Les publications scientifiques les plus renommées accusent : nombre d’études scientifiques publiées, peut-être la moitié, seraient fausses

Comme l’avait dit le plus célèbre des propagandistes américains – et peut-être bien le propagandiste le plus influent de tout le XXe siècle – Edward Bernays à un présentateur de télévision qui, après l’avoir appelé « docteur », lui demandait de définir la propagande, « Nous pouvons commencer par le fait que les gens de votre public vont davantage me croire si vous m’appelez ‘docteur' ».

Les docteurs et experts de tous horizons ont effectivement un poids démesuré auprès de l’opinion, et se retrouvent à ce titre en ligne de mire d’offensives de séduction de la part de lobbies, de firmes de relations publiques, de communicants divers ou d’autres organismes vendeurs d’une « cause » ou d’une autre. Avec une conséquence concrète, immédiate : la banalisation de la manipulation ou de l’auto-manipulation d’opinions d’experts, de données et de résultats scientifiques à des fins publicitaires ou de propagande politique.

Aujourd’hui, les choses en sont arrivées à un point tel que le journal médical le plus respecté au monde, le vénérable Lancet, sonne l’alarme : minée par une corruption endémique, polluée par des intérêts particuliers, la science n’est plus un terrain solide.


Cet article est paru sur le Washington’s Blog sous le titre Editors of World’s Most Prestigious Medical Journals : Much of the Scientific Literature, Perhaps HALF, May Simply Be Untrue


Le Lancet (RU) et le New England Journal of Medicine (USA) sont les deux publications médicales les plus prestigieuses au monde.
Il est donc frappant que leurs deux rédacteurs en chef aient publiquement dénoncé la corruption qui mine la science.

Le rédacteur en chef du Lancet, Richard Horton, a écrit :

« Nombre de publications scientifiques, peut-être bien la moitié, pourraient être fausses. Affligée d’études menées sur des échantillons trop réduits, d’analyses exploratoires non valides, et de conflits d’intérêts flagrants ajoutés à une espèce d’obsession envers des tendances à la mode mais d’importance douteuse, la science a pris le chemin de l’obscurantisme. Comme l’a énoncé l’un des participants, « les mauvaises méthodes obtiennent des résultats ». L’Académie des Sciences médicales, le Medical Research Council (Conseil de la recherche médicale, RU) et le Biological Sciences Research Council (une autre officine gouvernementale du RU) ont pesé de tout le poids de leur réputation pour enquêter sur ces pratiques douteuses. Apparemment, l’endémisme [i.e, l’étendue dans la culture scientifique] des mauvaises recherches est alarmant. Dans leur quête de résultats vendeurs, les scientifiques sont trop souvent tentés de sculpter les données pour les faire entrer dans le moule de leur théorie de choix. Les rédacteurs des publications portent aussi leur part de responsabilité. Nous aidons et soutenons les pires comportements. Notre acceptation du facteur « impact » nourrit une concurrence malsaine de gens qui se bousculent pour gagner une visibilité dans quelques journaux choisis. Notre amour de la « signification » pollue la littérature scientifique avec des flots de statistiques dignes de contes de fées. Nous rejetons des confirmations importantes. Les journaux ne sont pas les seuls mécréants. Les universités se battent constamment pour des financements et des talents, des besoins qui engendrent des mesures de qualité réduites, comme la mise en avant de recherches de fort impact. Les procédures nationales d’évaluation comme le Research Excellence Framework (le Cadre d’Excellence en Recherche) incitent aux mauvaises pratiques. Et les scientifiques individuels, y compris les plus respectés, font peu pour redresser une culture de recherche scientifique qui vire occasionnellement à l’inconduite délibérée.
Une partie du problème réside dans le fait que personne n’est incité à avoir raison. »

De la même façon, la rédactrice en chef du New England Journal of Medicine, le Dr Marcia Angell, a écrit en 2009 :

« Il n’est tout simplement plus possible de croire à nombre d’études cliniques publiées, ou de compter sur le jugement de médecins respectés ou de procédures médicales établies. Je ne prends pas de plaisir à cette conclusion, que j’ai atteinte lentement et avec réticence au cours de mes vingt ans en tant que rédactrice du New England Journal of Medicine. »

Dans cet indispensable essai, le Dr Angell accuse les compagnies pharmaceutiques, les départements médicaux universitaires, et les groupes médicaux qui établissent les critères de diagnostic et de traitements d’être rongés par la corruption et les conflits d’intérêts.

Et le gouvernement [Ndt, des USA] couvre souvent ces mauvaises pratiques.

Traduction et note d’introduction Entelekheia

Ndt: Bien sûr, la corruption du champ des sciences ne se confine certainement pas à la médecine. Il est probable que tous les secteurs d’expertise soient aussi touchés, autant au Royaume-Uni qu’aux Etats-Unis ou dans toute la zone atlantique, UE comprise. Étant donné le crédit que la société moderne accorde aux experts de tous les domaines scientifiques, « durs » comme « mous », on voit mal comment il pourrait en aller autrement. Gageons qu’Edward Bernays en tomberait d’accord.

Vous aimerez aussi...