Prédictions pour 2018, troisième et dernière partie

Afrique, Arabie Saoudite, Congo, Corée du Nord, Iran, Libye, Moyen-Orient, UE, Ukraine, USA, Macédoine, prédictions, géopolitique,

Une troisième livraison d’extraits des prévisions du site 21st Century Wire pour 2018, avec de quoi comprendre au moins quelques-uns des développements futurs d’événements en cours. Si la situation s’améliore dans certaines parties de la planète, en particulier avec le projet bâtisseur et pacifique de la nouvelle Route de la soie chinoise, à d’autres endroits, elle reste sombre et peut même malheureusement basculer dans la pire plaie de l’humanité, la guerre.

Ces prédictions sont bien sûr à prendre avec d’autant plus de prudence que le contexte actuel connaît des nouvelles donnes capables de renverser les situations les plus prévisibles, par exemple la nouvelle mode des fuites ou des « hacks » d’e-mails officiels confidentiels – au fait, une tendance qui peut s’assagir ou, au contraire, faire boule de neige à l’avenir.


Paru sur 21st Century Wire sous le titre SHAKE & BAKE: 2018 Trends and Predictions from 21WIRE


La menace nord-coréenne

Avant le nouvel an, le leader de la RPDC Kim Jong-un a annoncé que son pays avait finalisé les derniers composants nécessaires à sa force de dissuasion nucléaire. Selon la façon dont vous le voyez, cela peut signifier la paix et la stabilité pour la région, ou constituer le prélude à une guerre majeure entre une administration US belliqueuse et ce que CNN appelle affectueusement « le royaume ermite ». Ce que Kim a en termes d’armes nucléaires opérationnelles ou même en capacités de lancement est une inconnue. Une chose est toutefois certaine : les USA ont désespérément besoin d’un ennemi sur le front du Pacifique pour justifier leur occupation militaire du Japon et de la Corée du Sud, et aussi pour justifier la hausse de son budget militaire, qui dépasse aujourd’hui 700 milliards de dollars par an et qui, à force d’augmentations régulières, pourra arriver à s’élever à un vertigineux trillion de dollars l’année prochaine. La Corée du Nord est beaucoup plus rentable pour l’industrie militaire des USA en tant que « menace » qu’en tant que non-menace. La vraie cible, toutefois, est la Chine, mais comme les USA ne peuvent pas s’en prendre militairement à la Chine sans mettre en péril son commerce bilatéral et ses investissements, la Corée du Nord restera le croquemitaine en chef des USA dans la région du Pacifique. En 2018, attendons-nous à ce que la rhétorique des menaces entre la Corée du Nord et les USA perdure, jusqu’à ce que l’opportunisme politique dicte une conduite plus pacifique et diplomate à Trump, par exemple en amont des élections de mi-mandat ou pour s’assurer d’une réélection en 2020.

L’Arabie Saoudite en crise

En juin dernier, Mohammed ben Nayef Al Saoud, un personnage important de l’appareil de sécurité saoudien depuis deux décennies et premier candidat au trône, a été convoqué par le roi Salmane ben Abdelaziz Al Saoud – pour être déchu au profit d’un prince ambitieux de 32 ans, Mohammed Ben Salman (MBS), qui s’est ensuite proclamé héritier du trône. Puis, en novembre, le jeune prince héritier a arrêté des dizaines d’officiels de haut rang et de milliardaires au prétexte de « lutte anti-corruption ». Il a également kidnappé le Premier ministre libanais Saad Hariri, avant de le laisser partir de Riyad. Mais ces démarches agressives, jointes à la guerre génocidaire menée par l’Arabie Saoudite contre le Yémen, ont mis le royaume dans une situation précaire, celle d’un État paria potentiel. Tout ce que MBS a touché a abouti à des troubles ou des échecs – alors qu’il tente simultanément de « moderniser » son État réactionnaire et de « modérer » la branche radicale de l’islam de son pays, ce qui lui garantit la grogne de son clergé wahhabite. Ne soyons pas surpris de voir une révolte contre MBS, et quand cela se produira, nous pouvons être sûrs que les États profonds des USA et du RU seront là pour installer leur homme de paille suivant – et consolider encore plus l’influence occidentale sur cette monarchie pétrolière et actrice régionale de premier plan.

D’autres révolutions de couleur soutenues par les USA à prévoir

Pendant les derniers jours de 2017, un embryon de manifestations soutenues par les USA-Arabie Saoudite-Israël a démarré en Iran, ce qui a été rapporté avec un enthousiasme haletant par le média de propagande CNN. Les manifestations mêlaient des revendications légitimes sur l’économie du pays, mais, comme c’est souvent le cas avec des pays-cibles, les manifestations authentiques étaient infiltrées par des agents provocateurs qui ont incendié des bâtiments gouvernementaux et attaqué des institutions religieuses. Que les USA et ses partenaires puissent mettre à profit ce type d’agitation populaire et la transformer en révolution de couleur à même de menacer le pouvoir en Iran reste à voir. Mais une chose est claire : l’appétence envers les fausses « révolutions » soutenues par les USA s’est considérablement refroidie depuis deux ans, principalement parce que les gens et les gouvernements réalisent aujourd’hui qui fabrique ces troubles politiques, nommément le gouvernement des États-Unis et son appareil d’ONG « démocratiques » et autres associations « philanthropiques » de type Soros.

Certainement dans le Moyen-Orient, le jeu des révolutions de couleur est terminé pour le moment, parce que les gens sont conscients du fait que les USA et ses partenaires sont capables de s’allier avec des groupes terroristes pour opérer des changements de régime. Le monde en a vu les résultats désastreux dans des pays comme la Syrie, la Libye et même l’Ukraine (avec le soutien des USA à des fascistes violents, des milices néonazies et des partis politiques d’ultra-droite). Cela n’arrêtera toutefois pas les USA : une nouvelle liste de cibles est concoctée par le ‘département des changements de régime’ de Langley, en Virginie [la CIA, Ndt]. Soit les USA utiliseront la méthode des révolutions de couleur, soit ils attiseront des troubles dans le but de déstabiliser les structures politiques des pays-cibles. Observons ce qui se passera chez des candidats à l’OTAN comme la Macédoine, et aussi les tentatives possibles des USA pour renverser leur propre marionnette en Ukraine, Petro Porochenko, possiblement en faveur du protégé de John McCain, l’ex-président géorgien Mikheil Saakashvili. [Est-ce que la protection des USA explique pourquoi après avoir été arrêté, à grand fracas médiatique, le 9 décembre dernier à Kiev après une semaine de cavale, Saakashvili a été relaxé deux jours plus tard, le 11 ? Ndt]

D’autres cibles de choix sont le Vénézuela, le Brésil, le Mexique, l’Argentine, le Nicaragua, le Salvador et bien sûr, le projet de changement de régime éternel, Cuba. 2018 sera une année chargée pour les changeurs de régime et George Soros – alors qu’ils s’accrochent de toutes leurs forces à un ordre dépassé.

Une nouvelle guerre en Libye ?

A la fin de 2017, le jeune président français Emmanuel Macron a annoncé un nouveau « plan de l’union européenne et de l’union africaine pour lancer « une action militaire et de police concrète » – censément pour sauver des migrants africains réduits en esclavage en Libye par des trafiquants d’humains. Cela pourrait représenter la première mission de la nouvelle force armée européenne unifiée, avec une cible relativement facile en Afrique du Nord. Elle relèverait d’une approche de type carotte et bâton, avec non seulement une opération militaire, mais aussi un plan de ‘développement’ et de ‘services’. Le président de la Commission européenne Jean-Claude Juncker a annoncé que Bruxelles a déjà développé un « plan d’investissements extérieurs pour l’Afrique » de 44 milliards d’euros pour 2020. Pendant ce temps, personne en Europe n’ose mentionner que l’effondrement de l’État libyen, son terrorisme, sa crise des « seigneurs de la guerre » et ses marchés aux esclaves sont tous des résultats directs des rôles français, britanniques et américains dans la destruction de la Libye en 2011. Est-ce que Bruxelles pourra installer son premier avant-poste militaire en Afrique ?

[Ndt : nous avions posté deux tweets en novembre dernier où nous faisions part de notre inquiétude quant à la soudaine « prise de conscience » des médias grand public sur les marchés aux esclaves libyens, un problème pourtant connu depuis des années mais passé sous silence jusque-là. Nous nous demandions si leur « compassion » tardive servait à préparer l’opinion à une nouvelle intervention militaire des USA en Libye. Nous nous trompions. Pour une fois, les USA n’étaient pas en cause. L’UE, si.]

Des troubles en Afrique

Alors que l’AFRICOM américain, l’UE et l’OTAN, avec Israël, continuent de recoloniser l’Afrique, une multitude de points chauds pourrait devenir volatiles cette année. D’abord, nous avons la République démocratique du Congo, une ancienne colonie belge qui n’a pas vu une seule transition de pouvoir paisible depuis sa déclaration d’indépendance en 1960. Le président actuel Joseph Kabila a succédé à son père Laurent Kabila en 2001, mais il a refusé de quitter le pouvoir à la fin de son second mandat, en décembre 2016. Aujourd’hui, le pays est plongé dans des troubles intérieurs, alors que le gouvernement de Kinshasa a interdit à l’Église catholique et aux groupes d’opposition de manifester en public, ce qui pourrait provoquer des clashs plus violents dans le futur.

Une guerre civile ouverte en RDC pourrait déclencher des troubles et des conflits dans d’autres pays. Ce qui en fait un carrefour est qu’en bordure du Congo, d’autres pays sont des points chauds potentiels : le Burundi, le Rwanda, la République centrafricaine, l’Ouganda et un terrain de jeu des USA déjà très instable, le Soudan du Sud. Dans les environs, des situations problématiques existent aussi au Burkina Faso et au Cameroun. En 2017, nous avons rapporté que des tonnes d’armes sont transportées clandestinement par des pays membres de l’OTAN vers divers pays, dont le Congo [Le transport est assuré par la compagnie aérienne azérie Silk Way, Ndt] – mais dans quel dessein ? Nous le verrons bien assez tôt. Ensuite, l’Éthiopie est confrontée à une crise économique d’ampleur ainsi qu’à des troubles inter-ethniques qui pourraient déclencher une réaction en chaîne avec des répercussions jusqu’en Europe, sous la forme d’une nouvelle crise migratoire. En outre, il faut garder à l’esprit que la directive principale de l’AFRICOM américain est de repousser le pouvoir et l’influence de la Chine hors d’Afrique. [Et le plan d’investissements européens de Juncker pour l’Afrique semble bien répondre à la même inquiétude quant à l’influence grandissante de la Chine, qu’il s’agirait donc de contrer en s’assurant d’un rôle important en Afrique, Ndt]. C’est dans ce but que la CIA a autant travaillé pour diviser le Soudan en 2010, et c’est l’une des raisons principales de la mise à sac de la Libye par l’OTAN en 2011. Gardons l’oeil ouvert sur l’Afrique en 2018.

D’autres prédictions de 21st Century Wire sur leur site – le retour du fils de Kadhafi, la partition de la Somalie, une nouvelle alliance antisioniste au Moyen-Orient, les options de Netanyahou, la solution de l’État binational ?, la fin du Russiagate. En anglais.

Traduction et note d’introduction Corinne Autey-Roussel pour Entelekheia
Photo : Scène de la vie quotidienne en République démocratique du Congo

Article librement reproductible en citant la source, Entelekheia.fr

Vous aimerez aussi...

Laisser un commentaire