L’asile d’aliénés syrien devient encore plus délirant

Kurdes, Afrine, Turquie, Erdogan, Manbij, Russie, Kurdistan, USA, Soutien, rebelles, YPG, PKK, Syrie,

Des infos très intéressantes et généralement passées sous silence sur les Kurdes…


Par Eric Margolis
Paru sur le blog de l’auteur et Information Clearing House sous le titre The Syrian Madhouse Gets Even Crazier


L’été dernier, j’étais juste à la frontière de la ville d’Afrine, dans la zone où les Turcs et les Kurdes et possiblement, des forces américaines sont partis pour une confrontation frontale. Il me semble fou que quiconque veuille combattre pour ce village de fermiers. Nous y étions pour une mission de sauvetage d’animaux sauvages piégés dans un zoo d’Alep, qui était en guerre.

Pourquoi est-ce qu’au moins 2000 soldats américains sont mêlés à ce fracas en Syrie ? Parce que les néocons de Washington, qui mènent plus ou moins entièrement la politique étrangère de Washington ces jours-ci, sont déterminés à prendre leur revanche après la défaite des rebelles soutenus par les USA en Syrie. Ils sont donc encore une fois sur la brèche près d’Afrine et de la ville Manbij, bien que l’Amérique n’ait strictement pas le moindre intérêt national à défendre en Syrie. Les USA avaient tenté de renverser le gouvernement syrien une première fois en 1948, parce qu’il était trop indépendant et qu’il flirtait avec les Soviétiques. L’intervention actuelle fait partie du plan d’Israël pour fragmenter la Syrie et s’en approprier l’eau et les terres fertiles.

Pire, le Pentagone a décidé de recruter et d’armer des Kurdes rebelles du sud de la Turquie et de Syrie, et de les utiliser comme forces de procuration d’abord contre Daech, puis les forces armées turques. C’était une très mauvaise idée – de plus encore envenimée par l’annonce incroyablement stupide du Secrétaire d’État Rex Tillerson selon laquelle les USA allaient mobiliser, armer et financer une « force frontalière » de 30 000 Kurdes, alors qu’ils sont liés au groupe rebelle kurde PKK. Washington n’a qu’une compréhension sommaire des événements en Turquie et de leur dangerosité potentielle. Washington a elle-même classé le PKK entité ‘terroriste’. Clairement, elle ne sait même plus ce que sont des ‘terroristes’. Les néocons, sous Trump, ont éviscéré le Département d’État.

Les Turcs craignent à juste titre que les événements de la Syrie en guerre n’embrasent les exigences d’indépendance de sa turbulente minorité kurde. L’implication très probable des USA dans le coup d’État manqué de 2016 contre le président turc, Recep Erdogan, ont aggravé leurs peurs d’un complot des USA visant à diviser la Turquie.

Les Turcs se souviennent des efforts de la Grande-Bretagne, de la France, de la Grèce et de l’Italie, après la Première Guerre mondiale, en 1918-19, pour se partager les dépouilles de l’Empire ottoman.

Les Turcs sont dans une colère noire. La Turquie se bat contre une vaste insurrection Kurde depuis les années 1980. J’étais avec l’armée turque dans l’est de l’Anatolie (juste au nord de la Syrie), et j’ai été témoin de la guérilla sanguinaire, brutale entre les Turcs et les Kurdes, qui avait tué 40 000 personnes, pour la plupart des civils.

Le leader de la Turquie, le président Erdogan, était presque arrivé à un accord de paix avec les Kurdes et leur leadership du PKK quand l’intervention en Syrie a remis le feu aux poudres. Comme souvent dans le passé, des puissances étrangères ont utilisé les Kurdes au service de leurs propres buts, puis les ont abandonnés.

L’intervention de la Russie, de l’Iran et du Hezbollah libanais dans la « guerre civile » syrienne a causé la défaite des forces rebelles soutenues par les USA-Arabie Saoudite-Grande-Bretagne-Israël. Cela, comme noté précédemment, a mené le Parti de la guerre américain, dans sa frustration, à baser des troupes en Syrie, en violation flagrante du droit international. Alors que les troupes américaines étaient prêtes à se confronter aux forces de Damas et à leur soutien aérien russe, les Kurdes ont déclaré une guerre ouverte. Les Kurdes syriens n’étaient pas les seuls impliqués : de grands nombres de Kurdes ethniques de Turquie, qui forment à peu-près 17% de la population turque, étaient prêts à s’y joindre. Les Kurdes d’Iran étaient les suivants sur la liste.

Pour clarifier les propos d’Eric Margolis, la zone revendiquée par diverses factions et partis kurdes, en beige clair. Quatre pays sont concernés : La Turquie, la Syrie, l’Irak et l’Iran.

Tout cela est une énorme et dangereuse poudrière. Les forces américaines et russes sont maintenant à portée de tir les unes des autres, pendant que leurs avions patrouillent dans le ciel au-dessus de la zone. Les forces iraniennes et américaines se rapprochent d’une confrontation, ce qui enchanterait la Maison-Blanche de Trump. Les forces turques et américaines se rapprochent aussi d’une confrontation.

Si un clash entre les Russes et les Américains ne s’est pas encore produit, nous le devons à la pondération de Vladimir Poutine. Pendant que cette dangereuse guerre des nerfs continue, les USA et les forces de l’OTAN sont occupés à tester les frontières de la Russie dans la Baltique, l’est de l’Europe et la Mer noire. L’appétit de guerre s’aiguise.

La Syrie, un pays dévasté, fait face à encore plus de guerre. Les animaux sauvages que nous avons secourus à Alep sont encore presque tous sous le choc, après leur enfermement au beau milieu d’une zone de guerre. L’une des hyènes que nous avions sauvée est morte d’une insuffisance organique. Pensons à la souffrance du peuple syrien alors que les grandes puissances transforment ce qui était un pays délicieux en cimetière géant.

Copyright Eric S. Margolis 2018

Eric Margolis est un journaliste primé dont les articles sont parus dans le New York Times, l’International Herald Tribune, le Los Angeles Times, le Times of London, le Gulf Times, Hurriyet, le Huffington Post, etc.

Traduction et note d’introduction Entelekheia
Photo: des Américains assistent à une cérémonie de l’YPG. Les Kurdes sont largement majoritaires au sein des dénommées Forces démocratiques syriennes créées, armées et soutenues par les USA. Source, Hurriyet.

[Ajout d’Entelekheia : il semble que les liens entre les Kurdes et les USA remontent à des années. Par exemple, depuis 2005, en Irak, le Gouvernement régional du Kurdistan emploie les services d’une firme de relations publiques américaine liée au Parti républicain et à l’administration Bush, Russo Marsh & Rogers, pour sa promotion. La même firme avait travaillé en 2003 à la campagne de propagande anti-Saddam qui avait précédé la Guerre d’Irak.]

Vous aimerez aussi...

Laisser un commentaire