Donald Trump se moque du droit international

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Un officier vétéran des forces armées et des services de renseignements militaires des USA explique ce qui s’est passé à Idlib : il n’y a pas eu d’attaque aux armes chimiques de la part d’Assad, le gaz n’était pas du sarin, les services de renseignements des USA le savaient et en avaient informé Trump, qui a fait fi de leurs rapports pour lancer une attaque injustifiée et illégale contre une base de l’armée syrienne.

 

Par le colonel W. Patrick Lang
Sources : Information Clearing House, Sic Semper Tyrannis

La décision de Donald Trump de lancer des frappes de missiles contre une base aérienne de l’armée syrienne était fondée sur un mensonge. Dans les jours qui viennent, les Américains apprendront que les services de renseignements savaient que la Syrie n’a pas attaqué de civils innocents à Idlib avec des armes chimiques. Voici ce qui s’est produit :

1 – La Russie avait prévenu les USA sur cette cible prévue. Ce processus a débuté voici plus de deux mois. Il y a une ligne téléphonique dédiée à la coordination (elle sert à empêcher les collisions ou autre accidents possibles entre avions américains et russes ou syriens).

2 – Les Américains avaient été mis au courant de l’opération prévue à Idlib, qui visait un hangar dont les Russes pensaient qu’il servait de dépôt de munitions/explosifs aux rebelles islamistes.

3 – Les forces aériennes syriennes ont frappé la cible avec des armes conventionnelles. Chacun s’attendait à voir une deuxième déflagration due à l’explosion des munitions censément abritées dans le hangar. Ce qui ne s’est pas produit. A la place, de la fumée, de la fumée chimique a commencé à s’échapper du site. Il s’avère que les « rebelles » utilisaient ce site pour y stocker des produits chimiques mortels, mais pas du sarin. Les produits chimiques comprenaient de l’acide phosphorique et du chlore. Ils ont suivi le vent et tué des civils.

4 – Il y avait du vent ce jour-là et le nuage chimique a été poussé vers un village proche, où il a fait des victimes.

5 – Nous savons qu’il ne s’agissait pas de sarin. Comment ? C’est très simple. Les soi-disant « équipes d’urgence » ont manipulé les victimes sans gants. Si cela avait été du sarin, ils seraient tous morts. Le sarin sur la peau tue. Comment je le sais ? J’ai suivi un entraînement spécifique à Fort McClellan, dans l’Alabama.

Des membres de l’armée américaine savaient donc à l’avance que cette frappe serait menée, et ils l’ont consigné par écrit. Il y a même un enregistrement filmé. Au moins, la Defense Intelligence Agency (DIA, Agence du renseignement de la défense) sait que l’incident n’était pas une attaque aux armes chimiques. En fait, les armes chimiques de la Syrie ont été détruites avec l’aide de la Russie.

Ceci est un deuxième incident du Golfe du Tonkin. Quelle ironie : en 2003, Donald Trump avait reproché à George W. Bush son attaque injustifiée contre l’Irak. Et aujourd’hui, nous avons le président Donald Trump faisant exactement la même chose. Pire, en fait. Parce que les services de renseignements détenaient l’information selon laquelle aucune attaque chimique n’avait été lancée par les forces armées syriennes.

La bonne nouvelle, c’est que les Russes et les Syriens étaient informés, ou du moins savaient qu’une attaque se préparait contre cette base syrienne. Ils ont pu mettre bon nombre de leurs avions à l’abri. La base frappée par les USA n’était pas d’une grande importance stratégique. Donald Trump peut bien jouer au dur. Il ne l’est pas. C’est un imbécile.

Cette attaque violait le droit international. Donald Trump a autorisé une attaque injustifiée contre un pays souverain. Encore plus inquiétant, des individus comme le Secrétaire de la Défense James Mattis, le directeur de la CIA Michael Pompeo et le directeur de la NSA, le général McMaster ont approuvé cette mascarade. Les troupes de première ligne savent la vérité. Ces faits vont forcément émerger. Il est probable que Donald Trump ne finisse même pas son premier mandat. Il sera destitué, je crois, [1] une fois que les preuves irréfutables données par les services de renseignements, qui ne corroborent en aucune façon la théorie d’une attaque aux gaz chimiques par Assad – ces preuves que Trump a ignorées et rejetées – seront présentées devant le Congrès.

En tant que contribuables américains, nous devrions également être alarmés par le fait que 100 millions de dollars en missiles [2] ont été lancés contre du sable et des crottes de chameau. Les Russes savaient qu’une attaque se préparait. J’espère qu’avec les Syriens, ils ont pu retirer leurs forces et leurs avions de la base à temps. Et si j’entretenais l’espoir de voir Donald Trump incarner une nouvelle forme de présidence, cet espoir est désormais éteint. C’est un ado et un crétin. Il a commis un acte de guerre sans aucune justification. Mais ce n’est pas sa seule faute. Ceux qui dirigent le NSC, le Département de la Défense, la CIA, le Département d’État auraient dû démissionner en signe de protestation. Ils ne l’ont pas fait. Ils sont complices.

 

W. Patrick Lang est un officier supérieur retraité des services de renseignements militaires des USA et des forces spéciales de l’armée américaine (les Bérets verts). C’est un vétéran décoré de la Guerre du Vietnam. Après avoir reçu un entraînement spécifique de spécialiste du Moyen-Orient, il est resté en poste de nombreuses années dans la région.

Traduction Entelekheia
Photo : missile « Tomahawk »

[1] NdT : Il n’est en rien assuré que de quelconques preuves de l’innocence d’Assad soient présentées devant le Congrès – même si les renseignements américains sont déjà en train de corroborer la version russe, la même que celle du colonel W. Patrick Lang présentée dans cet article  – parce que la majorité du Congrès veut la guerre, et que Trump est en train de la lui donner. (La guerre et partant, les dépenses militaires sont le principal business des USA.)

[2] NdT : Les missiles « Tomahawk » coûtent un 1,4 million de dollars chacun.

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