Documentaire : Century of the Self (Le Siècle du Moi)

Avec cet impeccable travail de recherche, Adam Curtis, réalisateur-chouchou de la BBC – et l’un des seuls à avoir carte blanche au sein de cette antique institution gouvernementale – révèle comment et à quel point les politiciens et les milieux d’affaires ont appris à manipuler la société de consommation de masse. Un film indispensable.

Documentaire d’Adam Curtis pour la BBC, 2005, 3h54.
Version sous-titrée en français.

Le documentaire se compose de quatre parties,

Happiness Machines (Machines à bonheur). Le premier épisode traite de l’une des personnalités de l’ombre les plus influentes du XXe siècle, le propagandiste américain Edward Bernays, surnommé « le père des relations publiques ». Bernays, un neveu de Sigmund Freud, s’inspirait de quelques-unes des théories de son oncle sur les pulsions sexuelles inconscientes et les mêlait à une discipline plus ancienne, la psychologie des foules, pour manipuler les masses. Issu du Comité Creel, une gigantesque machine américaine de propagande montée pour emporter l’adhésion des Américains à la Première Guerre mondiale, Bernays a ensuite enchaîné sur une série d’opérations politiques et publicitaires qui ont marqué toute la zone d’influence des USA, Europe de l’Ouest comprise.

 – The Engineering of Consent (La Fabrication du consentement). La deuxième partie retrace les efforts d’Edward Bernays et de la fille de Freud, Anna, pour délivrer l’humain de sa part d’ombre (dans le cas de Bernays, tout en le transformant en consommateur docile), et créer une société capitaliste libre et harmonieuse. Le résultat, toutefois, n’a pas été à la hauteur des espérances.

– There is a Policeman Inside All of Our Heads, He Must Be Destroyed. (Il y a un policier dans chacune de nos têtes, il doit être détruit). Le troisième segment passe à la nouvelle psychiatrie des années 60, avec son remaniement des théories de l’humain et son développement de méthodes de persuasion inédites. Là où Freud avait insisté sur l’importance d’un surmoi solide et sain, les thérapeutes et patients de la nouvelle génération « psy » comptent en faire tomber les interdits et libérer les désirs refoulés et les pulsions du moi profond. Saisissant la balle au bond, les entreprises et leurs publicitaires axent leur communication sur l’individu « libéré » – une personne débarrassée de ses déterminismes culturels, en prise directe avec son seul ego et n’obéissant qu’à ses instincts primaux. Même si elle a grandement stimulé la consommation de produits inutiles en inscrivant l’acte d’achat par plaisir et/ou pulsionnel dans les moeurs, en termes de bonheur collectif, loin d’apporter les résultats escomptés, cette nouvelle approche s’est révélée une parfaite fabrique à névroses.

 – Eight People Sipping Wine In Kettering. (Huit personnes sirotant du vin à Kettering). Le dernier épisode nous emmène dans le monde de la politique. Au début des années 90, le Parti démocrate américain s’adjoignait les services d’un autre propagandiste parent de Freud, son petit-fils Matthew Freud, pour modeler la campagne d’élection de son candidat à la Maison-Blanche sur les aspirations inconscientes de la population. Peu après, grâce à cette tactique essentiellement publicitaire, Bill Clinton accédait à la présidence.

A chacun de décider si ces manipulations de masse sont acceptables, voire simplement inévitables dans un monde où l’information peut être biaisée à volonté, et jusqu’à quel point il faut s’y résigner.

Premier épisode, découpé (par Dailymotion) en trois parties, Happiness Machines (Machines à bonheur)

 

Deuxième épisode, toujours découpé en trois. The Engineering of Consent (La Fabrication du consentement)


Troisième partie, idem. There is a Policeman Inside All of Our Heads, He Must Be Destroyed. (Il y a un policier dans chacune de nos têtes, il doit être détruit)

Quatrième et dernière partie. Eight People Sipping Wine In Kettering. (Huit personnes sirotant du vin à Kettering)

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