Les troubles mentaux en expansion dans la zone atlantique, pourquoi ? – Le cas des USA

Les données révèlent une épidémie de troubles mentaux aux USA. (Ndt, à des degrés divers selon les pays, la compilation de statistiques de membres de l’UE rend compte de la même tendance en Europe). Le mot « aliénant » serait-il davantage qu’un simple concept pour causeries marxistes ?

Tour d’horizon d’un monde où le marigot des intérêts particuliers ajoute à la dégradation des conditions psychologiques et sociales vécues par les populations.


Par Bruce E. Levine
Cet article est originellement paru sur AlterNet sous le titre Living in America will drive you insane — literally

Dans « L’épidémie de maladies mentales, pourquoi ? » (New York Review of Books, 2011), Marcia Angell, l’ancienne rédactrice en chef de l’une des plus prestigieuses publications médicales au monde, le New England Journal of Medicine, dénonce le surdiagnostic de troubles psychiatriques, la pathologisation de comportements normaux, la corruption de la psychiatrie par les compagnies pharmaceutiques et les effets secondaires des traitements psychiatriques médicamenteux. Mais bien que l’expansionnisme du diagnostic et les compagnies pharmaceutiques méritent une large part des reproches qui leur sont adressés, il y a d’autres raisons.

Un sondage de juin 2013 de Gallup révèle que 70% des Américains détestent leur travail ou l’ont quitté. La vie peut être ou ne pas être pire que pour la génération précédente, mais notre foi dans « le progrès » a aiguisé nos attentes. Nous pensons que la vie devrait être plus satisfaisante, et comme ce n’est pas le cas, nous expérimentons une frustration de masse. Pour nombre d’entre nous, la société est devenue de plus en plus aliénante, clivante et absurde, et gagner un chèque à la fin du mois demande toujours plus de diplômes, plus d’obéissance, plus de cirage de chaussures, plus de couleuvres à avaler et plus d’hypocrisie. Donc, nous voulons nous rebeller. Toutefois, nombre d’entre nous n’entretiennent aucun espoir d’échapper à la servitude sociétale, et peu croient à l’activisme politique pour engendrer des changements sociétaux. Donc, nombre d’entre nous, notamment les jeunes américains, se rebellent à travers ce qu’on nomme communément maladie mentale.

Alors qu’historiquement, quelques Américains ont sciemment simulé la maladie mentale pour échapper à des exigences sociétales oppressives (par exemple, Malcolm X avait simulé la folie pour éviter le service militaire), aujourd’hui, la vaste majorité des gens diagnostiqués et traités pour des maladies mentales ne sont en aucune façon de fiers simulateurs comme Malcolm X. Nombre d’entre nous, tristement, sommes honteux de notre inefficacité et de notre improductivité. Nous tentons désespérément de tenir dans le moule. Mais, quels que soient nos efforts de concentration, d’adaptation, d’ajustement et d’obéissance à nos jobs aliénants, à nos écoles ennuyeuses et à la stérilité de notre société, notre humanité fait obstacle et nous devenons anxieux, déprimés et dysfonctionnels.

L’épidémie de troubles mentaux

Les maladies mentales sévères et handicapantes ont augmenté de façon dramatique aux USA. Marcia Angell, dans son essai de 2011 pour la New York Review of Books, résume : « le taux de ceux qui sont handicapés par leurs troubles mentaux au point de bénéficier de programmes gouvernementaux pour personnes handicapées a augmenté de presque deux fois et demie entre 1987 et 2007 – d’un Américain sur 184 à un sur 76. Pour les enfants, l’augmentation est encore plus frappante – une multiplication par 35 sur les mêmes deux décennies. »

Angell rapporte aussi qu’une enquête menée sur les adultes entre 2001 et 2003, parrainée par l’Institut national de la santé mentale, a découvert qu’à un moment ou un autre de leur vie, 46% des Américains ont répondu aux critères établis par l’Association Psychiatrique Américaine (American Psychiatric Association, APA), pour au moins une maladie mentale. [Ndt, L’APA étant un organisme notoirement incompétent, ses définitions de la maladie mentale sont à prendre avec de très longues pincettes. Pour les anglophones, voir sur le sujet le documentaire archi-documenté « The Trap » d’Adam Curtis, malheureusement non sous-titré en français à ce jour.]

En 1998, Martin Seligman, qui était alors président de l’Association psychologique américaine [Ndt, a distinguer de l’Association psychiatrique américaine], s’est adressé au Club national de la presse sur l’épidémie de dépressions aux États-Unis : « Nous avons découvert deux choses extraordinaires sur le taux des dépressions au cours du siècle. La première est que nous en enregistrons entre dix et vingt fois plus qu’il y a cinquante ans. Et la deuxième est qu’elle est devenue un problème de jeunes. Quand j’ai commencé à travailler sur la dépression, il y a trente ans, l’âge moyen de déclenchement d’une dépression était vers 29 ou 30 ans. Aujourd’hui, l’âge moyen se situe entre 14 et 15 ans. »

En 2011, le Centre pour le contrôle et la prévention des maladies (CDC) rapportait que l’usage d’antidépresseurs aux USA avait augmenté de presque 400% dans le cours des deux dernières décennies, faisant des antidépresseurs la classe de médicaments la plus fréquemment prise par les Américains de 18 à 44 ans. En 2008, 23% des femmes de 40 à 59 ans prenaient des antidépresseurs.

Le 3 mai 2013, le CDC a rapporté que le taux de suicides chez les Américains de 35 à 64 ans avait augmenté de 28,4% entre 1999 et 2010 (de 13,7 suicides pour 100 000 habitants en 1999 à 17,6 pour 100 000 en 2010. [Ndt, pour le monde entier – avec des variations marquées entre les pays – l’augmentation du taux des suicides avoisinerait les 60% au cours de ces 45 dernières années. Chiffres de l’OMS fondés sur les 60 pays-membres, tous développés, qui fournissent des statistiques.]

En 2007, selon le New York Times, le nombre d’enfants et d’adolescents américains traités pour des troubles bipolaires avait augmenté de 40 fois entre 1994 et 2003. En mai 2003, dans une de ses études, le CDC a rapporté ce qui suit : « Un total de 13 à 20% des enfants vivant aux USA font un trouble mental chaque année, et le suivi des données entre 1994 et 2011 indique une augmentation de ces maladies. »

Le surdiagnostic, la pathologisation de la normalité et les effets secondaires des traitements médicamenteux

Même au sein des circuits officiels de la psychiatrie , peu continuent d’affirmer que l’augmentation des troubles mentaux est due à des sous-estimations historiques des atteintes mentales. Les explications les plus courantes de l’épidémie de maladies mentales comprennent le surdiagnostic récent des désordres psychiatriques, l’expansion des critères de diagnostic et la pathologisation de comportements normaux par la psychiatrie.

Le premier DSM (Diagnostic and Statistical Manual of Mental Disorders) [Ndt, le manuel officiel des psychiatres américains publié par l’APA, dont les classifications souvent fantaisistes et la démultiplication exponentielle des troubles mentaux ont souvent été reprises telles quelles dans toute la zone d’influence des USA, UE comprise], l’outil de diagnostic emblématique de la psychiatrie américaine, a été publié par l’APA en 1952 et détaillait 106 troubles psychiatriques. La seconde mouture du DSM a été publiée en 1968, et le nombre des troubles avait grimpé à 182. Le DSM-3 (la troisième version) a vu le jour en 1980, et bien que l’homosexualité ait été retirée de sa liste, les troubles étaient passés à 265, avec l’adjonction de désordres chez les enfants qui allaient bientôt devenir populaires, par exemple le « Trouble oppositionnel avec provocation » (TOP). [Ndt, un enfant ou un adolescent qui répond à ses parents est-il passible d’un traitement psychiatrique ? Chacun sera juge.] Le DSM-4, publié en 1994, dénombrait 365 diagnostics différents.

Le DSM-5 a été publié en mai 2013. Le journal PLOS Medicine révélait en 2012 que « 69% de l’équipe rédactionnelle du DSM-5 est liée à l’industrie pharmaceutique. » Le DSM-5 n’a pas ajouté autant de nouveaux diagnostics que les révisions précédentes du manuel. Toutefois, le DSM-5 a été critiqué même par des psychologues aussi établis qu’Allen Frances, le secrétaire précédente de l’équipe rédactionnelle du DSM-4, pour sa création ex nihilo de patients par son expansion des critères de diagnostic des troubles mentaux, particulièrement de la dépression. [Ndt, peuvent être qualifiés de « dépressifs » des gens tristes à la suite d’une séparation ou d’un deuil, par exemple. C’est l’instance la plus fréquemment citée de pathologisation de comportements et de ressentis normaux.] Voir l’article de Frances, « Dernier appel au DSM-5 : Sauvez le deuil des compagnies pharmaceutiques ».

Au cours des deux dernières décennies, bon nombre de livres de journalistes et de professionnels de la santé mentale ont dénoncé le charlatanisme de l’APA et de son DSM, le surdiagnostic de troubles psychiatriques et la pathologisation de comportements normaux. Un échantillon de ces livres comprend They Say You’re Crazy de Paula Caplan (1995), Making Us Crazy de Herb Kutchins et Stuart Kirk (1997), The Loss of Sadness: How Psychiatry Transformed Normal Sorrow into Depressive Disorder, d’Allan Horwitz et Jerome Wakefield (2007), Shyness: How Normal Behavior Became a Sickness de Christopher Lane ( 2008), Mad Science: Psychiatric Coercion, Diagnosis, and Drugs de Stuart Kirk, Tomi Gomory et David Cohen (2013), The Book of Woe: The DSM and the Unmaking of Psychiatry de Gary Greenberg (2013), Saving Normal d’Allen Frances (2013).

Encore plus que les critiques de l’équipe rédactionnelle du DSM-5 par son ex-secrétaire de rédaction, Allen Frances, l’entrée en lice de Thomas Insel, directeur de l’Institut national de la santé mentale (National Institute of Mental Health, NIMH) a fait grand bruit. Insel a récemment déclaré que les classifications et outils de diagnostic du DSM n’avaient pas de valeur réelle, et que « l’Institut national de la santé mentale allait se réorienter dans d’autres directions que celles des classifications du DSM. » Et le psychiatre Robert Spitzer, ancien chef de l’équipe rédactionnelle du DSM-3, a écrit la préface du livre anti-DSM The Loss of Sadness (La Perte de la tristesse), et critique aujourd’hui l’indifférence du DSM au contexte des symptômes, qui peut mener à des diagnostics erronés et à la médicalisation d’expériences normales.

Donc, au cours des deux dernières décennies, la critique de la pseudo-science du DSM est passée de la « frange radicale » des anti-psychiatres [Ndt, ceux qui sont contre les psychiatres prescripteurs de médicaments] à une proposition majoritaire menée par les ex-chefs des équipes rédactionnelles du DSM-3 et du DSM4, et par le directeur de l’Institut national de la santé mentale.

Une autre explication de l’épidémie est également passée des radicaux à une position officielle grâce à la pugnacité d’un journaliste-enquêteur, Robert Whitaker, et à son livre Anatomy of An Epidemic (Anatomie d’une épidémie, 2010). Selon Whitaker, les effets secondaires des médicaments psychiatriques sont les premières causes de l’épidémie. Il expose que ces drogues, pour nombre de patients, chronicisent des problèmes émotionnels et comportementaux sporadiques et les transforment en handicaps sévères et permanents. [Ndt, particulièrement en cause, la Ritaline donnée à des enfants soi-disant atteints de déficits de l’attention, TDAH. Même si la France reste raisonnable au regard d’autres pays d’Europe comme l’Islande, les prescriptions de Ritaline y sont en hausse.]

En examinant la littérature scientifique sur plus de 50 ans, Whitaker a découvert que, même si quelques médicaments psychiatriques peuvent être efficaces à court terme, ces drogues augmentent les chances de la personne de développer des troubles chroniques sur le long terme. Selon lui, « la littérature scientifique démontre que l’état de nombre de patients traités pour un problème mineur empire en réponse à une médication – par exemple par un épisode maniaque après la prise d’antidépresseurs – et que cela peut dégénérer en diagnostics plus sévères, comme des troubles bipolaires. »

Au regard de la montée dramatique des troubles bipolaires chez les enfants, Whitaker signale que, « Après que les psychiatres aient commencé à mettre les enfants sous Ritaline, ils ont commencé à voir des enfants pré-pubères atteints de syndromes maniaques (bipolaires). La même chose s’est produite quand les psychiatres se sont mis à prescrire des antidépresseurs à des enfants et à des adolescents. Un pourcentage significatif d’entre eux ont fait des réactions maniaques ou hypomaniaques à ces antidépresseurs. » A la suite de quoi ces enfants et ces adolescents sont placés sous traitements encore plus lourds, y compris de cocktails médicamenteux, y répondent mal et se détériorent. Et cela, pour Whitaker, explique en grande partie la multiplication par trente-cinq des enfants et adolescents classés comme atteints de troubles mentaux entre 1987 et 2007. (Voir mon interview avec lui de 2010, « Est-ce que le Prozac et d’autres médicaments psychiatriques sont la cause de l’augmentation des maladies mentales aux USA ? »)

L’explication de l’épidémie par Whitaker fait aujourd’hui partie du débat institutionnel psychiatrique officiel ; par exemple, Whitaker a été invité par l’Alliance nationale pour les malades mentaux (National Alliance for the Mentally Ill, NAMI) pour parler à leur convention annuelle de 2013. Même si Whitaker conclut que le paradigme des soins psychiatriques fondés sur les traitements médicamenteux est la cause première de l’épidémie, il n’exclut pas d’autres facteurs dans l’augmentation des maladies mentales. [Ndt, et il semble bien qu’il soit dans le vrai. Les pays de l’UE, qui sont heureusement beaucoup plus frileux que les USA sur les prescriptions de psychotropes — et de médicaments dangereux en général — enregistrent également, malgré tout, une forte montée d’indicateurs de malaise social tels que les troubles mentaux, les divorces et séparations, la dénatalité, les suicides, l’alcoolisme et les dépendances, etc.]

La maladie mentale comme rébellion contre la société

« La critique la plus vitriolique que l’on puisse adresser à la civilisation moderne est qu’à part ses crises et catastrophes fabriquées de toutes pièces, elle n’est pas humainement intéressante… Au bout du compte, cette civilisation ne peut produire qu’un homme massifié : incapable d’activités auto-dirigées et spontanées, au mieux patient, docile, façonné par un travail monotone à un point lamentable… Cette société ne produit que deux types d’hommes : les conditionneurs et les conditionnés, les barbares actifs et les passifs. » – Lewis Munford

Avant, de nombreux critiques sociaux comme Lewis Mumford et Erich Fromm exprimaient volontiers leurs inquiétudes sur les répercussions de la civilisation moderne sur la santé mentale. Aujourd’hui, l’idée selon laquelle les maladies mentales peuvent être causées par une frustration chronique, sans issue, engendrée par une société déshumanisante a été généralement évacuée du débat officiel. Quand un problème sociétal grandit au point de tout submerger, nous ne le voyons souvent plus.

Nous sommes aujourd’hui désengagés de nos emplois et de notre système d’éducation. Les jeunes sont poussés dans des filières « utiles » qui ne les intéressent souvent pas. Et de plus en plus d’entre nous sommes socialement totalement isolés, avec personne pour s’inquiéter de nous.

Pour revenir à l’enquête de 2013 de Gallup, « L’état de l’emploi aux USA : l’engagement des employés », seuls 30% des travailleurs se sentaient « activement engagés, partie prenante, enthousiastes et loyaux à leur employeur ». Par contraste avec ce groupe « activement engagé », 50% se sentaient « non engagés » et ne travaillaient que pour percevoir leur chèque, alors que 20% se déclaraient « activement désengagés », détestaient leur travail et mettaient leur énergie à saper l’ambiance de leur lieu de travail. Ceux qui jouissaient des meilleurs niveaux d’éducation rapportaient le plus fort taux de mécontentement.

Et l’éducation ? Selon une autre enquête de Gallup, « The School Cliff: Student Engagement Drops With Each School Year » (L’école, une falaise à pic : l’engagement des étudiants décline tous les ans ») sortie en janvier 2013 et portant sur 500 000 étudiants dans 37 états en 2012, presque 80% des élèves de l’école primaire se disaient engagés à l’école. Mais dans le secondaire, ce taux chutait à 40%. Comme les sondeurs le notaient, « Si nous faisions ce qu’il faut en matière d’école et d’avenir, ces chiffres seraient inversés. A mesure de ses progrès dans le système scolaire, un étudiant devrait être de plus en plus engagé, pas de moins en moins. »

En plus de l’ennui des emplois et de l’école, il y a de plus en plus de problèmes liés à l’isolement social. Une étude majeure rapportée par l’American Sociological Review, « L’isolement social : changements dans les échanges proches sur deux décennies » examinait les confidents proches des Américains (ces gens à qui nous faisons assez confiance pour leur confier des secrets). Les auteurs ont rapporté qu’en 1985, 10% des Américains déclaraient ne pas avoir de confident dans leur vie. En 2004, le chiffre avait bondi à 25%.

A la base des quelques 400 diagnostics du DSM des psychiatres, se trouvent les problèmes du désespoir, de l’impuissance, de la passivité, de l’ennui, de la peur, de l’isolement et de la déshumanisation – qui culminent dans une perte d’autonomie et de proximité communautaire.

Est-ce que nos institutions sociétales encouragent :

  • L’enthousiasme – ou la passivité ?
  • Le respect des relations personnelles – ou des relations manipulatrices impersonnelles ?
  • La communauté, la confiance – ou l’isolement, la peur et la paranoïa ?
  • La responsabilité – ou l’impuissance ?
  • L’autonomie (la capacité à se diriger soi-même) – ou l’hétéronomie (la direction par d’autres) ?
  • La démocratie participative – ou les hiérarchies autoritaires ?
  • La diversité et la stimulation – ou l’homogénéité, le conformisme, la pensée unique et l’ennui ?

La recherche (que j’ai documentée dans mon livre Commonsense Rebellion (La Rébellion du sens commun) démontre que les personnes qui tombent sous le diagnostic de troubles de l’attention avec hyperactivité (TDAH) s’en sortent le plus mal dans des environnements ennuyeux, répétitifs, et contrôlés ; et que les enfants étiquetés TDAH sont impossibles à distinguer des « normaux » quand ils choisissent leurs activités et qu’ils s’y intéressent. Ainsi, l’environnement scolaire standard ne pourrait pas être plus inadapté aux jeunes catalogués TDAH.

Comme je l’ai écrit l’année dernière sur AlterNet dans « Aurions-nous drogué Einstein ? Comment l’insoumission est devenue un problème de santé mentale », les professionnels de la santé mentale attestent d’un biais marqué en interprétant l’inattention et la désobéissance comme un désordre psychologique. Ceux qui ont fait des études longues ont passé des années dans un monde où tous les étudiants doivent prêter attention à nombre de choses inintéressantes. Dans ce monde, on obéit passivement aux demandes des autorités. De sorte que, pour beaucoup de détenteurs de doctorats, les gens qui se rebellent contre ce comportement d’attention et d’obéissance semblent vivre dans un autre monde – un monde diagnosticable.

La réalité est qu’au delà d’un certain seuil d’impuissance, de désespoir, de passivité, d’ennui, de peur, d’isolement et de déshumanisation, nous nous rebellons et nous refusons d’obéir. Quelques-uns d’entre nous se rebellent en devenant inattentifs ou distancés. D’autres deviennent agressifs. Nombre d’entre nous mangeons, buvons et jouons trop à des jeux d’argent. D’autres encore s’accrochent à des drogues médicamenteuses ou illicites. Des millions d’entre nous travaillent mécaniquement dans des jobs ennuyeux, et deviennent dépressifs ou passifs-agressifs, alors que d’autres, en nombre de plus en plus important, n’arrivent pas à s’adapter et semblent fous. Comme nous nous sentons incompris et peu estimés, des millions d’entre nous finissons par nous rebeller contre les exigences sociétales. Mais, étant donné notre manque de moyens d’action, nos rébellions sont souvent passives et désorganisées, futiles et autodestructrices.

Quand nous avons de l’espoir, de l’énergie et des amis, nous pouvons choisir de nous rebeller contre l’oppression sociétale avec, par exemple, une grève sauvage ou un retour communautaire à la terre. Mais, quand nous n’avons pas d’espoir, d’énergie ou d’amis, nous nous rebellons sans en avoir conscience et d’une façon qu’aujourd’hui, nous appelons des maladies mentales.

Pour quelques américains, sans doute, le but conscient est de se faire classer malade mental pour bénéficier d’une pension d’invalidité (entre 700 et 1400 dollars par mois). Mais cela ne représente-t-il pas de toutes façons un retrait volontaire de la société et une sorte de rébellion fondée sur un refus de participation accompagné d’une garantie de survie financière ?


Traduction Entelekheia. Les liens d’origine, en anglais, ont été réinsérés dans le texte à titre de références.

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