Après l’URSS, Washington veut-il désintégrer l’UE ?

Même si nous nous distançons du ton affolé du journaliste, la question reste pertinente.


Par Frédéric Koller
Cet article est paru dans les pages d’opinion du Temps.ch

Donald Trump veut la fin de l’Union européenne. Au nom des nations, des frontières et des égoïsmes commerciaux

Theodore R. Malloch sera-t-il le prochain ambassadeur des Etats-Unis à Bruxelles? Depuis l’élection de Donald Trump, le nom de ce consultant qui travailla durant quatre ans à Genève pour l’ONU (à la Commission économique pour l’Europe) et fut un membre du conseil de direction du Forum économique mondial circule avec insistance pour occuper ce poste. Si cela devait se confirmer, ce serait une quasi-déclaration de guerre au projet européen.

Ces dernières semaines, Theodore R. Malloch a notamment affirmé deux choses: son ambition est de «soumettre le bloc (européen) comme ce fut le cas pour abattre l’Union soviétique»; l’euro devrait par ailleurs «s’effondrer dans les dix-huit mois à venir». Présenté à Donald Trump par l’ex-leader du Ukip et champion du Brexit, Nigel Farage, Theodore R. Malloch est un eurosceptique affirmé qui milite pour le rétablissement d’une relation spéciale entre Washington et Londres.

Accords bilatéraux

Ce choix viendrait confirmer les intentions de Donald Trump à l’égard des alliés européens: dans une logique nationaliste dont il est le porte-étendard, le président ne veut plus entendre parler de l’Union européenne (UE), mais pouvoir traiter d’Etat à Etat, de façon bilatérale. Ces derniers jours, ses services ont ainsi déjà approché plusieurs pays européens pour tenter de négocier des accords commerciaux séparés. Jusqu’ici, ils ont été renvoyés à Bruxelles, l’unique autorité de négociation pour les 27. Mais pour combien de temps?

Donald Trump s’est lancé dans une entreprise de déstabilisation de l’UE dès sa prise de fonction. Après avoir accueilli Theresa May pour féliciter les Britanniques de leur vote contre l’UE et promis un rapide accord commercial entre les deux pays, il a demandé publiquement quel serait le prochain Etat à quitter l’Union. Peter Navarro, le conseiller commercial du président américain, a ensuite porté la charge contre l’Allemagne, accusée de manipuler l’euro et de faire de l’UE un instrument au service de ses intérêts. Washington reprend ainsi à son compte les critiques des mouvements eurosceptiques et populistes européens à l’égard de la première économie du continent.

Coup de poignard dans le dos

Alors qu’à Berlin on s’inquiétait ces dernières années des tentatives de Moscou pour diviser le continent et que l’alerte est donnée contre les risques d’une immixtion des hackers russes pour influencer le prochain scrutin législatif allemand, le revirement américain ressemble à un coup de poignard dans le dos. Désormais, la principale menace pour l’Union vient de son plus fidèle allié… S’ils restent un partenaire en matière de sécurité, à travers l’OTAN, les Etats-Unis se positionnent désormais en opposant déclaré à l’idéal européen. Il y a une rupture sur le plan des valeurs.

Les droites nationalistes européennes applaudissent. Les gauches souverainistes sont à peine moins embarrassées à sonner l’hallali contre Bruxelles et Berlin. Leur travail de sape du projet communautaire dispose à présent du plus puissant des relais: l’agenda protectionniste de Donald Trump. Un président qui espère peut-être entrer dans l’Histoire en ayant mis fin à l’UE, comme ce fut le cas pour Ronald Reagan grâce à son rôle dans la chute de l’URSS.

Un veto pour Malloch?

A Bruxelles, un vent de panique commence à poindre. Ces jours-ci, les principaux groupes du Parlement européen sont intervenus auprès du président du Conseil, Donald Tusk, pour rejeter une éventuelle demande d’accréditation de Theodore R. Malloch. Au sommet de Malte, vendredi, François Hollande a parlé de pression «inacceptable» de Donald Trump. Angela Merkel n’a pu que répéter ce qu’elle déclarait au moment de l’élection du milliardaire américain: «L’Europe a désormais son destin entre les mains.»

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