Documentaire : Princes of the yen, le pouvoir des banques centrales

Une chronologie magistrale de la dissolution de l’économie libérale de la fin de la Deuxième Guerre mondiale à nos jours. Dans ce film passionnant sur le pouvoir des banques centrales et les effets délétères de leur libéralisation progressive, l’économiste professeur de l’université de Southampton Richard Werner retrace l’évolution de l’économie occidentale à travers le cas du Japon.

D’abord sa reconstruction après la Deuxième Guerre mondiale, la remise en selle de criminels de guerre japonais par les USA pour des raisons d’efficacité administrative, leur réunion en un parti libéral élu grâce à des fonds américains, le miracle économique japonais obtenu par une économie de type étatique et dirigiste, puis la dérégulation imposée par les USA dans toute leur zone d’influence au cours des années 80, les bulles financières et crises à répétition orchestrées par la Banque centrale du Japon pour s’assurer le soutien de la population aux réformes libérales présentées comme des panacées, la récession qui en a résulté, la prise d’indépendance de la Banque centrale sur conseil des USA, la stagnation artificiellement maintenue pour justifier toujours plus de réformes avec, à terme, la refonte totale de l’économie japonaise sur le modèle de l’actionnariat capitaliste américain ; vient ensuite l’appauvrissement du Japon, l’accroissement de ses inégalités sociales, de son taux de suicides, de sa criminalité, une cascade de faillites et la seule survie de ses plus grosses entreprises.

Le documentaire élargit ensuite son propos à d’autres pays du Sud-Est asiatique (Corée du Sud, Thaïlande, Indonésie), dont la dérégulation des investissements et des banques – toujours sur pression des USA à travers le FMI, l’OMC et le Trésor américain – et la création ex nihilo de crises nécessitant l’intervention du FMI ont rapidement, et sciemment, saboté les économies dans le but de les « ouvrir » à des intérêts étrangers – et toujours, sous prétexte de restaurer la stabilité financière perdue.

Il finit sur la zone euro, la crise de la dette européenne, les crises de l’Irlande, de la Grèce, du Portugal et de l’Espagne à la suite de l’harmonisation européenne volontairement ratée de la BCE, l’opacité absolue de ses politiques garantie par les termes du Traité de Maastricht, l’étude unique et biaisée qui a justifié sa création et son affranchissement de tout processus démocratique.

Que ce soient la Banque centrale du Japon, la Banque d’Angleterre, la Federal reserve des USA ou la BCE, selon Werner, les banques centrales sont hors de contrôle.

Corinne Autey-Roussel pour Entelekheia

Princes of the Yen
Réalisation Michael Oswald
Production Hushhushvideo & Queue Politely
Version sous-titrée en français, 1h32.

(Choisir « français » dans le menu des sous-titres).

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