Affaire Skripal : Johnson et May se cachent alors que leurs mensonges fondent comme neige au soleil

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Par Craig Murray
Paru sur craigmurray.org.uk sous le titre Johnson and May Hide as their Lies Dissolve


Le gouvernement a tenté de contrôler le discours public sur l’agent innervant « de provenance russe » en admettant finalement, juste avant la publication des conclusion des experts de l’Organisation pour l’Interdiction des Armes Chimiques (OIAC), qu’il n’a aucune preuve de la « provenance russe » de la substance utilisée dans l’attaque de Salisbury. Vous pouvez voir l’interview du directeur général de Porton Down dans ce tweet de Sky News.

(« Attaque de #Salisbury : les scientifiques n’ont pas pu prouver que la Russie ait produit l’agent innervant utilisé dans l’empoisonnement de l’espion. Le directeur général du laboratoire de Porton Down révèle des détails dans cette interview – Sky News, 3 avril 2018)

Dans la Grande-Bretagne torie actuelle, il ne devrait surprendre personne que, pour diriger le laboratoire militaire d’armes chimiques du pays, ils aient recruté un commercial [avant d’être nommé à la direction de Porton Down, Gary Aitkenhead était directeur commercial à Sepura et à Motorola Solutions, NdT].

Les talents de relations publiques d’Aitkenhead étaient clairement considérés comme suffisants pour transmettre les points-clés de la propagande du gouvernement, mais ses difficultés à le faire dans cette interview de Sky News témoignaient de l’impossibilité de la tâche. Aitkenhead s’est trouvé dans une position extrêmement difficile au cours des trois dernières semaines, coincé entre ses scientifiques qui refusaient catégoriquement de dire que cette substance provenait de Russie, et le gouvernement qui pesait de tout son poids pour qu’ils le fassent.

A 5 minutes 30 secondes de cette interview, Boris Johnson ment directement sur ce que Porton Down lui avait dit :

(Ce que Johnson dit dans l’extrait en question : « Les gens de Porton Down, le laboratoire, ils étaient absolument catégoriques [sur la provenance russe de l’agent]. J’ai demandé au gars moi-même, je lui ai dit, vous êtes sûr ? Il a dit, pas de doute. »)

Il est très clair que ce que dit Aitkenhead à Sky News est ceci : « les scientifiques ne peuvent pas établir que cela vient de Russie. Mais le gouvernement déclare avoir des sources de renseignement qui démontrent que c’est le cas. » Ses difficultés à faire tenir les formulations qui lui avaient été données à répéter comme un perroquet par le gouvernement dans des réponses plausibles aux questions intelligentes qui lui étaient posées sont presque comiques : c’est à grand renfort de « euhhh » et de « hummm » qu’il tente d’accomplir sa mission. Il faut garder à l’esprit que les formulations précises à utiliser dans les communications officielles sont le résultat de négociations tendues entre les scientifiques et les bureaucrates de Porton Down, puis entre les officiels du Ministère de la défense de Whitehall et le Foreign Office et les officiels des services de sécurité du Comité conjoint du renseignement, avant d’être signées par des ministres. C’est un processus que je connais intimement pour l’avoir vécu de l’intérieur. Cette réconciliation d’intérêts conflictuels est la raison pour laquelle, au début, Aitkenhead dit avec assurance que c’est du « Novichok », puis à 1 min 30 sec, il s’approche plus de la vérité en disant « Novichok ou apparenté », ce qui s’accorde avec le témoignage de Porton Down à la haute cour de justice.

Mais le moment-clé intervient à 3 min 27 sec. Les chaperons gouvernementaux d’Aitkenhead n’étaient de toute évidence pas satisfaits de l’interview, et le dernier passage n’est pas une réponse à une quelconque question, mais une déclaration issue de la propagande gouvernementale qui a été mal monté et clairement ajoutée après la fin de l’interview. La continuité n’est pas respectée – non seulement c’est un plan plus large, mais la caméra et le trépied ne sont plus au même endroit. C’est dans cette dernière déclaration que, dans une tentative désespérée de dernière minute pour impliquer la Russie, Aitkenhead affirme que produire cet agent innervant demande

« Des méthodes extrêmement sophistiquées pour le créer, quelque chose qui n’est probablement accessible qu’à un État. »

Étrangement, Sky News ne donne qu’un bref clip de cette interview dans cet article sur leur site. Et l’article est hautement biaisé : par exemple, il affirme

Toutefois, il a confirmé que la substance demande « Des méthodes extrêmement sophistiquées pour le créer, quelque chose qui n’est accessible qu’à un État.

Eliminer le « probablement » est une manipulation symptomatique d’un journalisme extrêmement tendancieux de la part de Paul Kelso, de Sky News.

Mais les choses sont devenues encore plus intéressantes après : je n’avais jamais vu d’activité plus étendue et coordonnée sur les réseaux sociaux de la part des tories que celle qui a démarré immédiatement après l’interview d’ Aitkenhead. Des centaines de militants tory ouvertement identifiés sont montés au créneau avec la version sur l’« accessible uniquement à un État » – en omettant le « probablement » – et celle des « autres sources de renseignement qui démontrent que c’est la Russie ». [Nous avons vu la même chose, effectivement ces mêmes éléments de langage répétés ad nauseam sur Twitter, NdT]. La contribution de la BBC a consisté à ignorer la déclaration de Porton Down et à faire comme si rien ne s’était produit [c’était vrai hier, au moment où l’article a été écrit, mais étant donné le revirement spectaculaire des médias en défaveur de Johnson au cours des dernières heures, la BBC a fini par se résoudre à en parler aujourd’hui, NdT].

La participation de Boris Johnson et de Theresa May à ce qui a clairement été une stratégie de relations publiques destinée à devancer la publication des conclusions de l’OIAC et à surmonter les obstacles posés par les mensonges du gouvernement tout en continuant à attiser la russophobie ambiante, a consisté à adopter un profil bas et à ne parler à aucun média.

J’ai donné ma réaction immédiate à la déclaration d’Aitkenhead sur la chaîne Russia Today (en anglais). Étrangement, la BBC ne m’a pas invité.

Craig Murray, un proche collaborateur de Wikileaks, est historien et activiste des droits de l’homme. Il a été ambassadeur du Royaume-Uni en Ouzbékistan.

Traduction Entelekheia
Photo Pixabay

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