Royaume-Uni : Un rapport appelle à une enquête sur les financements de l’extrémisme islamiste par les États du Golfe

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L’une des raisons possibles des résultats calamiteux des Tories menés par Theresa May dans les élections britanniques du 8 juin dernier, qui les ont vu perdre leur majorité parlementaire et ne l’emporter que d’une courte tête, était un rapport commandé en 2015 par David Cameron sur les financements et le soutien à des groupes djihadistes, qui se trouverait désigner notamment l’Arabie Saoudite, et que le gouvernement May a décidé de ne pas publier à cause de sa « sensibilité ».

Cette rétention de données importantes n’a pas manqué d’être dénoncée à plusieurs reprises par le leader du Labour Jeremy Corbyn. Et aujourd’hui, la pression sur le gouvernement May s’accroît à la suite de la publication d’un nouveau rapport sur les financements de l’extrémisme salafiste-wahhabite au Royaume-Uni.


Par Patrick Wintour
Paru sur le Guardian sous le titre Report calls for public inquiry into Gulf funding of British extremism 


Selon le rapport de la Henry Jackson Society, l’Arabie Saoudite est « indubitablement en tête de liste » des pays qui soutiennent le terrorisme
Le rapport de la Henry Jackson Society appelle également le gouvernement à envisager de demander aux institutions religieuses, mosquées comprises, de révéler leurs sources de financements étrangers.

Ce rapport intervient alors que Theresa May fait face à des pressions pour publier le propre rapport de son gouvernement sur les financements étrangers du terrorisme. Ce rapport, établi par le Bureau de l’Intérieur du Royaume-Uni, est complété depuis six mois, mais le bureau du Premier ministre dit que les ministres en sont encore à se demander s’il faut le publier. Certains membres du Parlement, qui sont hésitants à l’idée d’altérer les relations stratégiques dans le Golfe, ont également décidé de ne pas publier un autre rapport stratégique du Foreign Office sur la région.

Il est probable que l’Arabie Saoudite s’agace des conclusions de ce nouveau rapport, puisque sa dispute avec le Qatar est en grande partie fondée sur une accusation de financements et d’hébergement de terroristes par Doha, qui serait le premier parrain mondial du terrorisme de par son soutien aux Frères Musulmans et au Hamas.

Le rapport affirme : « L’Arabie Saoudite a, depuis les années 60, financé un effort de plusieurs multi-millions de dollars pour exporter l’islam wahhabite à travers le monde islamique, y compris vers des communautés musulmanes occidentales.

« Dans le Royaume-Uni, ces financements ont principalement pris la forme de donations à des mosquées et à des institutions d’éducation, qui en retour ont accueilli des prédicateurs extrémistes et distribué de la littérature extrémiste. Une influence a également été exercée à travers l’entraînement de leaders religieux musulmans en Arabie Saoudite, aussi bien que par l’utilisation de livres publiés par l’Arabie Saoudite dans un certain nombre d’écoles coraniques indépendantes du Royaume-Uni. »

Il ajoute : « Un certain nombre des prédicateurs islamistes les plus haineux s’inscrivent dans l’idéologie wahhabite-salafiste et sont liés à l’extrémisme financé par l’étranger, soit parce qu’ils ont étudié en Arabie Saoudite dans le cadre de bourses d’études, soit parce qu’ils ont reçu de la littérature et du matériel extrémiste directement au Royaume-Uni. »

Au-delà d’une enquête publique sur le financement du terrorisme, le rapport appelle à la création de la nouvelle commission sur le contre-terrorisme annoncée par le discours de la reine, qui faisait une priorité de la lutte contre les financements étrangers du terrorisme. [NdT : Discours de la reine du 21 juin 2017]

Tom Wilson, un membre du Centre de réponse à la radicalisation et au terrorisme de la Henry Jackson Society – et l’auteur du rapport, a dit : « Bien que d’autres pays de la zone du Golfe aient été coupables de soutien au terrorisme, l’Arabie Saoudite se place indubitablement en tête de liste.

« La recherche indique que quelques fondations et individus saoudiens ont été lourdement impliqués dans l’exportation de l’idéologie extrémiste puritaine wahhabite. Il est donc étrange, et c’est un euphémisme, que l’Arabie Saoudite dénonce les liens du Qatar avec l’extrémisme, alors qu’elle n’a pas su faire le ménage chez elle. »

Le rapport indique de plus que, bien que des leaders saoudiens aient reconnu le besoin de limiter quelques-uns des financements de l’extrémisme, y compris par l’établissement d’un centre de contre-extrémisme cette année, le niveau de financement du wahhabisme n’a fait qu’augmenter.

Il expose qu’en 2007, les estimations de dépenses dans la promotion mondiale du wahhabisme par l’Arabie Saoudite s’élevaient au moins à 2 milliards de dollars annuels. En 2015, ce chiffre était estimé au double.

L’impact de cette augmentation des financements peut avoir été ressenti en Grande-Bretagne : en 2007, selon les estimations, 68 mosquées britanniques adhéraient au salafisme et au wahhabisme. Sept ans plus tard, le nombre de mosquées britanniques identifiées au wahhabisme s’élevait à 110.

Il explique que des groupes caritatifs islamique saoudiens ont parfois servi à financer l’idéologie wahhabite. Quelques-uns des prédicateurs islamistes les plus célèbres de Grande-Bretagne – tels qu’Abou Qatada, Abou Hamza, Abdullah al Faisal et Omar Bakri Muhammad – se sont inscrits dans ce qui peut être décrit comme une idéologie générale wahhabite-salafiste, selon le rapport. En 2014, les estimations évaluaient les capacités d’accueil de mosquées salafistes de Grande-Bretagne à presque 45 000 membres.

Le rapport ne blâme en aucune façon les seuls Saoudiens – il désigne également le trust Al-Muntada, financé par le Qatar, qui a été lié à un certain nombre de mosquées radicales.
Dans le cas d’un groupe de jeunes hommes britanniques de Cardiff, il a été suggéré que « la fréquentation de la mosquée Al-Manar, liée à al-Muntada, a joué un rôle significatif dans leur radicalisation et leur décision de partir en Syrie pour se joindre à Daech. »

En Autriche, le financement étranger de mosquées a été interdit, alors qu’en France, une interdiction temporaire a été imposée. Des mesures ont également été envisagées en Allemagne, dans le sillage d’un rapport de renseignement fuité qui mettait l’accent sur les financements étrangers de mosquées par des fonds de dotations proches des gouvernements.

Le rapport conclut : « Les tentatives d’influence des communautés musulmanes et de promotion d’une version totalitaire – et parfois anti-occidentale – de la religion musulmane par plusieurs États semble bien avoir été un politique délibérée et systématique, avec le niveau des financements alloués à cet effort en hausse présumée au cours de ces dernières années.

« Alors que quelques-uns de ces financements semblent émaner d’individus privés et de fondations indépendantes, la recherche des agences de renseignement allemandes et d’autres ont établi l’existence de liens étroits entre ces fondations et les gouvernements de plusieurs États du Golfe. »

 

Traduction et note d’introduction Entelekheia
Photo Pixabay : Riyad, Arabie Saoudite

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