Prédictions pour 2018, deuxième partie

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Suite des prédictions pour 2018 du site 21st Century Wire sur la situation internationale et ses tendances émergentes. En tenant compte de l’impossibité d’évaluer d’avance l’impact de certains changements majeurs en cours où à venir, de par leur nature inédite ou du moins inspirée par un passé lointain, par exemple la nouvelle Route de la soie chinoise, pas plus qu’on ne peut prédire les retombées d’un événement majeur à venir en 2018 oublié par la rédaction de 21st Century Wire, le pétroyuan.


Paru sur 21st Century Wire sous le titre SHAKE & BAKE: 2018 Trends and Predictions from 21WIRE


Encore un changement de donne géopolitique

L’année dernière, à la fin de 2016, nous avions décrit comment un réalignement géopolitique doublerait les USA, qui semblaient pour leur part piégés dans une spirale belliqueuse mortifère avec leur « New American Century ». L’accession au pouvoir du président Trump avait apporté une lueur d’espoir aux paléo-conservateurs et aux libertariens [deux groupes notoirement pacifistes, Ndt], qui interprétaient sa rhétorique de campagne électorale comme l’indication de son refus de la nouvelle Guerre froide d’Obama, d’une volonté d’amélioration des relations est-ouest et d’une vraie détente avec la Russie, aussi bien que d’une coopération bilatérale sur des sujets comme la Syrie ou l’Ukraine. Ces espoirs ont rapidement été étouffés après que la #Resistance anti-Trump de Washington, de l’État profond et des faucons de guerre de l’OTAN à Bruxelles se soient tous assurés que ce programme n’allait jamais voir le jour. Les néoconservateurs et leur comparses des médias grand public ont continué à claironner leurs théories du complot sur la Russie, attisant des peurs irrationnelles en Occident sur des « menaces » potentielles de la Russie, de l’Iran, de la Chine et de la Corée du Nord. Bien que Trump n’ait pas réellement démarré de nouvelle guerre, il a mis tout le Moyen-Orient à cran avec son annonce, avant Noël, selon laquelle Washington reconnaît Jérusalem comme capitale d’Israël. Ajoutons à cela que la défaite de Daech en Syrie et en Irak, combinée aux ingérences saoudiennes dans les affaires libanaises et aux menaces tous azimuts américaines, de Doha jusqu’à Damas, ont créé une nouvelle alliance Iran-Irak-Syrie-Liban, un bloc potentiellement assez puissant pour contrer l’axe bicéphale Israël-Arabie Saoudite soutenu par les USA.

Alors que le centre de gravité géopolitique continue à s’éloigner de l’Europe de l’Ouest et prend la direction de l’Eurasie, les anciens blocs alignés de l’Occident trouveront de plus en plus difficile de suivre le rythme rapide des événements à l’est du Bosphore. En conséquence de quoi, la Russie – qui venait de gagner sa guerre contre Daech et les terroristes soutenus par les USA en Syrie – est entrée au Moyen-Orient comme puissance médiatrice majeure, laissant les USA à la traîne…

L’année de l’ours

2018 sera sans aucun doute une grande année pour la Russie, mais non dénuée de défis. Les douze mois à venir verront deux événements importants adossés. D’abord, le président actuel Vladimir Poutine se présente à la réélection pour un deuxième mandat consécutif à la présidence. Les sondages sont déjà nettement en sa faveur, mais beaucoup d’agents de l’antirussisme, y compris John McCain et George Soros s’apprêtent déjà à profiter de toutes les occasions possibles pour fomenter des troubles sociaux et politiques n’importe où en Russie.

Attendons-nous à ce que les médias grand public occidentaux accumulent les articles de propagande sur la façon dont Poutine a « volé le pouvoir », avec les éléments de langage habituels en rotation maximale : « La fraude électorale de Poutine », « Les voyous à la solde de Poutine intimident les sondages d’opposition », etc. A la suite de l’élection, Poutine présidera la Coupe du monde de football 2018. Depuis les huit dernières années, les USA et le RU tentent de bloquer la Coupe du monde en Russie, aussi bien que sa présence dans les sports internationaux en général à travers des scandales de dopage fabriqués de toutes pièces, et autres attaques politisées destinées à amoindrir la stature de la Russie sur l’arène internationale. Attendons-nous à ce que la propagande occidentale intensifie ses attaques pendant les semaines qui précéderont la Coupe du monde, cet été, avec CNN, la BBC et autres qui ressortiront les rengaines de leur communication négative pour diaboliser la Russie et effrayer les supporters, de façon à les dissuader de faire le déplacement. Titres à prévoir, « Craintes sur la sécurité en amont de la Coupe du monde » et « Les menaces terroristes planent sur les préparatifs de la Coupe du monde », suivi de « La répression brutale des LGBT russes déclenche une tempête de protestations en amont de la Coupe » et « Les fans britanniques peuvent se voir refuser l’entrée de la Coupe du monde ». Ouvrez l’oeil pour « Un pic de violence des hooligans prévu cet été pour la Coupe du monde » suivi des élucubrations de « l’expert ès Russie » déjanté de CNN, Garry Kasparov.

Depuis son entrée dans le conflit syrien en 2015 (légalement, au contraire des USA), la Russie a joué un rôle crucial dans la Guerre contre la terreur en Syrie et a aidé à repousser Daech hors du Levant. Le monde s’est émerveillé de ce rare spectacle : une superpuissance militaire qui fait exactement ce qu’elle a dit, et de plus en plein accord avec le droit international. Cela a élevé la Russie à un niveau international de premier plan.

Parallèlement, après quatre ans de sanctions des USA et de l’UE contre la Russie, le taux d’inflation du pays s’est stabilisé autour de 2,5% et la croissance annuelle tourne entre 2 et 3%, des chiffres alignés sur ceux de l’UE et des USA. De plus, grâce aux sanctions, l’agriculture de la Russie a explosé et représente aujourd’hui 13% de son PIB, sur les talons du gaz et du pétrole qui comptent pour 18% de l’économie. La Russie est également autosuffisante en termes de production agroalimentaire et a pris la tête des économies mondiales pour l’exportation de blé — pas mal pour un pays sous tout un tas de sanctions occidentales depuis quatre ans. N’oublions pas de plus que la construction du pipeline North Stream est dans les temps pour livrer du gaz russe à l’Europe au moment prévu. Tout cela est la preuve que Washington et Bruxelles ont lamentablement échoué à suffisamment affaiblir l’économie russe pour déclencher une révolution de couleur à la Saakashvili à Moscou. Même pas en rêve, George. Et au fait, la Crimée ne retournera pas à l’Ukraine.

La nouvelle Route de la soie chinoise

Sans le moindre doute, l’avenir du commerce en Asie et bien sûr au Moyen-Orient, en Europe, en Afrique et même pour le Nord, le Sud et le centre du continent américain va dépendre en grande partie du devenir de l’initiative One Belt, One Road. Déjà, elle émerge en tant qu’événement géopolitique pourfendeur de statu quo et représentera le plus grand projet d’infrastructures coordonné par une nation de toute l’histoire, mais elle n’est quasiment pas couverte par les médias des USA – ce qui pourrait bien être une indication de l’état de panique de l’élite néolibérale des USA à son sujet.

Ce qui doit inquiéter Washington, Londres et Bruxelles est que la puissance économique chinoise se traduise par une puissance géopolitique, comme l’a prédit le discours de nouvel an de Xi Jinping dans lequel il affirmait que « la Chine allait avoir son mot à dire » sur toutes les questions internationales majeures, parallèlement à la mise en place progressive de son projet Belt and Road. Pendant la décennie passée, la Chine a connu une croissance régulière et a bâti de sérieuses réserves d’or, mais elle connaît également des risques liés à son niveau croissant de dette des entreprises, ainsi qu’à des bulles immobilières. Quoi qu’il en soit, elle se prépare à sa prochaine phase de croissance liée à l’augmentation prévue de ses exportations sur les nouvelles routes commerciales de l’Initiative. La Russie va également bénéficier des ambitions transcontinentales de la Chine, une autre raison d’ignorer les sanctions archaïques imposées par les USA et l’UE. Cette vague est déjà en train de tout emporter, et quel que soit le nombre de guerres par procuration et de « repérages de Daech » que les USA pourront fomenter dans des endroits comme le Pakistan, la Thaïlande ou le Myanmar, ils pourront la ralentir mais au bout du compte, ils ne pourront pas stopper l’Initiative One Belt One Road, qui est appelée à repositionner la Chine fermement au  sommet de la hiérarchie internationale.

Assad doit rester

Quasiment chaque semaine, un leader mondial ou l’autre annonce, main sur le coeur et sur le ton de l’indignation vertueuse la plus catastrophée, que « Assad doit partir ». Presque tous les leaders mondiaux qui ont dit cela ont fini par partir eux-mêmes… Alors que le président syrien Bachar el-Assad reste assis à la place qu’il occupait avant que les pays alliés de l’OTAN du Moyen-Orient ne déclenchent leur guerre par procuration contre la Syrie. Les condamnations sont dorénavant routinières, y compris à travers des remarques désinvoltes de personnages comme Erdogan de Turquie, le Secrétaire d’État US Tillerson ou Macron, de France.

Malheureusement pour les ennemis de la Syrie, la victoire de l’Armée arabe syrienne sur Daech et autres terroristes « modérés » est déjà entrée dans les livres d’histoire, un fait que ni CNN, ni la BBC ou le Guardian ne peuvent plus changer. Ce qui n’empêche toutefois pas un recyclage permanent des clichés les plus poussiéreux de la propagande occidentale, « … Mais Assad est un tyran, c’est un dictateur brutal qui tue son propre peuple ! » – autrement dit, le monde vu à travers les yeux de Human Rights Watch, Amnesty International, Barack Obama et Hillary Clinton. Les gens plus attentifs ont réalisé depuis longtemps que la guerre a été imposée à la Syrie et menée par des « rebelles » soutenus par l’étranger (exclusivement des militants salafistes fanatiques) entraînés, armés et payés par des dollars américains, des livres britanniques et des euros de l’UE du contribuable. Autre fait : Assad est l’homme le plus populaire de Syrie. Donc, comme il est l’homme le plus populaire de Syrie, est-ce que cela veut dire que la population syrienne nie des crimes de guerre perpétrés à sa propre encontre ou que nous autres, en Occident, sommes victimes de la propagande de nos médias grand public ? Nous pensons que la deuxième réponse est la bonne.

Des sanctions en mode turbo

La discipline dans laquelle l’administration Trump a démontré le plus de brio a été l’imposition de sanctions contre des pays que les USA voudraient voir imploser économiquement pour ouvrir la voie à des changements de régime. Comme les interventions militaires occidentales directes sont de plus en plus mal perçues, et comme le schéma des guerres par procuration montées sur le modèle du soutien à des insurgés et à des terroristes (comme en Syrie, en Irak et en Libye) est de plus en plus remarqué par le public, la seule arme viable qui reste aux USA et à sa « coalition » d’alliés est la guerre économique à travers des sanctions punitives. Cette méthode offre l’avantage d’imposer une punition collective à toute la population du pays ciblé, ce qui provoque des flots de migrants et de réfugiés ainsi que du chômage de masse, des marchés noirs, du recrutement de milices et de terroristes, du crime organisé, de l’hyper-inflation en conséquence des restrictions de l’accès à des capitaux extérieurs et des pénuries de biens et de services essentiels. Washington considère cela comme une formule gagnante en Syrie, où il a pu détruire l’économie du pays et fracturer la société – tout cela sans avoir à attaquer directement le pays ou son gouvernement comme il l’avait fait en Irak, en Afghanistan et en Libye. En ce moment, les USA imposent divers types de blocus et de sanctions punitives à la Syrie, à la Russie, au Yémen, au Vénézuela et à l’Iran. Dans le cas de l’Iran, la Maison-Blanche dominée par les néocons de Trump a ignoré les termes de l’accord sur le nucléaire iranien et imposé des sanctions par ordre exécutif. Et bien que les USA et l’UE n’aient pas réussi à sérieusement entamer l’économie de la Russie, ils ont néanmoins reconduit les sanctions antirusses. Ce qui pourrait bien être la motivation réelle de la campagne en forme de canular dite «  Russiagate » des 18 derniers mois : justifier le renouvellement des sanctions contre Moscou.

Traduction et note d’introduction Entelekheia
Photo Pixabay

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