti Jamiat-e Islami, composé principalement de Tadjiks de souche et disposant de sa propre milice. Le chef du Jamiat-e Islami est Salahuddin Rabbani, président actuel du Haut Conseil de paix afghan du gouvernement, qui négocie avec les talibans.

Cette province montagneuse compte 1 million d’habitants. Mais voici 4 talibans qui débarquent dans une voiture dans le district reculé de Wakhan. Ils ne sont pas attaqués par la milice locale, et sont accueillis à bras ouverts par la population (masculine) locale.

Il est inconcevable qu’une force talibane de la taille d’une petite brigade puisse s’emparer du Badakhshan en quelques jours, et à aussi peu de frais, sans avoir passé un accord avec la milice du parti local dominant. Il a dû se passer quelque chose en coulisse dont les médias n’ont pas été informés.

C’est une bonne nouvelle, car une victoire rapide des talibans dans le nord diminuerait les chances d’une nouvelle guerre civile. L’organe néoconservateur Long War Journal est atterré alors qu’il explique :

L’Afghanistan risque de s’effondrer complètement après que les talibans ont fait des progrès spectaculaires ces derniers jours, frappant au cœur de la base de pouvoir du gouvernement afghan dans le nord et prenant le contrôle de vastes régions du pays – souvent sans opposition des forces gouvernementales.

La plupart des gains des talibans ont eu lieu dans le nord. L’importance de la poussée des talibans dans le nord ne peut être sous-estimée. Les talibans mènent le combat directement chez les personnages influents et les fonctionnaires de l’élite afghane.

Si les talibans peuvent priver le gouvernement afghan et ses bailleurs de fonds de leur base de pouvoir, l’Afghanistan est effectivement perdu. Si le gouvernement perd le nord, il ne pourra pas conserver ses points d’appui ténus dans le sud, l’est, l’ouest ou même le centre du pays. Si le gouvernement afghan perd le nord, les talibans pourraient s’emparer sans combattre des centres de population du sud, de l’est et de l’ouest, et entamer leur siège de Kaboul.

Pour l’instant, je ne pense pas qu’il y aura un long « siège de Kaboul », mais un transfert négocié du pouvoir.

Les événements des dernières semaines montrent une retraite ou une défaite plus ou moins contrôlée des forces gouvernementales démoralisées et une prise de contrôle systématique de la plupart des campagnes et des centres de district par des forces talibanes bien préparées. Seules les capitales des grandes provinces ne sont pas encore tombées, bien que certains pensent que Mazar i-Sharif, la capitale de la province de Balkh, tombera rapidement.

Il semble qu’il y ait une volonté d’au moins certaines parties du gouvernement actuel de l’Afghanistan de laisser les talibans prendre le pays sans les combattre plus que de raison.

Cela me donne l’espoir qu’un long conflit de plus sera évité. Après plus de 42 ans de guerre, l’Afghanistan a besoin de paix. Si le régime des talibans est dur, il est aussi assez juste et certainement bien moins corrompu que les structures imposées par les États-Unis. Il faut donner à l’Afghanistan le temps de trouver un nouvel équilibre à partir duquel il pourra ensuite se développer d’une manière adaptée aux circonstances locales ainsi qu’aux traditions et à la moralité des populations locales.

Les 42 dernières années ont montré que rien d’autre ne marchera.

Traduction Corinne Autey-Roussel
Crédit photo Al Manar

1 réponse

  1. 8 juillet 2021

    […] en déménageant à la cloche de bois et en laissant leurs alliés comme des cloches et […]

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