Pourquoi la Corée du Nord a besoin de son arsenal nucléaire – et comment en finir avec cette menace

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Par b.
Cet article du 14 avril, mis à jour le 15 avril est paru sur Moon of Alabama sous le titre Why North Korea Needs Nukes – And How To End That

Les médias disent
Les USA peuvent ou non
tuer des Nord-Coréens
pour telle ou telle raison
ou sans raison
Mais ils appellent la Corée du Nord
‘le régime imprévisible et instable’.

b.

Tournons-nous vers ce que les médias ne nous disent pas sur la Corée

«PÉKIN, le 8 mars (Xinhua) – La Chine propose une « double suspension » pour désamorcer la crise de la péninsule coréenne.

Le ministre des Affaires étrangères Wang Yi a dit mercredi, « La République démocratique de Corée du Nord (RDCN) peut faire le premier pas en suspendant son programme nucléaire et de missiles en échange de la suspension des exercices militaires de masse menés par les USA et la Corée du Sud, » a dit Wang au cours d’une conférence de presse en marge de la séance annuelle de l’Assemblée nationale populaire.

Wang a dit que la querelle du nucléaire sur la péninsule de Corée se tient plutôt entre les USA et la Corée du Nord, mais en tant que voisine de palier et très proche alliée de la péninsule, la Chine est indispensable à la résolution de la question.

Le ministre Wang, en tant que ‘proche allié’, a sans aucun doute transmis un message autorisé par la Corée du Nord : « L’offre est encore valable et la Chine la soutient ».

La Corée du Nord avait fait la même offre en janvier 2015. L’administration Obama l’avait rejetée. La Corée du Nord avait réitéré l’offre en avril 2015 et l’administration Obama l’avait rejetée de nouveau. Ce mois de mars dernier, le gouvernement chinois a transmis et soutenu la même offre. Le gouvernement américain, aujourd’hui l’administration Trump, l’a immédiatement rejetée de nouveau. L’offre, répétée et rejetée depuis trois ans consécutifs, est raisonnable. Son rejet n’a mené qu’à un développement de l’arsenal nucléaire et à plus de missiles de plus longue portée qui un jour, seront capables d’atteindre les États-Unis.

La Corée du Nord est alarmée, de façon justifiée, chaque fois que les USA et les Coréens du Sud lancent leurs manoeuvres militaires géantes et s’entraînent ouvertement à l’invasion de la Corée du Nord et à tuer son gouvernement et son peuple. Les manoeuvres ont un impact très négatif sur l’économie de la Corée du Nord.

La Corée du Nord justifie son programme nucléaire comme la façon la plus cohérente, économiquement parlant, de répondre à la menace de ces manoeuvres.

Chaque fois que les USA et la Corée du Sud lancent ces grandes manoeuvres militaires, l’armée de conscrits de la Corée du Nord (1,2 millions de soldats) passe au niveau d’alerte maximum. Les grandes manoeuvres sont un point de départ classique d’attaques militaires. Les manoeuvres des USA et de la Corée du Sud ont lieu chaque année (intentionnellement) au moment des plantations (avril-mai) ou des récoltes (août) du riz, au moment où la Corée du Nord a besoin de tous ses bras dans ses quelques zones arables. Seuls 17% du territoire nord-coréen est utilisable pour l’agriculture et le climat n’est pas favorable. La saison des cultures est courte. Les semailles et la récolte demandent un pic de travail.

Les manoeuvres du Sud menacent directement l’autosuffisance alimentaire de la Corée du Nord. A la fin des années 1990, elles ont été l’une des causes majeures d’une famine sévère (le manque d’hydrocarbures et de fertilisants, ainsi qu’un système économique trop restrictif, ont été d’autres causes).

Sa force de dissuasion nucléaire autorise la Corée du Nord à réduire ses effectifs militaires, notamment pendant l’importante saison agricole. Les travailleurs auparavant retenus pour les besoins militaires peuvent retourner sur les rizières. Cette politique, aujourd’hui officielle, s’appelle ‘byungjin’. (Byungjin a débuté, de façon informelle, au milieu des années 2000, quand le président Bush a développé une politique d’hostilité ouverte envers la Corée du Nord – Chronologie de la diplomatie nord-coréenne-américaine sur le nucléaire et les missiles, en anglais.

Une garantie de fin des manoeuvres annuelles permettrait à la Corée du Nord d’abaisser son niveau d’alerte et de ne plus avoir à compter sur son arsenal nucléaire. Le lien entre les manoeuvres américaines et la dissuasion nucléaire nord-coréenne établi dans les offres répétées de la Corée du nord est direct et logique.

Le chef de l’État nord-coréen Kim Jong-un a officiellement annoncé une politique de non-usage de force nucléaire en attaque préventive.

« En tant qu’état doté d’armes nucléaires responsable, notre république n’utilisera pas d’armes nucléaires sauf si des forces agressives, hostiles dotées d’armes nucléaires empiètent sur sa souveraineté, » a déclaré Kim au Congrès du Parti du travail de Corée à Pyongyang. Kim a ajouté que le Nord « remplira loyalement son obligation de non-prolifération et luttera pour la dénucléarisation mondiale. »

Au cours du Congrès comme ailleurs, Kim Jong-un a également souligné la connexion décrite ci-dessus entre l’armement nucléaire et le développement économique. Pour résumer :

« Après des décennies de renforcement de la puissance militaire sous son père, la Corée du Nord développe le “byongjin” de Kim – une approche double destinée à renforcer la puissance nucléaire tout en améliorant les conditions de vie. »
La stratégie byongjin, méprisée par l’administration Obama, a réussi.

Quelles sont les sources du développement économique de la Corée du Nord ? Une des explications tient à la baisse des dépenses du secteur militaire, alors que le développement nucléaire, à cette étape, est moins cher – il peut se réduire à 2 à 3% du PNB, selon certaines estimations. Théoriquement, le byungjin est plus favorable à l’économie que le « songun » précédent, à savoir la puissance fondée sur la concentration de ressources sur l’armée.

Pour comprendre pourquoi la Corée du Nord craint autant l’agressivité des USA, tournons-nous vers la destruction totale principalement causée par les USA au cours de la Guerre de Corée :

Le Japon impérial a occupé la Corée de 1905 à 1945, et a tenté de l’assimiler. Une petite force communiste, sous Kim Il-sung et d’autres, a combattu l’occupant japonais. Après la capitulation du Japon en 1945, les USA ont pris le contrôle des zones agricoles de la Corée sous le 38ème parallèle, une ligne de partage choisie arbitrairement. L’Union Soviétique alliée contrôlait la zone industrielle au-dessus de la ligne. Les deux puissances s’étaient mises d’accord sur une courte tutelle, puis sur une indépendance et une unification du pays. Dans la Guerre froide qui a suivi, les États-Unis sont revenus sur l’accord et en 1948, ils ont installé une dictature fantoche en Corée du Sud, avec Syngman Rhee. Cela établissait une frontière artificielle entre Coréens qu’ils n’avaient ni demandée, ni souhaitée. Les communistes menaient encore une résistance forte et expérimentée dans le Sud et espéraient réunifier le pays. La Guerre de Corée s’en est ensuivie. Elle a entièrement ravagé le pays. Toute la Corée a été sévèrement affectée, mais particulièrement le Nord industriel, qui a perdu un tiers de sa population et l’intégralité de ses infrastructures – les routes, les usines et presque toutes ses villes. [1]

Chaque famille coréenne a été touchée. Le culte des ancêtres est profondément inscrit dans la psyché coréenne et sa culture collectiviste. Personne n’a oublié le génocide et personne en Corée, au Nord pas plus qu’au Sud, ne veut revivre l’expérience. [2]

Le pays se réunifierait si la Chine et les USA pouvaient se mettre d’accord sur sa neutralité. Cela ne se produira pas de sitôt. Mais le danger perpétuel d’une guerre « accidentelle » en Corée diminuerait si les USA acceptaient l’offre de la Corée du Nord – un arrêt des manoeuvres militaires agressives et des comportements menaçants contre un arrêt des programmes nucléaires et de missiles de la Corée du Nord. La Corée du Nord se doit d’insister sur ces points, qui sont fondamentaux pour ses besoins économiques de base.

Le gouvernement des USA et les médias occidentaux occultent la rationalité de l’offre nord-coréenne sous la fantaisie propagandiste du « régime imprévisible et instable » de Kim.

Mais ce n’est pas la Corée, ni le nord, ni le sud qui sont ici «  imprévisibles et instables ».

Mise à jour du 15 avril

Le défilé militaire du ‘Jour du soleil’ (105ème jour anniversaire de la naissance de Kim Il-sung) à Pyongyang s’est déroulé sans une seule anicroche et sans interférence des USA.

Plusieurs nouveaux types de véhicules tracteurs-érecteurs-lanceurs de missiles ont défilé pour la première fois. La retransmission de trois heures est visible ici. La démonstration d’équipements militaires commence vers 2h14mn. Les véhicules de transport d’armes nucléaires sont visibles à partir de 2h20mn.

Selon une première impression du Diplomat : Le défilé militaire de la Corée du Nord était une grande affaire. Ce qu’il faut en retenir :

Même si Pyongyang s’est retenu de procéder à de nouveaux tests ce week-end [3] à cause des rumeurs de riposte possible par les USA, la Corée du Nord cherche encore à améliorer son savoir-faire en matière de missiles. De plus, les redoutés missiles intercontinentaux ne sont peut-être plus si éloignés. Étant donné son nombre croissant de tracteurs-érecteurs-lanceurs de missiles, la Corée du Nord pourra posséder suffisamment d’armes nucléaires pour qu’aucune frappe préventive de la Corée du Sud ne puisse désarmer les capacités de riposte nucléaire de Pyongyang. Cela donnerait au régime nord-coréen ce qu’il recherche depuis des décennies avec son programme nucléaire et de missiles : une garantie absolue contre toute tentative d’usage de force à son encontre.
La « garantie absolue contre toute tentative d’usage de force à son encontre » autoriserait en conséquence la diminution des forces armées conventionnelles et des ressources allouées à l’armée. Cela stimulerait ensuite un développement économique plus rapide pour la population de la Corée du Nord. La stratégie byongjin aurait accompli sa mission.

Traduction Entelekheia
Photo Pixabay : Corée du Nord, défilé militaire

[1] NdT : Les bombardements de zones civiles, y compris de villes densément peuplées (paradoxalement appelés « bombardements stratégiques ») font partie de la doctrine militaire des USA.

[2] NdT : Le 9 mars dernier, la présidente sud-coréenne Park Geun-hye, fille du dictateur militaire soutenu par les USA et assassiné Park Chung-hee, a été destituée à la suite d’accusations de corruption. Les prochaines élections, prévues pour le 9 mai prochain, porteront-elles au pouvoir un président moins accommodant envers les demandes américaines d’exercices militaires incessants sur le sol sud-coréen ?

[3] NdT : Update 2, la Corée du Nord a bien procédé à son essai nucléaire dimanche, un jour après l’update de Moon of Alabama. Selon les premiers rapports américains, qu’ils soient véridiques ou non, l’essai aurait échoué. Le symbole n’en reste pas moins le même : la Corée du Nord ne semble pas céder aux intimidations américaines.

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