Le pétroyuan va-t-il tuer le pétrodollar ?

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Par Ivan Danilov
Paru sur Sputnik News sous le titre Will the Petroyuan Kill the Petrodollar?


Vous savez que les carottes sont cuites pour le dollar quand tout ce que ses défenseurs trouvent à dire est que « le système du pétrodollar est mauvais, mais le système du pétroyuan sera encore pire ». Bien sûr, le pétrodollar ne sera pas encore détrôné demain, mais les signes annonciateurs de sa fin sont étalés à la vue de tous.

La menace du pétroyuan est désormais prise assez au sérieux pour déterrer la hache de guerre dans un article publié par le Wall Street Journal. Dans l’article ‘Le pari de la Chine pour dominer les prix du pétrole va rater’, Nathaniel Taplin donne toute une série de raisons pour lesquelles les tentatives chinoises d’instauration d’un mécanisme alternatif de fixation des prix et de commerce mondial de pétrole est condamné d’avance. Malgré tout, les arguments présentés dans l’article peuvent de résumer à un seul : les leaders chinois sont si ineptes qu’ils vont forcément bâcler chaque aspect du lancement du projet du pétroyuan. C’est une affirmation audacieuse, et fausse.

Le « projet pétroyuan » est prévu à l’agenda chinois depuis 2009, et Pékin a eu tout le temps du monde pour se préparer au lancement du commerce de pétrole libellé en yuans, ce qui implique de toute évidence une révision exhaustive de son environnement de régulation. Des dispositions spéciales ont été prises pour permettre aux participants étrangers un accès en douceur au Shanghai Futures Exchange, où les nouveaux contrats seront passés, et nous savons que des compagnies pétrolières internationales ont participé à l’élaboration de son cadre de régulation. Pékin veut clairement que son grand projet énergétique réussisse, et fera tout ce qu’il faudra pour le rendre attractif aux compagnies pétrolières étrangères.

Un bon argument contre le pétroyuan est que le yuan lui-même n’est pas une monnaie d’emploi aisé, comparée au dollar américain ou à l’euro. Sortir des quantités significatives de yuans de Chine ou les y faire entrer peut être délicat, et les règlements qui contrôlent le commerce en yuans pourrait effectivement poser des problèmes aux candidats aux nouveaux contrats à terme sur le pétrole. Toutefois, les autorités chinoises sont bien conscientes du problème et ont déjà trouvé une solution toute simple. Les utilisateurs des contrats à terme sur le pétrole libellés en yuans auront la possibilité de convertir instantanément leurs yuans en or dans le Hong Kong Futures Exchange ou le Shanghai Futures Exchange.

Pour des raisons évidentes, l’or n’a pas les désavantages allégués du yuan. L’or peut facilement servir de monnaie, et c’est une valeur universellement acceptée qui a un prix relativement stable ; il est également considéré comme un bonne garantie contre l’inflation. Bien que l’or puisse avoir ses inconvénients quand il est utilisé comme « monnaie » dans le commerce de l’or, il présente aussi une qualité unique : les utilisateurs d’or sont immunisés contre les sanctions américaines. Le Trésor US ou la Maison-Blanche peuvent facilement empêcher une compagnie ou tout un pays d’utiliser le système financier fondé sur le dollar, mais l’or n’est soumis à aucun pays émetteur ou autorité nationale et peut de ce fait être utilisé par des pays ou compagnies frappés par des sanctions. Étant donné le climat géopolitique actuel, toute monnaie capable de contourner les sanctions des USA devient illico une bonne candidate pour le commerce de pétrole.

Les autorités chinoises ont lié le Shanghai oil futures exchange au gold futures exchange (les échanges en or) pour donner aux traders et aux compagnies pétrolières toutes les garanties possibles de transparence et de clarté de la part des régulateurs chinois. Si, pour une raison quelconque, les négociants étrangers ne pouvaient pas sortir leurs yuans de Chine (par exemple parce que Pékin aurait décidé d’un contrôle spécial des capitaux), ils pourraient toujours acheter de l’or, recevoir leurs lingots et partir sans perdre un centime. Le mécanisme sert aussi de rempart contre une dévaluation du yuan ; il est donc difficile de voir quel avantage le système actuel du pétrodollar pourrait offrir par rapport à ce que la Chine propose.

Le pétrodollar ne sera probablement pas remplacé par une autre « pétro-monnaie » unique. Un scénario plus réaliste verra l’arrivée de multiples « pétro-monnaies » concurrentes qui éroderont les parts de marché du pétrodollar. Le pétroyuan va être rejoint par le « pétro-or » et peut-être même le « pétro-rouble », parce que la Russie essaie en ce moment de créer un mécanisme de fixation des prix et de commerce de pétrole en roubles pour ses exportations, avec les Urals oil futures échangés à la Saint-Petersburg International Mercantile Exchange.

L’une des « prédictions scandaleuses » de Saxo Bank pour l’année prochaine est que 2018 sera l’année du pétroyuan : « Étant donné le déclin de la puissance et de l’influence mondiale des USA, et le succès du commerce à terme en yuans en général, la décision du Shanghai International Energy Exchange de lancer un marché du pétrole à terme en yuans est vouée à une réussite éclatante ». Si le système du pétrodollar survit encore un an et n’est pas immédiatement tué par le pétroyuan, il sera de toutes façons confronté à une mort à petit feu. Le lancement du pétroyuan sera la première allumette mais certainement pas la dernière, selon la banque danoise.

Traduction Entelekehia

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