L’immoralité grotesque de la guerre des USA contre le Vietnam, le Laos et le Cambodge

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En 1950, la Commission du droit international instaurée quelques années plus tôt (1947) par l’Assemblée général des Nations-Unies adopte les Principes du droit international consacrés par le statut du tribunal de Nuremberg. Sont principalement interdites les guerres d’agression, qui contiennent en germe tous les autres crimes possibles (crimes de guerre, crimes contre l’humanité, génocides).

L’emploi d’armes chimiques, quant à lui, est interdit par la communauté internationale depuis la fin de la Première Guerre mondiale, avec une interdiction rappelée et renforcée en 1972, puis en 1993.

Les USA, qui comptent pourtant parmi les premières locomotives de ces initiatives, ne s’y sont jamais conformés.


Par S Brian Willson
Extrait d’un témoignage de vétéran du Vietnam posté sur Facebook sous le titre The Grotesque Immorality of The US War Against Viet Nam, Laos, and Cambodia


En tant que vétéran du Vietnam, je sais quelles souffrances ont été endurées par plus de trois millions de soldats, de marines, de marins et de pilotes, dont plus de 58 000 ont payé la guerre au prix le plus fort, et dont les noms sont sur le Mur du Vietnam à Washington DC.

Toutefois, si la culture américaine veut trouver la rédemption, il est impératif d’admettre très concrètement les souffrances que nous avons causées chez les Vietnamiens, les Laotiens, et les Cambodgiens – des gens qui ne demandaient qu’à être libres d’occupants étrangers, que ce soient les Chinois, les Français, les Japonais ou les Américains. Ce n’était pas une guerre civile, c’était une guerre concoctée par les USA pour préserver ses intérêts impérialistes en Asie.

Si honorablement, et parfois même si héroïquement notre armée ait-elle servi et combattu en Asie du Sud-Est, (1) nous n’en étions pas moins de la chair à canon mercenaire au service de buts très différents de ceux qu’on nous avait expliqués. Quand j’ai compris la véritable nature de la guerre, je me suis senti trahi par mon gouvernement, par ma religion, par mes écoles, par ma famille – en fait, par tout le conditionnement culturel dans « l’exceptionnalisme américain » qui a tant desservi mon humanité, et nous a tous desservi.

Je suis sidéré par le déferlement de la puissance de feu employée par les Américains, et l’incroyable destruction qu’elle a causé chez des gens innocents.

  • 75% du territoire du Sud Vietnam était considéré comme une zone de feu à volonté (c-à-d, une zone génocidaire).
  • Plus de six millions d’Asiatiques ont été tués au Vietnam, au Laos et au Cambodge.
    Plus de 64 000 soldats américains et alliés ont été tués.
  • Plus de 1600 soldats américains et 300 000 soldats vietnamiens sont toujours portés disparus.
  • Des milliers de gens ont été amputés ou sont devenus paraplégiques, aveugles, sourds et autrement handicapés.
  • 13 000 sur les 21 000 villages que comptait le Vietnam, ou 62%, ont été gravement endommagés ou détruits, généralement par des bombardements.
  • Presque 950 églises et pagodes ont été détruites par des bombardements.
  • 350 hôpitaux et 1500 maternités ont été détruits par des bombardements.Presque 3000 collèges et universités ont été détruits par des bombardements.
  • Plus de 15 000 ponts ont été détruits par des bombardements.
  • Dix millions de mètres cube de barrages et de digues ont été détruits par des bombardements.
  • Plus de 3700 avions à voilure fixe américains ont été perdus.
  • Il y a eu 36 125 000 sorties d’hélicoptères américains au cours de la guerre ; plus de 10 000 hélicoptères ont été perdus ou sérieusement endommagés.
  • 26 millions de cratères de bombes ont été créés, la majorité par des B-52 (un cratère de bombe larguée par un B-52 peut atteindre 6 mètres de profondeur sur 12 mètres de circonférence.)
  • 39 millions d’acres de terre indochinoise (ou 91% du territoire du Sud-Vietnam) a été jonché de fragments de bombes et de cartouches vides, l’équivalent de 244 000 fermes de 160 acres, ou d’une surface de la taille de toute la Nouvelle-Angleterre sans le Connecticut.
  • 80 millions de litres de produits chimiques extrêmement dangereux (des herbicides en particulier) ont été largués au cours de 20 000 missions d’épandage entre 1961 et 1970, dans ce qui a été l’utilisation la plus intensive de combats à l’arme chimique de l’histoire de l’humanité, avec jusqu’à 4,8 millions de vietnamiens vivant dans presque 3200 villages directement empoisonnés par les produits chimiques.
  • Plus de 500 000 vietnamiens sont morts de maladies chroniques liées aux épandages de produits chimiques, et une estimation de 650 000 personnes souffrent encore de ces maladies ; 500 000 enfants sont nés avec des handicaps de naissance dus à l’agent orange, avec aujourd’hui une troisième génération affectée.
  • Presque 375 000 tonnes de napalm incendiaire ont été déversés sur des villages.
  • D’énormes ‘Rome Plows’ (fabriquées à Rome, en Géorgie, USA), qui sont des bulldozers de 20 tonnes munis de lames de plus de 3 mètres et 2,5 tonnes protégés par 14 tonnes additionnelles de blindage, ont nettoyé entre 700 000 et 750 000 acres de terrain (plus de 3000 kms carrés), une surface équivalent à Rhodes Island, ne laissant que de la terre nue, des rochers et des arbres déchiquetés derrière eux.
  • Près de 36 000 000 de tonnes de pièces d’artillerie aérienne, terrestre et navale ont été tirées ou larguées. En moyenne, l’artillerie des USA tirait 10 000 cartouches, pour un prix de un million de dollars par jour ; 150 000 à 300 000 tonnes de munitions non explosées sont encore éparpillées en Asie du Sud-Est ; 40 000 personnes vietnamiennes ont été tuées par ces munitions depuis la fin de la guerre et presque 70 000 ont été blessées ; 20 000 laotiens ont été tués ou blessés depuis la fin de la guerre.
  • 52 milliards de litres de carburant ont été consommés par les forces américaines au cours de la guerre.
  • S’il y avait de la place pour les noms des six millions d’Asiatiques tués sur le Mur du Vietnam de Washington DC, ce dernier mesurerait 14,5 kilomètres, soit presque cent fois sa longueur actuelle de 150 mètres.
Traduction Entelekheia
Photo : Mur du Vietnam, Washington DC

(1) NdT: Tout rappel du Vietnam par un Américain donne immanquablement lieu à des mentions de « l’honorabilité, des sacrifices et de l’héroïsme » des troupes américaines au cours de cette guerre. Comme les témoignages suggèrent très souvent le contraire – soldats perdant totalement leur contrôle d’eux-mêmes et tirant au hasard sur des civils, officiers donnant des ordres suicidaires ou victimes de leurs subalternes (voir le mot « fragging », qui désigne précisément les officiers tués au Vietnam par leurs propres troupes, parce qu’à cause de leur état de panique, ils perdaient pied et devenaient trop agressifs ou dangereux pour leurs hommes), abus de drogues et d’alcool, etc – on appellera cela un rituel incantatoire creux à visée patriotique et consolatoire. Ou, dans le cas de l’auteur, S Brian Willson, un homme que nous avons appris à connaître et dont la bonne foi ne peut être mise en doute une seule seconde, un moyen d’être écouté par ses compatriotes.

Après tout, il est difficile de demander de l’héroïsme à des soldats (pour la plupart de très jeunes conscrits) qu’on envoie à l’autre bout du monde combattre, sans aucune raison valable, des paysans pauvres dans un pays inconnu. Qu’il n’y en ait pas eu de la part des Américains n’est donc en aucune façon surprenant.

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