USA : Les mensonges sur les traitements du TDAH financés par Big Pharma

TDHA, trouble déficitaire d’attention avec ou sans hyperactivité, lobbies, lobby pharmaceutique, amphétamines,

Le TDHA (trouble déficitaire d’attention avec ou sans hyperactivité), une pathologie inventée de toutes pièces ? D’après le titre de son nouveau livre, c’est bien ce que semble penser l’auteur, un psychologue spécialiste de l’apprentissage et du développement. Ensuite, il y a la question de la nocivité potentielle des traitements proposés pour la soulager. C’est l’objet de cet article.
A mettre en parallèle avec Les publications scientifiques les plus renommées accusent : nombre d’études scientifiques publiées, peut-être la moitié, seraient fausses


Par Thomas Armstrong
Publié sur Alternet.org sous le titre The Lies About ADHD Medication That Big Pharma Funds


Le texte qui suit est extrait du nouveau livre Le mythe de l’enfant TDHA : 101 façons d’améliorer le comportement et l’attention de votre enfant sans médicaments ou contraintes (The Myth of the ADHD Child: 101 Ways to Improve Your Child’s Behavior and Attention Span without Drugs, Labels, or Coercion par Thomas Armstrong, TarcherPerigee, 2017).

Les grosses rentes des traitements médicamenteux du TDHA

Les compagnies pharmaceutiques offrent des financements, parfois sans que le public en soit conscient, à des individus et des groupes qui sont des acteurs-clés de la recherche, du diagnostic et du traitement du TDHA. L’association de conseil aux parents Children and Adults with Attention-Deficit/Hyperactivity Disorder (CHADD), par exemple, qui a été déterminante dans la classification du TDHA comme état handicapant tel que défini par les lois fédérales sur les handicaps des années 1990, avait secrètement perçu de l’argent de compagnies pharmaceutiques depuis des années et n’a dévoilé ses liens financiers qu’à la suite d’une émission de PBS, en 1995, qui avait révélé ses tractations secrètes avec lesdites compagnies pharmaceutiques.[i]

Aujourd’hui, l’organisation publie un rapport annuel sur les sommes qu’elle perçoit de Big Pharma. Au cours de l’exercice fiscal 2008-2009, par exemple, elle a perçu 1,174,626 dollars d’Eli Lilly, de la division McNeil de Johnson & Johnson, de Novartis, de Shire US, et d’UCB, a dépensé 330 000 dollars pour sa conférence annuelle, 114 950 dollars pour son gala de vingtième anniversaire et 187 747 dollars pour le salaire de son directeur général. [ii] Entre 2006 et 2009, à lui tout seul, Shire a payé 3 millions de dollars pour faire distribuer Attention, le magazine bimensuel de CHADD, à tous les médecins du pays. [iii]

Les médecins qui diagnostiquent et prescrivent les nombreux traitements médicamenteux du TDHA sont un autre maillon-clé de la chaîne de marketing employée par les grandes firmes pharmaceutiques. Ces compagnies organisent habituellement des séminaires de « développement professionnel » destinées au médecins, où les bienfaits des nouveaux produits des firmes sont vantés. Le reporter du New Yorker Alan Schwarz a décrit l’une de ces réunions, organisée par Shire pour la promotion de l’Adderall XR, dans lequel un psychiatre de Denver payé par la compagnie avait donné des fausses informations sur le TDHA et l’Adderall XR aux soixante-quinze médecins de son assistance.

Selon le rapport de Schwarz, ce psychiatre avait dit à ses confrères d’expliquer aux patients la nature incurable de ce trouble, qui persisterait au long de toute la vie, malgré les preuves selon lesquelles beaucoup de patients, sinon la majorité, cessent d’en présenter les symptômes après l’adolescence. Il avait aussi affirmé que les stimulants n’étaient pas des drogues pouvant donner lieu à des abus (bien que le gouvernement en limite l’usage précisément à cause de son potentiel addictif), et que les effets secondaires de l’Adderall XR étaient « généralement légers », malgré les preuves cliniques d’insomnies, d’importantes pertes d’appétit et de sautes d’humeur. [iv]

Les compagnies pharmaceutiques influencent également les décisions des médecins sur les traitements médicamenteux du TDHA à travers leurs fréquents contacts avec des visiteurs médicaux représentant les compagnies. Un de ces vendeurs interviewé dans le reportage de Schwartz, Brian Lutz, représentant de Shire qui avait vendu de l’Adderall XR entre 2004 et 2009, a dit qu’il rencontrait individuellement, tous les quinze jours, 70 psychiatres de sa zone d’Oakland, en Californie, ce qui s’élève à quelque chose comme trente à quarante séances annuelles avec chacun des psychiatres. Lutz a dit à Schwarz que, si un médecin lui posait des question sur les effets secondaires des médicaments ou leur potentiel addictif, il les minimisait, et renvoyait les médecins aux notices des médicaments. Bien qu’il n’ait jamais eu l’impression de mentir aux médecins sur les produits, il regrettait son rôle dans la promotion de ces traitements avec ces mots, « Nous vendions ces pilules comme si cela avait été des voitures, alors que nous savions qu’elles étaient tout autre chose que des voitures ». [v]

Encore plus inquiétantes sont les preuves démontrant que les scientifiques engagés dans la légitimation du TDHA et de ses divers traitements médicamenteux à travers leurs recherches soi-disant objectives étaient subventionnés par des compagnies pharmaceutiques. En 2008, une enquête du Sénat des USA a révélé que Joseph Biederman, Timothy E. Wilens et Thomas J. Spencer, trois des chercheurs les plus prolifiques et respectés de la communauté du TDHA, étaient substantiellement financés par des compagnies pharmaceutiques et avaient omis de mentionner les sommes perçues dans leurs déclarations de revenus. [vi] Les compagnies avaient payé 1,6 millions de dollars au seul Biederman en frais de conférencier et de consultant. Les recherches de ces médecins avaient ensuite été utilisées par les compagnies dans le cadre de leurs efforts de promotion et de marketing. Comme Schwarz l’avait spécifiquement observé à propos des recherches de Biederman : « Ses découvertes délivraient généralement trois messages : Le trouble serait sous-diagnostiqué ; les stimulants seraient efficaces et sans danger ; et le TDHA non traité mènerait souvent à des risques importants d’échec scolaire, de dépendance à des drogues, à des accidents de voiture et à des démêlés avec la justice. » [vii] Les trois chercheurs ont fini par être sanctionnés par les institutions dont ils étaient membres, la Harvard Medical School et l’hôpital général du Massachusetts, pour infractions aux règlements sur les conflits d’intérêts à travers leurs omissions de financements. [viii]

L’un des chercheurs probablement les plus respectés et influents du monde du TDHA, Russell Barkley, auteur du best-seller Taking Charge of ADHD, a opté pour la transparence quant à ses relations avec les compagnies pharmaceutiques et a présenté en 2009 un fichier PowerPoint de ses relations financières avec Eli Lilly, Shire, Medice, McNeil, Janssen-Ortho, Janssen-Cilag et Novartis. [ix]

Pour finir, et peut-être de façon encore plus choquante, l’organisation même qui a établi les critères de diagnostic du TDHA dans son Manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux (DSM), l’Association des psychiatres américains (American Psychiatric Association, APA), a elle-même reçu d’importantes subventions de compagnies pharmaceutiques. [x]

Le docteur en psychologie Thomas Armstrong est directeur exécutif de l’American Institute for Learning and Human Development (Institut américain pour l’apprentissage et le développement humain). Lauréat de divers prix et distinctions, il a publié seize livres dont plusieurs ont été traduits en vingt-sept langues.

Sources :

[i] L’émission de PBS qui couvrait les liens entre l’association CHADD et les compagnies pharmaceutiques a été diffusée à l’origine le 13 octobre 1995 dans le cadre d’une chronique régulière, “Learning Matters” sur PBS NewsHour. Elle était intitulée « TDHA, un diagnostic douteux ? » et produite par John Tulenko. La vidéo est accessible ici. Une transcription en anglais en est accessible sur add-adhd.org/ritalin_CHADD_A.D.D.html

[ii] Les montants perçus par CHADD de compagnies pharmaceutiques et de ses dépenses sur des conférences, gala et salaire du directeur général sont repris de l’article de Pringle et Rosenberg, « Le dernier jackpot de Big Pharma : le TDHA chez l’adulte » (“Big Pharma’s Newest Money-Making Scheme: Adult ADHD”), sur Alternet.org

[iii] L’information sur les 3 millions de dollars de Shire pour financer la distribution du magazine de CHADD est issue d’un article de Schwarz pour le New York Times, « Comment ils ont vendu le trouble du déficit de l’attention » (“The Selling of Attention Deficit Disorder.”).

[iv] L’information sur le séminaire de développement professionnel destiné aux psychiatres provient de l’article de Schwarz pour le New York Times, « Comment ils ont vendu le trouble du déficit de l’attention ».

[v] Les propos du représentant de Shire sur ses relations avec des psychiatres de la zone d’Oakland ont été rapportés dans l’article de Schwarz pour le New York Times, « Comment ils sont vendu le trouble du déficit de l’attention ».

[vi] L’information sur les omissions de Biederman, Wilens et Spencer quant aux sommes versées par des compagnies vendeuses de traitements contre le TDHA est donnée dans un article de Gardiner Harris et Benedict Carey publié dans le 8 juin 2008 dans le New York Times, « Des chercheurs oublient de révéler la paie perçue de la part de compagnies pharmaceutiques » (” Researchers Fail to Reveal Full Drug Pay”).

[vii] Citation de Schwarz extraite de son article, « Comment ils ont vendu le trouble du déficit de l’attention » .

[viii] Un rapport des mesures disciplinaires prises à l’encontre des chercheurs Biederman, Wilens et Spencer a été publié dans le Crimson de Harvard, article de Xi Yu, « Trois professeurs encourent des sanctions à la suite d’une enquête de l’école de médecine de Harvard » (“Three Professors Face Sanctions following Harvard Medical School Inquiry”)

[ix] Ses divulgations de financements de compagnies pharmaceutiques sont incluses dans une présentation PowerPoint de Russell A. Barkley intitulée “Deficient Emotional Self-Regulation Is a Core Component of ADHD: Evidence and Treatment Implications,” 2009, accessible ici.

[x] Les liens de l’American Psychiatric Association avec les compagnies pharmaceutiques sont rapportés par Schwarz dans «  Comment ils ont vendu le trouble du déficit de l’attention ».

Traduction Entelekheia
Photo Pixabay

Vous aimerez aussi...

Laisser un commentaire