La sagesse des idiots : un conte soufi

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Par César Chelala
Paru sur Information Clearing House sous le titre The Wisdom of Idiots: A Brief Morality Tale


Idries Shah était un maître de la tradition soufie dont l’oeuvre majeure est ‘Les Soufis’. Il a présenté le soufisme comme une forme universelle de sagesse antérieure à l’islam. Dans ses écrits, il recourait fréquemment à des contes et à de l’humour soufis pour transmettre sa philosophie. Ses contes à plusieurs niveaux de signification étaient écrits pour éveiller des intuitions et une réflexion chez les lecteurs.

Son fils Tahir Shah cite l’explication que lui avait donnée son père à la fin de sa vie : « Ces histoires sont des documents mnémotechniques : ce sont des cartes, des sortes de schémas. Tout ce que je fais est de monter aux gens comment utiliser ces cartes, parce qu’ils l’ont oublié ».

Le conte « Bahaudin et le vagabond » de son recueil ‘La Sagesse des idiots’ est un bon exemple, et peut même rappeler les événements en cours en ce moment aux USA [et dans l’UE, NdT]. L’histoire raconte ce qui se passa quand Bahaudin el-Shah, grand maître soufi des derviches de la confrérie Naqshbandiyya (un ordre religieux musulman soufi qui avait fait voeu de pauvreté et d’austérité) rencontra un confrère sur la grande place de Boukhara, une ancienne ville de l’Ouzbékistan en Asie Centrale.

Son confrère était un calender errant des Malamati, également connus comme « ceux qui encourent des reproches ». Bahaudin, qui était entouré de ses disciples, demanda au vagabond, à la façon usuelle des soufis, d’où il venait. Le vagabond, avec un sourire niais, répondit « Je n’en ai pas la moindre idée ». Plusieurs des disciples de Bahaudin murmurèrent leur désapprobation pour ce manque de respect envers leur maître.

Impassible, le maître continua, « Où allez-vous ? » Le derviche, criant presque, lui répondit derechef « Je ne sais pas ». A ce point, une grande foule s’était réunie et suivait le dialogue avec attention. « Qu’est-ce le Bien ? » demanda Bahaudin. « Je ne sais pas », répondit le vagabond « Qu’est-ce que le Mal ? » continua Bahaudin. « Je n’en ai pas la plus petite idée », répliqua le vagabond. « Qu’est-ce qui est juste ? » demanda Bahaudin. « Tout ce qui est bon pour moi », répliqua le vagabond. « Qu’est-ce qui est injuste ? » demanda encore Bahaudin. « Tout ce qui est mauvais pour moi », dit le vagabond.

A ce point, la foule, irritée de la frivolité des réponses du vagabond, commença à lui lancer des pierres pour le chasser. Il partit, marchant résolument dans une direction qui ne menait nulle part, pour autant que les gens le savaient.

Voyant cela, Bahaudin se tourna vers ses adeptes et leur dit, « Imbéciles, cet homme est en train de jouer le rôle de l’humanité. Pendant que vous étiez là à le mépriser, il vous montrait clairement l’inconséquence dont vous faites tous preuve, tous les jours, sans vous en rendre compte. »

Le lecteur est invité à remplacer les noms de ce conte avec ceux qu’il considérera les plus appropriés à la situation actuelle de Washington D.C. [ou de Bruxelles, Londres, Paris, Madrid, Athènes, etc, NdT].

Traduction Entelekheia

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